Numérique

Comment la France peut devenir un champion de la formation à distance ? (Olivier Faron, Cnam)

Par Marc Guiraud | le | Pédagogie

« Testé, généralisé et renforcé en cette période de crise, le numérique peut être le grand levier de montée en compétences de notre siècle. Nous devons repenser les modèles pour nous adapter à des réalités diverses et parfois imprévisibles, afin que cette composante essentielle de notre société reste accessible en toutes circonstances » écrit Olivier Faron, administrateur général du Conservatoire national des arts et métiers, dans une tribune publiée dans Le Monde le 28 mars 2020.

Comment la France peut devenir un champion de la formation à distance ? (Olivier Faron, Cnam)
Comment la France peut devenir un champion de la formation à distance ? (Olivier Faron, Cnam)

« Car en tant que puissant vecteur d’égalité des chances, favoriser l’accès numérique à la meilleure formation partout sur le territoire, c’est servir le soft power à la française, l’influence de notre langue et le talent de tous nos enseignants. Bien des initiatives existent, très souvent intéressantes, mais éparses. Mettons cette crise à profit pour faire converger l’ensemble et pour inventer la formation de demain. Faisons de la France un champion du domaine. »

Olivier Faron indique trois points majeurs :

  • La généralisation du haut et du très haut débit sur l’ensemble du territoire est un impératif absolu. 
  • L’apprenant doit être accompagné. La médiation enseignante est une absolue nécessité. Un prérequis. Car un système hybride obtient de bien meilleurs résultats que le tout numérique.
  • La mise en place d’un catalogue de l’offre cohérent, niveau par niveau, un catalogue destiné à être enrichi de manière dynamique. Cela renvoie aussi à une labellisation « qualité » des solutions pédagogiques. 

« Le coronavirus doit nous servir d’électrochoc. Il doit nous pousser à avancer plus vite, plus loin et faire de la France un pays pionnier, voire exemplaire, pour la formation ouverte et à distance (FOAD). Cela suppose un engagement sans faille et une convergence de tous les efforts. A commencer bien sûr par la question des « tuyaux » : investir dans les infrastructures doit rester la priorité pour laquelle État et collectivités territoriales se mobilisent déjà. La généralisation du haut et du très haut débit sur l’ensemble du territoire est un impératif absolu.« 

nécessaire que la qualité des ressources pédagogiques soit garantie et leur accessibilité facilitée, notamment en matière financière

 »Si la qualité de la transmission est majeure, le contenu l’est au moins autant. Beaucoup de ressources numériques existent, peut-être trop. Il est désormais essentiel qu’elles s’appuient sur un parcours pédagogique clairement identifiable. Il est nécessaire que leur qualité soit garantie et leur accessibilité facilitée, notamment en matière financière. Un pays comme la France doit se retrouver dans une offre pédagogique digitale de tout premier plan, en mesure de suppléer temporairement à l’indispensable médiation enseignante, y compris, d’ailleurs, en proposant des échanges interactifs à distance entre apprenants et formateurs.« 

mise en place d’un catalogue de l’offre

« Plus que jamais, une politique cohérente du numérique pédagogique s’impose à nous, institutions et organismes de formation, universités, écoles et grands établissements, secteur public et privé. Cela passe par la mise en place d’un catalogue de l’offre cohérent, niveau par niveau, un catalogue destiné à être enrichi de manière dynamique. Cela renvoie aussi à une labellisation « qualité » des solutions pédagogiques : il serait inacceptable que la FOAD entraîne une baisse de niveau. Cela implique une régulation contrôlée, par les acteurs eux-mêmes, des différentes initiatives. Comment accepter des doublons, voire des multiplications de dispositifs alors que, dans le même temps, certains domaines ne seraient pas couverts ? »

La médiation enseignante est une absolue nécessité

« Mais, surtout, l’apprenant doit être accompagné. La médiation enseignante est une absolue nécessité. Un prérequis. Car un système « hybride » obtient de bien meilleurs résultats que le « tout numérique », ce qui suggère des déploiements en petits groupes. Médiation aussi dans la construction des parcours, par exemple dans l’usage du compte personnel de formation (CPF), qui doit en définitive aboutir à un compromis entre libre choix de l’individu et concrétisation de son potentiel. Médiation, enfin, dans l’accès même aux ressources numériques. Pour être pleinement efficientes, elles doivent elles-mêmes être enseignées, notamment face aux ennemis qui rodent : des « fake news » aux théories du complot."

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