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[Replay] Le boom de la vérification des diplômes atteint la France

Par Isabelle Cormaty | le | Equipements et systèmes d'informations

Les recruteurs systématisent de plus en plus la vérification des diplômes de leurs candidats. Ce qui conduit les établissements du supérieur à se tourner vers des solutions d’authentification, sources de nombreux enjeux. Et ce alors que la dématérialisation de l’ensemble des activités se développe. Campus Matin et son partenaire Verifdiploma ont réuni le 2 février deux établissements pour en parler, lors d’un webinaire organisé dans le cadre de Think Éducation et Recherche 2022. Synthèse.

La vérification des diplômes, une tendance forte

Plusieurs raisons pour expliquer ce boom

« Nous avons réalisé plus de 150 000 vérifications en 2021, ce qui représente une croissance de plus de 40 % par rapport à l’année précédente. Cela s’explique par l’internationalisation du secteur, la diversité des parcours des étudiants et la masse d’informations présentes sur les différents réseaux », déclare Rafael Melinon, directeur général adjoint commerce et marketing de Verifdiploma.

Un marché en expansion depuis cinq ans en France

Si le phénomène de vérification des diplômes des candidats s’est développé à l’international depuis plusieurs années, cette tendance est arrivée chez les acteurs de l’enseignement supérieur français plus tardivement.

Rafael Melinon travaille chez Verifdiploma depuis 2008. - © D.R.
Rafael Melinon travaille chez Verifdiploma depuis 2008. - © D.R.

«  Dans les années 2000, très peu de sociétés vérifiaient les diplômes, uniquement en cas de doutes. Depuis cinq ans, nous avons vu une nette augmentation de demandes de vérification émanant des recruteurs français, des établissements d’enseignement supérieur, des ministères et des institutions. Tous veulent mettre en place des procédures de vérification, non pas seulement à la marge, mais sur l’ensemble du processus de recrutement », souligne le directeur général adjoint commerce et marketing de la edtech française.

Pas d’augmentation des faux avec la crise covid

La crise covid a fortement accentué le besoin de dématérialisation

Si la croissance du secteur de la vérification de diplôme se poursuit depuis plusieurs années, la pandémie n’a pas amplifié cette tendance. Le pourcentage de faux diplômes découverts par Verifdiploma reste stable (7 %).

« La crise covid a fortement accentué le besoin de dématérialisation et les échanges à distance, mais elle n’a pas généré de demandes supplémentaires de vérification de diplômes », note Rafael Melinon.

Pourquoi les établissements s'équipent-ils ?

Lutter contre la fraude

Matthieu Gerday travaille à la direction des études et de la scolarité de Toulouse 1. - © D.R.
Matthieu Gerday travaille à la direction des études et de la scolarité de Toulouse 1. - © D.R.

«  Tout est parti de la découverte fortuite de diplômes falsifiés. » Voilà comment l'Université Toulouse 1 s’est penchée sur les enjeux de vérification et d’authentification de diplômes raconte Matthieu Gerday de la direction des études et de la scolarité. « Nous avons tout de suite compris que cela portait atteinte à l’image de notre établissement et de nos diplômés, mais nous n’avions pas saisi l’ampleur du problème en 2016 », reconnaît-il.

Toulouse 1, qui compte environ 20 000 étudiants, dont 8000 diplômés, chaque année, n'était pas en mesure d’engager des poursuites en cas de découverte de faux diplôme. « Dans une université comme la nôtre, nous n’avons pas les moyens de développer en interne toutes les solutions dont nous avons besoin », détaille-t-il pour expliquer le recours à Verifdiploma. Cette entreprise, considérée comme un « tiers de confiance » peut ainsi rassembler des preuves en cas de faux diplômes en circulation.

Garantir l’employabilité des étudiants

Tawhid Chtioui a fondé et dirige Aivancity School for Technology. - © Aivancity
Tawhid Chtioui a fondé et dirige Aivancity School for Technology. - © Aivancity

Aivancity s’est intéressée au processus de dématérialisation de diplômes. L'école délivre en effet à ses étudiants des diplômes déposés sur la blockchain recensant les compétences acquises… et propose à ses étudiants de les actualiser en formation continue. Il s’agit d’un concept breveté : la garantie de mise à jour du diplôme.

« Nous nous sommes demandé comment garantir à nos diplômés la possibilité de se maintenir sur un marché de l’emploi où les métiers et compétences se renouvellent très vite », explique Tawhid Chtioui le directeur et fondateur de l'école.

« Nous avons inscrit l’employabilité dans les missions de l’école. Les étudiants peuvent revenir à l’école quand ils le souhaitent pour mettre à jour leur diplôme sans payer de nouveau. Il fallait une solution dématérialisée et sécurisée pour mettre en place ce système », ajoute-t-il.

Conseils pour mettre en place ces processus 

La mise en place de procédures de vérification et de la dématérialisation dans les établissements du supérieur impliquent quelques prérequis.

Pour Tawhid Chtioui, il ne suffit pas d’ajouter une brique technologique, mais de l’intégrer dans le système d’information de l'établissement. « Ces technologies doivent être inscrites dans le cadre d’une feuille de route digitale, en lien avec l’ambition stratégique de l'établissement. Elles doivent être pensées par rapport à l’expérience apprenant et au système d’information », conseille-t-il.

Matthieu Gerday, chargé du pilotage des heures d’enseignement à Toulouse 1 conseille aussi de penser aux moyens humains. « À l’Université Toulouse 1 Capitole, les demandes de vérification de diplômes ont doublé en trois ans. Mais les effectifs de personnels sont loin d’avoir suivi la même évolution, regrette-t-il. Le recours au numérique ne fait pas tout, mais il devient essentiel pour tenir la montée en charge. »

À qui bénéficie in fine la dématérialisation des diplômes ?

Aux recruteurs

Matthieu Gerday travaille à l’Université Toulouse 1 Capitole. - © D.R.
Matthieu Gerday travaille à l’Université Toulouse 1 Capitole. - © D.R.

Pour Matthieu Gerday, la vérification de diplômes bénéficie aux recruteurs et aux employeurs. « La signature d’un contrat de travail est à la fois un pari, un investissement, mais aussi un risque pour l’entreprise. S’assurer de l’authenticité d’un diplôme, de l’existence et de la qualité de l’établissement qui l’a délivré, permet de réduire ce risque », assure-t-il.

Aux étudiants et diplômés

Le directeur général adjoint commerce et marketing de Verifdiploma, Rafael Melinon complète : « La vérification des diplômes à la source répond à un besoin du recruteur quand la dématérialisation répond en premier lieu au besoin de l’étudiant et du diplômé, pour la facilité de transmission des documents dans le cadre de mobilités nationale ou internationale. »

Matthieu Gerday rappelle également que le diplômé est soumis à une forte compétition lors de son insertion professionnelle et qu’il peut alors se reposer sur son établissement pour authentifier son diplôme. 

L’ensemble du système éducatif

Au-delà des employeurs et des étudiants, « l’ensemble du système éducatif bénéficie de cette logique de vérification authentification », d’après le directeur d’Aivancity. « Cela va apporter plus de fiabilité, un gain de temps considérable pour les grands établissements et améliorer l’expérience apprenant », détaille-t-il.

Tawhid Chtioui alerte toutefois sur le risque d’un système à deux vitesses et d’une fracture. « La logique de dématérialisation donne plus de reconnaissance aux établissements ou aux pays qui peuvent accéder à ces technologies par rapport à ceux qui n’en ont pas les moyens », souligne-t-il.

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