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[Replay] Comment accompagner l’innovation et la recherche dans l’économie du savoir ?

Par Marine Dessaux | le | Stratégies

Comment soutenir la recherche, qui est à la base de l’innovation de demain, et accompagner l'économie du savoir ? Un webinaire organisé lors de Think Education et Recherche 2022, en partenariat avec Microsoft, s’est penché sur la question, le 2 février. Campus Matin vous en détaille les grands points.

Des financements et initiatives pour favoriser l’innovation

Après l’éducation, la recherche et les relations avec la société, l’enseignement supérieur porte une autre mission : celle de l’innovation. C’est par un dialogue entre la recherche et l’entrepreneuriat que prend forme une économie du savoir, accompagnée et financée par diverses initiatives.

Alexis François est chef de cabinet chargé du déploiement de CY Initiative - © D.R.
Alexis François est chef de cabinet chargé du déploiement de CY Initiative - © D.R.

« Depuis 2017, nous portons une initiative d’excellence (Idex) au sein duquel est développé un outil transversal ‘CY Transfer’ », expose Alexis François, chef de cabinet chargé du déploiement de CY Initiative chez CY Cergy Paris Université. Un instrument dont l’objectif est de développer des initiatives et projets permettant le partage de savoirs entre le monde de l’entreprise et la communauté scientifique.

C’est par les Sociétés d’accélération du transfert de technologies (Satt) ou encore dans le cadre de programmes de financements publics qu’est par ailleurs mise en œuvre l’innovation. « Avec la SATT Erganeo [spécialisée dans les innovations de rupture à fort impact sociétal, NDLR], nous développons des projets émergents ainsi que dans le cadre de programmes européens comme Horizon Europe, ou liés aux Programmes investissement avenir (PIA) », complète Alexis François.

L’établissement reste, en premier lieu, un acteur clé pour l’innovation. « Depuis sa création il y a dix ans, Université PSL intervient sur toute la chaine de l’innovation et de l’entrepreneuriat en interne en s’appuyant sur les partenaires, illustre Karla Balaa, directrice adjointe innovation et entrepreneuriat à Université PSL. Il faut faire dialoguer recherche, innovation et formation dès le début. »

Quelle frontière entre recherche fondamentale et innovation ?

Si la recherche et l’innovation sont interconnectées, les deux mondes doivent créer des ponts pour dialoguer.

Ludovic Dibiaggio est également directeur d’Otesia, la maison de l’Intelligence Artificielle de Skema. - © D.R.
Ludovic Dibiaggio est également directeur d’Otesia, la maison de l’Intelligence Artificielle de Skema. - © D.R.

« Pour l’entrepreneur, la motivation est de valoriser immédiatement, ses incitations sont différentes [de celles du chercheur]. L’enjeu est de créer un écosystème pour que ces communautés arrivent à se parler pour orienter les investissements et les aides dans la bonne direction », souligne Ludovic Dibiaggio, responsable du centre de recherche KTO (Knowledge technology and organization) de Skema business school et membre du comité académique d’Université Côte d’Azur.

Karla Balaa acquiesce : « C’est grâce aux connaissances fondamentales qu’on obtient par la recherche fondamentale que naissent des innovations. Il faut créer des liens entre les deux, pour que l’innovation ait le plus d’impact possible au niveau global. »

Pour Alexis François, « il ne faut pas séparer innovation et recherche ni toujours les associer. » En effet, « la logique de la recherche est universelle, développe Ludovic Dibiaggio, ce qui est différent, c’est la circulation des idées et des biens qui est aujourd’hui internationale. Nous sommes loin d’un monde plat : il y a un aspect écosystémique à prendre en compte. Il faut se demander quelles interactions sont pertinentes pour la valorisation de la recherche. (…) Il y a souvent une confusion, on imagine un modèle linéaire qui voudrait qu’une idée mène à la recherche puis à son application et finalement à une innovation. L’enjeu est de sélectionner les idées et décider comment on va investir derrière. »

Finalement, «  l’avenir de notre recherche française passe par la complémentarité des gens. C’est la cohabitation qui génère de la valeur », résume Antoine Maurice, responsable de compte enseignement supérieur et recherche chez Microsoft.

Des pistes pour aller plus loin

Pour inciter les collaborations public/privé, « un point essentiel sont les incitations du chercheur », indique Ludovic Dibiaggio. « La motivation d’un chercheur qui travaille avec une entreprise est de faire avancer ses travaux. En effet, pour devenir professeur, il faut publier et le temps passé avec l’entreprise [pour valoriser ses recherches] ne permet lui permet pas d’avancer. »

Ludovic Dibiaggio rappelle néanmoins que « la science n’est pas homogène » et que, selon les domaines, le lien avec l’innovation est plus ou moins évident. Face à ce constat, il recommande de « mettre en place des environnements scientifiques et faire de la mobilité entre ces environnements ». L’enseignement est par ailleurs un point clé : « Les principaux entrepreneurs seront les étudiants qui ont suivi les enseignements des chercheurs à la pointe dans leur domaine. »

Gouvernance de la data : les sécuriser et les exploiter au mieux

« Les chercheurs ont la pression pour assurer, innover. Derrière, il faut des outils pour assurer administrativement, pour garantir la confidentialité, la sécurité des données, permettre le reporting, etc. La data essentielle », introduit Karla Balaa.

Karla Balaa est directrice adjointe innovation et entrepreneuriat à Université PSL - © D.R.
Karla Balaa est directrice adjointe innovation et entrepreneuriat à Université PSL - © D.R.

La gouvernance de la data, notamment dans les sujets de santé, est « fondamentale », souligne par ailleurs Ludovic Dibiaggio. « Il est important de donner des outils pour que ces données puissent être utilisées dans un environnement réglementaire (avec préservation de l’anonymat, notamment). Il s’agit d’une problématique qui n’est pas seulement technique, mais relève de compréhensions différentes de la donnée et des contraintes selon les acteurs. »

Afin de répondre à ces enjeux de gouvernance des datas, Antoine Maurice suggère de « faire connaitre les moyens qui sont déjà à disposition et qui existent ».

« On ne va pas réinventer la roue, si on doit avancer il faut qu’on capitalise sur tout ce qui existe déjà pour avoir plus d’agilité, mieux informer et permettre un meilleur transfert à travers les outils. Grâce à cela, on se tourne à nouveau vers l’humain ! »

Environnement en open source ou protégé ?

Antoine Maurice est responsable de compte enseignement supérieur et recherche chez Microsoft. - © D.R.
Antoine Maurice est responsable de compte enseignement supérieur et recherche chez Microsoft. - © D.R.

Antoine Maurice défend l’importance de « disposer des outils adaptés » dont l’usage est exclusif au laboratoire de recherche. Pour lui, l’utilisation d’outils open source comporte un risque majeur : celui de voir ses innovations exploitées commercialement par des industriels extérieurs.

« Quand on fait cohabiter des univers, on se retrouve avec des chercheurs qui peuvent développer des outils extrêmement performants dans des environnements libres. On a vu des industriels américains et allemands développer économiquement les choses à partir de ces innovations. »

Karla Balaa nuance néanmoins : « Il y a beaucoup de modèles économiques pour valoriser les innovations réalisées en open source, mais cela nécessite des outils spécifiques. » Pour atteindre cet objectif, il faut néanmoins agir vite, plus vite que les concurrents !

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