Quel est l’impact réel d’une université sur son territoire ?

« Comment, et pourquoi, mesurer l’impact économique des universités sur leurs territoires ? » Tel était le thème du webinaire de Campus Matin, organisé le 4 février en partenariat avec « L’initiative », association qui réunit six universités labellisées I-SITE, dans le cadre de Think Education et Recherche 2026. L’occasion pour celle-ci de présenter les premiers résultats du programme scientifique In Situ visant précisément à apprécier ces effets locaux.

Cycle : Campus Matin

Yannick L’Horty, économiste à l’université Gustave Eiffel et directeur du programme In Situ, le souligne d’emblée : « les universités ont des impacts économiques globaux absolument majeurs, notamment par leurs contributions à l’innovation et à l’éducation. Mais l’étude In Situ se focalise sur des « effets de proximité ».

Le programme, auquel les six universités de L’Initiative ont participé, s’appuie majoritairement sur l’exploitation de données internes de gestion des établissements, géolocalisées, pour mesurer la valeur ajoutée et l’emploi (direct, indirect et induit) générés par les dépenses des étudiants, des personnels et de l’université.

Deux enjeux principaux se dégagent. « L’un est scientifique avec l’utilisation, de façon secondaire, des données à des fins de recherche et la production de nouvelles connaissances. L’autre est politique puisqu’il s’agit d’objectiver de façon positive la contribution économique des universités aux économies locales dans un contexte où l’université est souvent remise en question ».

De premiers résultats

L’étude In Situ révèle que les six universités membres de L’initiative génèrent chaque année près de 4 milliards d’euros d’activité économique et plus de 80 000 emplois dans leurs territoires.

L’analyse de ces résultats montre que :

  • Près des deux tiers des effets proviennent de la concentration des étudiants sur le territoire ;
  • Les étudiants apprentis ont une contribution économique quatre fois plus importante ;
  • Pour chaque euro de subvention pour charge de service public versé par l’État, l’impact économique sur le territoire est multiplié par 2,7.

Un outil pour repenser sa stratégie territoriale

Pour Mathias Bernard, Président de l’université Clermont Auvergne et membre de L’initiative, l’un des éléments essentiels de cette étude est la géolocalisation des données. « Cela permet d’avoir une approche géographique extrêmement fine et de voir comment ces flux financiers s’organisent dans l’espace. Pour l’université Clermont Auvergne, on se rend par exemple compte qu’au-delà du pôle d’attraction de la métropole Clermontoise, l’échelle du département est aussi extrêmement importante. On observe également que nos campus territoriaux jouent un rôle de contrepoids et permettent d’atténuer la dilution progressive de l’impact économique qui peut s’opérer au fur et à mesure que l’on s’éloigne du pôle clermontois. Ces données permettent à l’université de repenser sa stratégie territoriale ».

Elles constituent un « appui à la décision » et, plus largement, à des « discussions » ou « négociations » avec les collectivités. Celles-ci peuvent s’en saisir pour affiner leurs politiques publiques.

« Ce type d’objectivation va nous permettre de cibler de manière plus précise et plus adaptée nos sujets et nos politiques publiques pour concentrer davantage notre effort sur ce qui favorise le développement économique de notre territoire (sans s’y limiter) », confirme Jérôme Auslander, adjoint au maire de Clermont-Ferrand et vice-président de l’association des villes universités de France (AVUF).

Un modèle ouvert, harmonisé et reproductible

Catherine Ris Joumady, Présidente de l’université de la Nouvelle-Calédonie, n’est pas membre de L’Initiative, mais elle s’intéresse au programme qui permet, selon elle, de justifier la présence, parfois contestée, d’une université sur un territoire et « objective son rôle de stabilisateur et amortisseur économique, notamment en période de crise ».

Elle ajoute qu’il présente des gages de qualité et de transparence qu’un recours à des cabinets privés ne garantit pas forcément. « L’étude est encadrée par des scientifiques qui sont reconnus dans leur domaine et en qui on peut avoir toute confiance ». L’ouverture du modèle est aussi un plus : on sait comment ça fonctionne. On peut en adapter les paramètres », expose-t-elle.

« Ce n’est pas une boîte noire, abonde Yannick L’Hory. Nous développons un modèle dans lequel l’ensemble de nos paramètres sont publiés. Il est donc parfaitement reproductible. ».

Autres différences avec les travaux réalisés par des cabinets, l’inscription de la démarche dans la durée et son harmonisation entre les sites qui permet des comparaisons dans le temps et l’espace.

Perspectives et modalités d’adhésion

Le programme In Situ souhaite désormais affiner encore sa cartographie en intégrant de nouveaux indicateurs et s’étendre à d’autres établissements volontaires.

Pour ces derniers, l’adhésion au programme nécessite la désignation d’un référent technique proche de la direction pour fournir quatre fichiers de données internes.

L’adhésion est proposée au tarif de 15 000 euros hors taxe pour une durée de trois ans pendant lesquels seront réalisées deux études.