Vie des campus

[Replay] Quelles missions pour les écoles des universités ?

Par Isabelle Cormaty | le | Stratégies

Écoles d’ingénieurs, instituts d'études politiques et instituts d’administration des entreprises… les écoles au sein des universités s’organisent avec des modèles variés, mais quelles sont leur place et leurs missions ? Pour répondre à ces questions, Campus Matin et son partenaire IAE France ont réuni le 1er février quatre écoles lors d’un webinaire organisé dans le cadre de l'événement Think Éducation et Recherche 2022. Synthèse.

Dans un paysage français marqué ces 15 dernières années par la différenciation des établissements, les écoles internes aux universités entendent trouver leur place et pousser leur modèle, fondé sur l’ouverture, la proximité, la recherche de ressources propres et les partenariats.

Alors que la Cour des comptes appelle à renforcer l’autonomie des universités dans un rapport publié le 21 octobre dernier, de quels leviers bénéficient les écoles internes aux universités pour assurer leurs missions spécifiques ? Quels sont leurs atouts ? Autant de questions abordées dans ce webinaire organisé le 1er février par Campus Matin et son partenaire IAE France.

Des établissements au modèle particulier

Sciences Po Saint-Germain-en-Laye rattaché à deux universités

Céline Braconnier dirige Sciences Po Saint-Germain-en-Laye. - © D.R.
Céline Braconnier dirige Sciences Po Saint-Germain-en-Laye. - © D.R.

Créé en 2013, l’institut d'études politiques (IEP) Saint-Germain-en-Laye est rattaché aux universités de Cergy-Pontoise et de Versailles Saint-Quentin en Yvelines.

L'établissement accueille 800 étudiants, soit deux fois moins que les autres IEP régionaux. 

« Nous avons pour ambition à cinq ans de doubler notre nombre d’étudiants, par la création de nouveaux diplômes, la diversification de l’offre de formation. Nous développons aussi la formation continue pour avoir un public plus âgé et une offre plus internationale », détaille Céline Braconnier, directrice de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye depuis sa création.

Elle rappelle que les IEP doivent remplir des missions communes définies par décret, notamment assurer la formation des cadres du public et du privé par le biais des sciences sociales. « Nous nous distinguons de la majorité des IEP en étant une école interne de l’université, sur le modèle de l’Université de Strasbourg. Nous sommes dotés d’une autonomie qui nous permet de remplir ses missions propres », poursuit-elle.

Le réseau Polytech : une formation ingénieur et universitaire

« La profonde nature du réseau Polytech est d’être à la fois ingénieur et universitaire. Nous avons le meilleur des deux mondes », précise de son côté Emmanuel Perrin, le coordinateur du réseau de 15 écoles d’ingénieurs internes aux universités et accréditées par la Commission des titres ingénieurs (CTI).

« Notre communauté d’écoles membres partage ses admissions et sa classe prépa intégrée. Nous avons un contrat moral avec les jeunes bacheliers qui effectuent leur prépa au sein de l’une des écoles du réseau Polytech, puis en fonction de leurs résultats et de leurs vœux ont accès à l’une des 100 spécialités ingénieures des écoles », détaille-t-il.

Des études en management dans les IAE

Hervé Penan est vice-président du réseau des IAE. - ©  Université Toulouse 1
Hervé Penan est vice-président du réseau des IAE. - ©  Université Toulouse 1

Le réseau des Instituts d’administration des entreprises (IAE) compte 36 établissements en France au sein des universités, rassemblés au sein d’IAE France.

« Nous essayons de mettre en avant et garantir la qualité des études en management au sein du service public », explique Hervé Penan, directeur de Toulouse School of Management.

« En France, il y a cette spécificité qui met en concurrence les écoles management du privé et celles au sein des universités. Avec la reconfiguration des sites universitaires, des questions se posent sur la répartition et la concurrence de ces deux types d’écoles dont les activités sont assez proches », avance le vice-président du réseau des IAE.

L’Insa Hauts-de-France, une école d’ingénieurs dans un EPE

Armel de la Bourdonnaye dirige l’Insa Hauts-de-France situé à Valenciennes. - © Armel de La Bourdonnaye
Armel de la Bourdonnaye dirige l’Insa Hauts-de-France situé à Valenciennes. - © Armel de La Bourdonnaye

École d’ingénieurs créée il y a deux ans, l'Insa Hauts-de-France est un établissement composante de l'Université Polytechnique Hauts-de-France, un établissement public expérimental (EPE) situé à Valenciennes dans le Nord.

« L’Insa Hauts-de-France regroupe une faculté de sciences et une faculté du sport et des métiers du sport sur un territoire fortement industrialisé. Nous faisons partie du groupe Insa et nous avons pour objectif à cinq ans de nous installer dans le paysage comme un des pôles de l’ingénierie dans la région, à côté des deux métropoles de Lille et d’Amiens, mais aussi de Compiègne », avance Armel de la Bourdonnaye, le directeur de l'école.

Des écoles attractives attachées au service public

Des établissements qui croulent sous les candidatures

« La mission du réseau Polytech est une mission de service public et offre une formation d’ingénieur accréditée par la CTI, en formation initiale et en alternance sur tout le territoire », rappelle Emmanuel Perrin.

Mais, le réseau des écoles d’ingénieurs Polytech comme les autres écoles internes aux universités reçoivent un nombre de candidatures par an supérieur au nombre de places dont elles disposent.

« Nous faisons face à une pression sociale très importante, nous avons beaucoup de demandes pour rentrer dans nos formations de licence ou de master », confirme Hervé Penan.

L’ouverture sociale, une préoccupation majeure

Les quatre intervenants de ce webinaire attachent tous une importance à l’ouverture sociale dans leurs établissements. Sciences Po Saint-Germain-en-Laye compte aujourd’hui entre 25 et 27 % de boursiers à l’entrée, comme à la sortie de l'école. L’IEP travaille avec des lycées partenaires de la région pour préparer de futurs étudiants notamment.

« Nous travaillons avec l’ensemble du groupe Insa pour conforter notre modèle social : nous tenons à former des jeunes de tous les milieux sociaux », affirme le directeur de l'Insa Hauts-de-France.

Emmanuel Perrin coordonne le réseau Polytech. - © D.R.
Emmanuel Perrin coordonne le réseau Polytech. - © D.R.

« Nous partageons avec nos universités un objectif d’ascenseur social caractérisé par un triptyque : maillage territorial, une classe prépa intégrée du réseau Polytech, et l’absence d’école dominante dans le réseau », poursuit le directeur de Polytech Lyon.

Dans le cadre de son plan stratégique, le réseau compte « déployer des dispositifs à destination des bacs généraux, mais aussi des bacs technologiques qui sont les bienvenus », ajoute Emmanuel Perrin. Cela passera par la mise en place d’une classe préparatoire spécifique aux bacs technologiques. 

Les universités, atouts des écoles pour l’international

Le vice-président du réseau des IAE a souligné l’importance des universités pour exister à l’international. « Il faut avoir une marque qui a tous les atouts d’un rayonnement national et international. C’est beaucoup plus simple de dire que vous êtes l’école de management de l’Université de Toulouse. Ne faisons pas subir à nos partenaires internationaux la complexité de notre système national », conseille Hervé Penan.

Quels moyens pour ces écoles « entrepreneuriales » ?

« Le financement dans l’enseignement supérieur public par étudiant décroit depuis plusieurs années », regrette Armel de la Bourdonnaye.

Dans ce contexte, certaines écoles tentent de trouver de nouvelles ressources pour « financer sur [leurs] ressources propres des postes d’enseignants et d’enseignants-chercheurs pour développer la recherche » par exemple, témoigne Emmanuel Perrin.

« Les écoles sont construites et animées par des entrepreneurs institutionnels. La question des moyens se décline en fonction des dotations directes de l’État et des dotations des universités », souligne Céline Braconnier

Pour se financer, certaines écoles profitent notamment du développement des formations par apprentissage. Un tiers des étudiants de Toulouse School of Management adoptent cette modalité.

D’autres, comme l’IEP de Saint-Germain-en-Laye font payer aux étudiants des frais de scolarité allant de 0 euro pour les boursiers à 4000 euros pour les enfants des familles les plus aisées. « Nous arrivons grâce à ces droits d’inscription à financer nos missions spécifiques. Chacune de nos deux universités finance un quart de nos enseignements, nous finançons l’autre moitié », note Céline Braconnier. L’IEP compte 8 enseignants-chercheurs à temps et emploie de nombreux vacataires.

Quels partenariats pour ces écoles des universités ?

Toulouse School of Management a par exemple monté des doubles diplômes avec l’ensemble des écoles d’ingénieurs du site toulousain.

Sciences Po Saint-Germain-en-Laye dispose de trois types de partenaires différents :

• les écoles dans l’environnement de ses universités fondatrices ;
• les écoles internes de ses deux universités comme l'école d’ingénieurs CY Tech ;
• d’autres écoles du supérieur, comme Audencia.

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