Numérique

Pas de retour en arrière sur les usages numériques depuis la rentrée en 100% présentiel

Par Isabelle Cormaty | Le | Pédagogie

Alors que les enseignement se déroulent en 100 % présentiel depuis la rentrée 2021, la plupart des usages numériques nés durant la crise sanitaire ont perduré dans les établissements du supérieur. À commencer par l’utilisation des plateformes d’enseignement et collaboratives.

Les outils numériques utilisés pendant la crise sanitaire sont toujours utilisés avec le présentiel. - © CPU - Université Bretagne Sud
Les outils numériques utilisés pendant la crise sanitaire sont toujours utilisés avec le présentiel. - © CPU - Université Bretagne Sud

Plateforme en ligne, visioconférence, cours en hybride, outils pour favoriser l’interactivité des enseignements, classe inversée ou encore rendu des devoirs sous format vidéo… Depuis le début de la crise sanitaire, étudiants et professeurs des établissements du supérieur ont adopté de nouvelles habitudes qui font la part belle au numérique et aux solutions edtechs !

Quid de ces pratiques depuis le retour des étudiants en 100 % présentiel à la rentrée 2021 ? Campus Matin a interrogé quatre établissements, tous témoignent de l’inscription sur la durée de la plupart des usages nés de la crise. « Ce qui était conjoncturel avec la Covid est devenu structurel. Nous avons gardé et amélioré tout ce qui s’est fait pendant la crise », résume Stephen Girard, le directeur académique de l'Idrac Business School.

Des plateformes toujours autant plébiscitées

Malgré le retour du 100 % présentiel depuis la rentrée 2021, le nombre de connexions sur les plateformes d’enseignement ou collaboratives n’a pas ou peu chuté selon les établissements par rapport aux périodes de confinement. À la mi-novembre, entre 25 et 30 000 étudiants de l'Université de Lorraine se connectaient ainsi sur Moodle tous les jours. Des chiffres semblables à ceux du mois de janvier 2021.

« Tous les cours se font en présentiel, la plateforme est utilisée en complément. Nous tirons profit des outils numériques, car des automatismes se sont créés avec la crise », se félicite Brigitte Nominé, vice-présidente stratégie numérique de l’Université de Lorraine.

Le nombre de connexions d'étudiants enregistrés par semaine en novembre sur Moodle est proche de celui de janvier à l’Université de Lorraine. - © D.R.
Le nombre de connexions d'étudiants enregistrés par semaine en novembre sur Moodle est proche de celui de janvier à l’Université de Lorraine. - © D.R.

Outre l’ancrage des habitudes prises durant un an et demi de crise sanitaire, cette persistance des pratiques s’explique également par les consignes gouvernementales. « Toute la structure qui nous permet du jour au lendemain de basculer au distanciel du jour au lendemain a perduré », rappelle le président de la Conférence des grandes écoles, Laurent Champaney

« L'enseignement se fait en présentiel au maximum sauf pour les rares situations d'étudiants isolés, car positifs au Covid, cas contacts non vaccinés ou pour les étudiants étrangers toujours en attente de visa. Les écoles se doivent aussi de former ces publics, ce qui implique que les enseignants continuent de déposer des ressources sur les plateformes », poursuit-il.

Un échange plus direct avec les enseignants sur le chat

Stephen Girard est directeur académique de l’Idrac. - © D.R.
Stephen Girard est directeur académique de l’Idrac. - © D.R.

Pas de retour en arrière non plus sur l’usage des plateformes collaboratives comme Teams. « Les étudiants et les personnels n’hésitent plus à contacter les enseignants par message », salue Stephen Girard.

Le responsable du Learning Lab de Burgundy School of BusinessGaël Millière, complète : « Nous avons gardé toute l’organisation en équipes Teams. Les étudiants peuvent toujours poser des questions à la fin du cours à leur professeur ou les contacter par mail, mais la communication est parfois plus spontanée sur Teams qui centralise tous les supports de cours et les QCM. »

La visioconférence toujours utilisée par les personnels

Bien que le présentiel soit privilégié et le comodal limité, les établissements utilisent ponctuellement la visioconférence pour permettre à des intervenants extérieurs de donner une conférence, ou participer à des cours, en s’affranchissant des contraintes géographiques. « Nous pouvons sur un module d’une dizaine d’heures faire venir des universités partenaires ou un chercheur étranger sur une thématique très précise », poursuit le responsable du Learning lab de l'école de commerce dijonnaise. 

En lien avec le télétravail, les personnels administratifs utilisent également la visioconférence pour des réunions entre équipes, ou entre établissements. « Arts et Métiers est une école multicampus donc nous limitons au maximum les déplacements d’une ville à l’autre », souligne Laurent Champaney.

Des devoirs toujours rendus en ligne

Brigitte Nominé est vice-présidente Stratégie Numérique de l’Université de Lorraine. - © D.R.
Brigitte Nominé est vice-présidente Stratégie Numérique de l’Université de Lorraine. - © D.R.

« Le nombre de devoirs soumis par semaine sur Moodle est toujours aussi important que l’an dernier, d’où l’importante utilisation du logiciel antiplagiat. Avant la crise sanitaire, ces services existaient, mais les enseignants ne s’en étaient pas saisis. Ils ont appris à utiliser la plateforme et ses fonctionnalités pendant le confinement », analyse la vice-présidente stratégie numérique de l'Université de Lorraine et ancienne présidente de l’association des VP-Num, Brigitte Nominé.

La généralisation des plateformes a permis de fait une plus grande homogénéité des pratiques des enseignants, en réduisant par exemple les rendus de dossiers par mail.

Si la majorité des établissements organisent leurs examens de la même manière qu’avant la crise sanitaire, quelques-uns ont gardé en partie les outils ayant servi durant la crise. Burgundy School of Business continue ainsi d’utiliser en présentiel l'éditeur d’examens en ligne Theia dont elle se servait durant les confinements pour des évaluations à distance.

« Nous avons longtemps pensé que les étudiants devaient impérativement venir sur le campus pour les oraux d’admission, reconnait le directeur académique de l’Idrac Business School, Stephen Girard. Nous nous privions parfois de bons profils d'étudiants internationaux ou éloignés géographiquement. Ceux qui le souhaitent peuvent maintenant passer leur oral en visioconférence. »

Des campus virtuels toujours actifs dans certains écoles

« Un certain nombre d'établissements ont ouvert pendant la crise des campus virtuels qui sont toujours utilisés pour des événements comme des séminaires ou des forums », cite Laurent Champaney. L’Idrac Business School compte par exemple huit campus physiques en France et un campus virtuel.

« Nous avons retrouvé une proximité entre nos campus avec la plateforme en ligne. Comme les campus sont de tailles différentes, nous pouvons partager des ressources facilement. Si une école organise une conférence, elle peut la filmer et envoyer le lien visio aux étudiants de même spécialité sur un autre campus », détaille Stephen Girard.

Favoriser l’enseignement présentiel avant tout

Si les plateformes et les outils numériques sont toujours autant utilisés, la philosophie des établissements reste de privilégier le présentiel au maximum. Ce qui n’empêche pas le recours à la classe inversée, à des solutions favorisant l’interaction des étudiants comme Wooflash ou Kahoot, selon les envies des professeurs.

« Nous essayons de garder le meilleur du présentiel et du distanciel afin que le numérique reste au service de l’apprentissage », souligne Brigitte Nominé.

Le comodal très limité, voire abandonné

Laurent Champaney est directeur général des Arts et Métiers depuis 2017. - © Nicolas Krtolica
Laurent Champaney est directeur général des Arts et Métiers depuis 2017. - © Nicolas Krtolica

L’enseignement comodal, tel qu’il a été pratiqué l’an dernier en raison des jauges dans les établissements, a lui été pratiquement abandonné. Pour des raisons techniques et financières tout d’abord. 

« Peu d’établissements ont la capacité de faire des cours en hybride, cela demande des investissements importants », constate le président de la Conférence des grandes écoles, Laurent Champaney.

À cela s’ajoute une appétence pour le présentiel comme c’est le cas à Burgundy School of Business. « En début d’année, nous avions proposé aux étudiants de l’enseignement comodal dans certains groupes. Mais ils préféraient revenir en salle à l’exception de quelques personnes à de rares exceptions », témoigne Gaël Millière. Pour Brigitte Nominé, « la demande de comodalité n’est pas pertinente, la présence physique sur le campus est primordiale ».

Mettre à disposition ou pas le replay des cours ?

Pour les établissements équipés en système de captation, une autre question se pose : faut-il partager le replay des cours aux étudiants ? À leur libre initiative, « certains enseignants ont pris l’habitude d’enregistrer une partie de leurs cours », note le directeur des Arts et Métiers Laurent Champaney.

Gaël Millière est responsable du Learning Lab de Burgundy School of Business. - © D.R.
Gaël Millière est responsable du Learning Lab de Burgundy School of Business. - © D.R.

Burgundy School of Business, elle, ne propose plus les replays des cours. Objectif : éviter que les étudiants se reposent uniquement sur les enregistrements, accumulent du retard dans leurs apprentissages et ne visionnent les cours que peu avant leurs examens.

« Seuls 5 à 10 % des élèves revisionnaient les cours en replay. Lorsqu’un étudiant n’a pas compris un concept, le replay ne l’aidera pas. Il contactera son professeur qui lui expliquera avec une autre formulation. Les étudiants auraient bien aimé conserver les replays, mais l’efficacité pédagogique n’est pas là. Le système a été perverti », regrette Gaël Millière

Les learning analytics, un chantier pour les établissements

Les établissements interrogés s’accordent tous sur l’importance des tableaux de bord pour assurer un meilleur pilotage. « C’est une des leçons que nous avons retenues du Covid. Il est important de mesurer les usages, sinon nous naviguons à vue », affirme Brigitte Nominé.

L'école de commerce dijonnaise travaille de son côté sur les learning analytics. « Les plateformes nous permettent de garder des traces d’apprentissage, de savoir si les étudiants ont consulté les supports de cours, posé des questions sur le chat, fait les QCM… Nous essayons à partir des données d’identifier les élèves en décrochage. Avant la crise sanitaire, nous avions très peu de retours sur les cours », détaille Gaël Millière.

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