Examens en ligne : des enjeux de sécurité, de performance et de fiabilité
Face à la digitalisation croissante de l’enseignement supérieur, la question des examens en ligne devient centrale. Le webinaire organisé par Campus Matin, en partenariat avec Isograd, a permis de faire le point sur les enjeux de sécurité, de performance et de fiabilité de ces nouveaux dispositifs d’évaluation.
Le 7 avril dernier, Campus Matin organisait un webinaire intitulé « Examens et concours dans l’ESR : comment garantir sécurité, conformité et performance technique ? ». Un rendez-vous qui fait évidemment écho au mouvement général de digitalisation des procédures d’évaluation des étudiants.
« Chaque semaine, un appel d’offres émerge pour créer une nouvelle plateforme afin de passer des tests ou des examens, dans toutes les disciplines et à tous les niveaux. Il y a un vrai marché qui se développe, poussé par une forte demande, aussi bien dans les grandes écoles que dans les universités », a introduit Marc Alperovitch, CEO d’Isograd, partenaire de l’événement. Et d’ajouter : « Pour des examens à faibles enjeux, la digitalisation fait nettement gagner du temps et s’avère aujourd’hui extrêmement fiable en matière de mesure des connaissances ».
Deux autres intervenants ont contribué à cette rencontre : Thomas Hervouet-Kasmi, directeur du Centre de l’Apprentissage Digital et Expérientiel à l’IPAG Business School, et Anne Rivière, directrice de la formation initiale chez TBS Education.
Le sujet n’est pas nouveau pour Anne Rivière, mais il a connu une accélération avec la crise du COVID, qui a imposé une plus grande volumétrie des examens à distance, avec une exigence accrue en termes de contenus, pour aller au-delà des simples QCM. « Avec la montée en puissance de l’IA, le sujet clé de la surveillance est apparu encore plus nettement. Du coup, le niveau de sécurité offert est essentiel dans le choix des solutions proposées par les éditeurs. »
Robustesse
Le premier enjeu est de bien concilier sécurité, conformité et fiabilité technique. Selon Marc Alperovitch, la question de la robustesse des outils proposés aux élèves est fondamentale. « La plateforme ne doit jamais tomber en panne, surtout en plein examen ! ».
Un autre enjeu consiste à bien évaluer le type de questions proposé via la plateforme, ce qui nécessite un travail en amont de la part de l’équipe pédagogique, en lien avec le fournisseur. Enfin, l’approche algorithmique est également décisive : comment organiser l’examen pour que les questions soient posées de manière équilibrée, avec une certaine progression. « L’IA est une aide précieuse pour les enseignants afin de poser les bons sujets, y compris pour des questions ouvertes ».
Dans la grande école de commerce toulousaine, le recours aux plateformes facilite naturellement les examens de tronc commun multi-campus. « Du fait de la volumétrie - plusieurs centaines d’élèves simultanément -, cela impose évidemment une robustesse parfaite. Il y a une tolérance zéro. L’échec est impossible pour nos examens en ligne. Il faut, par exemple, bien gérer les évolutions et les mises à jour nécessaires de la solution utilisée. Nous avons l’expérience de mises à jour qui ont planté le système et engendré des retards et une certaine incompréhension de nos candidats ! », complète Anne Rivière.
Cette robustesse technique doit être accompagnée d’une vraie robustesse méthodologique, d’après Thomas Hervouet-Kasmi. « Il faut proposer une échelle d’évaluation pertinente, et pas simplement quelques niveaux élémentaires, pour bien étalonner nos élèves. Pour cela, le dispositif d’évaluation doit se faire en lien avec l’objectif pédagogique que nous poursuivons. Évaluer des connaissances, par exemple, n’est pas comparable à la mesure de matières créatives. »
Contrôle continu
Le contrôle continu est l’aspect des examens le plus naturel à adresser, selon Anne Rivière. « Nos enseignants adoptent d’ailleurs volontiers les nouveaux outils pour leurs élèves. En revanche, pour les contrôles à fort enjeu, une certaine ritualisation est nécessaire afin de saisir les acquis ou encore la capacité d’esprit critique. Dans ce cadre, la digitalisation est moins généralisée, ce qui est au fond assez logique : le contrôle final des élèves doit demeurer la prérogative de nos professeurs. »
Point de vue partagé par Thomas Hervouet-Kasmi : la préparation des contrôles - très importante également - peut être digitalisée sans problème, car elle permet d’individualiser la démarche et n’est pas contrainte par un emploi du temps. « En revanche, les examens à fort enjeu ont encore besoin d’une feuille et d’un stylo. »
Sur le plan de la sécurité, « beaucoup d’examens effectués sur des ordinateurs peuvent aussi s’effectuer dans des environnements sécurisés pour surveiller le comportement des candidats, mais cela exige une vraie logistique pour garder à l’œil chaque écran ».
Les solutions techniques existent, « comme l’utilisation de navigateurs bridés ou le blocage d’adresses IP dans la salle. Mais il est vrai que ce n’est pas si simple », prévient Thomas Hervouet-Kasmi. « Surtout quand on évalue des raisonnements ou que l’examen prévoit des manipulations : tous les outils ne sont pas adaptés et tout n’est pas digitalisable ».
Coût complet
Les investissements concernés sont substantiels et, selon la volumétrie, représentent plusieurs dizaines de milliers d’euros. « Un engagement important du corps enseignant pour scénariser les examens conformément aux objectifs pédagogiques est aussi essentiel », insiste Marc Alperovitch. « Une réflexion en coût complet de la préparation à la certification est donc indispensable, car cela implique toute la chaîne de valeur. C’est une gestion de projet assez lourde, importante en coût humain. »
Cette vision permet d’éviter les retours en arrière coûteux. « Les enseignants doivent en effet passer du temps pour adapter la technologie aux programmes et convaincre tous les usagers. Un retour en arrière coûterait encore plus cher ! ».
Si tout le monde s’accorde sur le digital pour les examens, reste à maîtriser le recours à l’IA, encore peu pertinente pour évaluer notamment des textes longs. « Pour le moment, l’intelligence artificielle est un excellent assistant pour les corrections », précise Marc Alperovitch. Et de rappeler : « Tout n’est pas numérisable, et d’ailleurs cela n’aurait pas de sens. L’éducation a encore besoin de certains rituels ».