Quand l’IA se met au service des données de la recherche
« L’IA au service de l’intelligence stratégique de la recherche » : tel était le thème du webinaire organisé le 21 mai 2026 par Campus Matin et Clarivate. Maîtriser et centraliser les données de la recherche devient essentiel pour les nations afin d’être plus performantes et de financer de manière optimale les projets émergents. Deux experts de Clarivate nous proposent un regard sur la compétition mondiale en matière de production scientifique.
Cycle : Campus Matin
Le dernier webinaire proposé par Campus Matin était intitulé « L’IA au service de l’intelligence stratégique de la recherche » et organisé en partenariat avec Clarivate. Cet éditeur scientifique propose également des analyses en matière de données. Il fournit des bases, des outils de veille et des solutions d’aide à la décision pour la recherche, l’innovation, la propriété intellectuelle et l’enseignement supérieur. Ses plateformes permettent notamment aux institutions, chercheurs et entreprises d’identifier les tendances, de mesurer l’impact scientifique et de valoriser leurs travaux.
Le propos de ce rendez-vous était donc d’évoquer l’usage optimal des données disponibles pour faciliter les financements, l’émergence de thèmes porteurs et l’appui aux stratégies institutionnelles.
Comprendre les enjeux d’un point de vue macroéconomique, au niveau international
On le sait désormais, le pilotage de la recherche repose aujourd’hui sur un ensemble d’informations complexes, souvent fragmentées, mais essentielles pour comprendre les forces d’un établissement, anticiper de nouvelles thématiques et capter les opportunités de financement. Alors, comment exploiter ces données au bénéfice des chercheurs et des organismes spécialisés ? En comprenant les enjeux d’un point de vue macroéconomique, au niveau international.
Deux experts de chez Clarivate ont éclairé la problématique et dessiné les pistes pour rendre plus performant le management de la recherche : Adriana Filip, consultante, et Bastien Blondin, conseiller en stratégie en scientifique et innovation. Voici une synthèse des échanges. Le webinaire est disponible en replay.
Une part importante des financements désormais concentrée en Chine
Premier thème proposé par nos intervenants : sommes-nous en train d’assister à une transformation profonde du système scientifique mondial, et pourquoi cela devient-il un enjeu stratégique pour les universités et les pays ? Une question qui éclaire la transformation actuelle et les nouveaux équilibres qui se dessinent.
Durant des années, le centre de gravité scientifique mondial était relativement stable autour de deux acteurs majeurs : l’Europe et les États-Unis. Or, on constate désormais qu’une part très importante des financements se concentre dans un seul pays : la Chine. Ce déplacement modifie les réseaux de collaboration, les priorités technologiques ou les futurs systèmes d’innovation.
La Chine a littéralement fait décoller ses investissements
Si, jusqu’en 2014, la part des financements publics était stable, depuis cette date, la Chine a littéralement fait décoller ses investissements, laissant ses concurrents sur place. Ce pays joue désormais un rôle fondamental dans la compétition scientifique mondiale.
Adapter nos modes de collaboration
Une fois ce constat effectué, il convient aussi de s’intéresser aux thématiques portées par ce géant d’Asie pour, bien entendu, suivre ce compétiteur et adapter nos modes de collaboration.
Parmi les principaux thèmes de publication en France, on constate qu’un quart d’entre elles concerne la médecine clinique, suivie par la chimie et la physique. Ces domaines sont-ils en cohérence avec les avancées technologiques mondiales et les domaines explorés par d’autres pays ?
Par ailleurs, la croissance scientifique en France a longtemps été construite sur du financement public, mais il semble que la recherche se fasse désormais de plus en plus dans des réseaux internationaux constitués. Dès lors, comment renforcer nos capacités dans les grands écosystèmes mondiaux, en phase avec les technologies de demain ?
L’exemple du Royaume-Uni
La situation du Royaume-Uni informe sur les changements qui s’opèrent : en 2025, on retrouve davantage de financeurs chinois dans la recherche britannique. Là encore, c’est un point de bascule fondamental pour saisir les mouvements qui s’opèrent. Cela montre à quel point de nouveaux leaders s’imposent dans des domaines clés.
IA : depuis 2021, plus de mentions de financements chinois que de mentions britanniques
Pour le cas d’un secteur stratégique comme l’IA, depuis 2021, il y a plus de mentions de financements chinois que de mentions britanniques. Ce qui, au fond, n’est pas très étonnant, puisque l’IA est aujourd’hui dominée par deux pays : les États-Unis et la Chine.
Les universités britanniques collaborent donc massivement avec leurs homologues chinoises. À noter que, selon les deux experts de Clarivate, les Anglais ne le savent pas nécessairement et sont même étonnés de ces résultats. D’où l’importance de flécher toutes les données pour évaluer à la fois la performance et la dépendance à d’autres acteurs.
Reste que nous vivons un moment paradoxal, puisque l’on n’a jamais eu autant de puissance de calcul, mais parallèlement autant de datas erronées, de fraudes et de faux résultats. Des études peuvent être générées par l’IA et être reprises par des autorités ou des cabinets de conseil. La confiance est centrale dans un contexte où la production de publications a littéralement explosé.
Il faut privilégier des LLM (Large language models - Grands modèles de langage) solides, s’appuyant sur des contenus fiables et vérifiés auprès de tiers de confiance. La qualité de réponse de l’IA dépend effectivement de la nature des données, mais aussi de la formation des chercheurs afin qu’ils gardent un certain contrôle sur leurs travaux.
Disposer de tableaux de bord
La dispersion des informations reste une réalité
Selon un sondage réalisé en 2024 par Clarivate auprès de 800 responsables de la recherche à travers le monde, la dispersion des informations reste une réalité. Il est aujourd’hui nécessaire de centraliser l’ensemble pour orienter sa stratégie, ses financements et sa trajectoire.
Et, bien entendu, être en mesure de nettoyer ses bases pour disposer de tableaux de bord simples et éclairants. À n’en pas douter, la compétition entre les nations passera par les performances en matière d’innovation et R&D, mais également par une plus grande capacité éà maîtriser l’ensemble de sa production et ses circuits scientifiques pour décider en toute connaissance.
La maîtrise des données devient ainsi un levier stratégique : elle permet non seulement de mieux piloter la recherche, mais aussi de comprendre les dépendances, d’anticiper les priorités scientifiques et de renforcer la place des établissements dans les grands écosystèmes mondiaux.