Vie des campus

[Replay] Vers une révolution de l’enseignement scolaire pour accompagner la transition écologique ?

Par Isabelle Cormaty | le | Rse - développement durable

L’enseignement scolaire fait sa transition écologique et sociétale. Découvrez comment l'éducation au développement durable est prise en compte dans la formation initiale des enseignants. D’autres pistes de réflexion sont évoquées par les interlocuteurs de ce webinaire organisé le 19 mai par Campus Matin et son partenaire le Réseau des Inspé.

Former les enfants et étudiants aux enjeux du développement durable devient une urgence absolue. Tel est le message martelé dans le dernier rapport du Giec et dans le récent rapport du groupe de travail présidé par le paléoclimatologue Jean Jouzel. Pour ce faire, les enseignants du primaire et du secondaire occupent une position clé. 

Mais comment et à quoi les former ? Quelle place pour la transition sociétale dans la formation des enseignants et quel rôle pour les Inspé ? Et quelle prise en compte au niveau de l’enseignement scolaire des recommandations du rapport Jouzel ?

Autant de questions abordées dans ce webinaire organisé le 19 mai dernier par Campus Matin et son partenaire, le Réseau des Inspé, association regroupant les 32 Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l'éducation (Inspé) de France. Synthèse.

Transformer le système éducatif

Une démarche entamée dans les années 1990

« La révolution du système de formation des enseignants est enclenchée depuis longtemps, commence Monique Dupuis, inspectrice générale de l'éducation, du sport et de la recherche (Igésr). Les premières circulaires de généralisation de l’éducation au développement durable datent des années 1990, à une époque où les objectifs du développement durable n’avaient pas le vent en poupe. Tous les éléments sont aujourd’hui réunis pour aboutir à une évolution importante. »

Le rôle des Inspé dans l'éducation au développement durable

Sandrine Marvilliers est vice-présidente du Réseau et directrice de l’Inspé de la Réunion. - © Réseau des Inspé
Sandrine Marvilliers est vice-présidente du Réseau et directrice de l’Inspé de la Réunion. - © Réseau des Inspé

Le Réseau des Inspé a réalisé une enquête sur la prise en compte du développement durable au sein de ses instituts. 

« Il y a une véritable prise de conscience forte et globale de tous les acteurs sur ces questions. Nous n’avons plus à prouver que nous devons éduquer les futures générations aux questions environnementales », précise Sandrine Marvilliers, vice-présidente de l’association qui a présenté les enseignements principaux de l'étude.

« Au moins un Inspé sur deux dispose d’un chargé de mission éducation au développement durable. L’Inspé de l’académie de Lille a par exemple un référent zéro carbone. Ces chargés de mission sont des interlocuteurs privilégiés sur ces sujets, ils motivent les étudiants et impulsent des projets qu’ils portent tout au long de l’année », détaille Sandrine Marvilliers, qui est aussi directrice de l’Inspé de la Réunion.

Inclure toutes les parties prenantes du système éducatif

La sensibilisation des élèves aux transitions ne passe pas uniquement par les enseignants, toutes les parties prenantes du système éducatif y concourent. 

« L'éducation au développement durable n’est pas un enseignement. C’est une éducation transversale qui s’appuie sur les enseignements et tout ce que l’élève va pouvoir vivre dans la vie scolaire. Cela ne concerne pas que les enseignants, mais tous les personnels du système éducatif », rappelle Monique Dupuis, référente enseignement du développement durable à l’Igésr.

Une initiative récente : les écodélégués

Parmi les initiatives récentes en faveur de l’enseignement des transitions, les interlocuteurs de ce webinaire citent notamment la généralisation du statut d'écodélégué dans les collèges et lycées depuis la rentrée 2019. L'élection de ces ambassadeurs des projets pédagogiques en lien avec l'écologie est également encouragée dans les classes de CM1 et CM2.

Monique Dupuis est référente enseignement du développement durable à l’Igésr. - © D.R.
Monique Dupuis est référente enseignement du développement durable à l’Igésr. - © D.R.

« Ces écodélégués sont essentiels. Ils sont très souvent intéressés par les questions environnementales. Mais cet engagement s’apprend et s’accompagne », avertit Monique Dupuis. L’inspectrice générale identifie plusieurs risques ou points de vigilance : « Que les écodélégués relaient uniquement des dispositifs partenariaux sans s’en emparer ou qu’ils se découragent parce qu’ils veulent entraîner les autres, mais que cela ne fonctionne pas. »

D’après elle, la mise en relation d'écodélégués de plusieurs établissements est essentielle pour le partage d’expérience et de bonnes pratiques. « Il est aussi important pour les enfants de comprendre qu’ils s’inscrivent dans une dynamique collective des objectifs du développement durable de l’ONU et qu’ils ne font pas des actions isolées », assure-t-elle.

Prendre en compte l'écoanxiété

L'éco-anxiété est un frein à ne pas négliger. Étudiante en master 2 métiers de l’enseignement, de l'éducation et de la formation à l’Inspé de l’académie d’Amiens et conseillère principale d'éducation (CPE) en collège, Hilana Bugheloo évoque la posture particulière des personnels éducatifs pour parler de ces enjeux aux élèves. « Le thème du développement durable amène à l'écoanxiété. La révolution ne pourra se faire si l’on ne replace pas au cœur de la transition écologique le positif et l’humain. La bienveillance et le non-jugement sont primordiaux pour les éducateurs », explique-t-elle.

La vice-présidente du Réseau des Inspé insiste aussi sur le rôle important des parents pour réduire l'écoanxiété des enfants. « La formation aux enjeux de développement durable doit venir d’une communauté éducative élargie pour accompagner les enfants et réduire leur écoanxiété. Les relations avec les parents rentrent dans le champ de la formation des Inspé », précise Sandrine Marvilliers.

L'éducation au développement durable du Québec

Quid de la situation outre-Atlantique ? Adolfo Agundez Rodriguez, chercheur associé en éducation à l’Université de Sherbrooke au Québec partage un état des lieux de la situation dans son pays. 

Adolfo Agundez Rodriguez est chercheur associé en éducation à l’Université de Sherbrooke. - © D.R.
Adolfo Agundez Rodriguez est chercheur associé en éducation à l’Université de Sherbrooke. - © D.R.

« Nous avons commencé la révolution pédagogique et éducative au Québec. L’un des freins est de concevoir les jeunes comme des citoyens du futur et non comme des citoyens du présent. Cette conception doit changer », affirme le biologiste.

Comme en France, il constate que « l’ensemble des enseignants au Québec ne sont pas formés aux enjeux environnementaux, ce qui crée un sentiment d’insécurité dans la salle de classe, car il est demandé aux professeurs d’aborder des sujets auxquels ils ne sont pas formés. »

Et d’insister sur la nécessité d’inscrire l’enseignement des enjeux environnementaux dans le référentiel de compétences des enseignants pour assurer une formation plus massive des professeurs à ces enjeux. « La formation dans les universités et les écoles est régie par le référentiel de 13 compétences professionnelles des enseignants dans la formation initiale et continue. La compétence en environnement n’existe pas dans ce référentiel. Si elle n’est pas intégrée, la formation initiale et continue des enseignants à l’environnement ne sera pas généralisée », avance le chercheur.

Transférer cet article à un(e) ami(e)