Numérique responsable : comment les établissements de l’ESR passent à l’action ?
Numérique responsable : comment les établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche passent-ils à l’action ? Tel était le thème d’un webinaire coorganisé par Campus Matin et PRO3 le 28 avril. Lancé en 2021 et soutenu par l’Agence nationale de la recherche, le projet PRO3 réunit l’Université d’Orléans, l’Université de Tours, l’Insa Centre-Val de Loire et le Cnam Centre-Val de Loire.
Cycle : Campus Matin
Le numérique représente aujourd’hui près de 4 % des émissions mondiales et repose sur un parc estimé à 48 milliards de terminaux, dont la durée de vie moyenne n’excède souvent pas trois à quatre ans. De l’extraction des matériaux rares à la fin de vie des équipements, ces usages soulèvent des enjeux à la fois environnementaux, économiques et stratégiques.
Le numérique responsable : une démarche globale
« Le numérique responsable, pour l’Université d’Orléans en particulier, c’est une démarche assez globale qui rentre dans le cadre d’un schéma directeur sur le développement durable et la responsabilité sociétale », indique Alexandre Guyot, directeur des systèmes d’information à l’Université d’Orléans.
Selon lui, il faut :
- « d’abord être en capacité de ne pas dégrader l’expérience utilisateur ;
- proposer des services de qualité au moins équivalents ;
- le tout dans une approche économique soutenable ».
Pour Bertrand Billault, chargé de missions numérique IUT et numérique responsable à l’Université de Tours, il faut « réduire l’empreinte environnementale du numérique par tous les biais possibles : politique d’achat et usages responsables, seconde vie pour les matériels en fin d’usage, gestion des déchets pour éviter l’incinération ou l’enfouissement ».
L’enjeu de la sensibilisation
Véronique Chatain, ancienne directrice des systèmes d’information, aujourd’hui directrice transformation numérique du territoire chez Tours Métropole Val de Loire, indique que « le numérique responsable est un sujet de transformation des méthodes et aussi des territoires ». Selon elle, cela passe par plusieurs enjeux :
- la réduction de l’empreinte environnementale du numérique en travaillant sur les systèmes d’information ;
- « mais aussi de grands enjeux de sensibilisation, de mise en place, de collaboration au niveau du territoire » ;
- sans toutefois diaboliser le numérique « qui peut être aussi un atout de transformation et de réduction de notre impact global environnemental ».
Elle indique que Tours Métropole Val de Loire va prochainement collaborer avec l’Université de Tours sur l’événement « ‘Place du numérique’pour faire de la sensibilisation commune sur ces sujets-là. On organise aussi des opérations de collecte de matériel ou de téléphone. »
« Ce qui me posait problème en tant que DSI, ce sont parfois des injonctions un peu contradictoires, et c’est difficile d’être juge et partie sur ces sujets, ajoute-t-elle. On ne peut faire changer les pratiques que si les gens ont compris l’impact. Et nous essayons de le faire de façon ludique en proposant des méthodes de prise de conscience, sans être trop culpabilisants ».
La question du cycle de vie du matériel informatique
Bertrand Billault évoque aussi le cycle de vie du matériel. « C’est d’abord un achat responsable : il faut arrêter d’acheter du matériel pour trois ou quatre ans. Aujourd’hui, on arrive à trouver des matériels robustes, réparables et sous garantie d’une durée de vie de sept ans. Le marché Matinfo qui est le marché d’achat des collectivités et des universités propose même maintenant des options à dix ans, avec le bémol de la batterie. »
« Sur les usages, j’ai pris le parti - et je suis suivi par 42 universités - de développer un écosystème Linux avec du logiciel libre, l’idée étant aussi de reprendre la main sur nos outils numériques et de s’affranchir un peu des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Linux, c’est écoconçu, moins gourmand en ressources, cela préserve le matériel, abîme moins les batteries et surtout c’est souverain », ajoute-t-il.
Bertrand Billault a aussi engagé plusieurs autres actions :
- mise en place de filières de dons, de reconditionnements et de recyclages. « Je travaille par exemple avec des associations qui récupèrent mon matériel, qui le reconditionnent sous Linux et qui le redonnent d’abord à mes étudiants, puis à mes personnels et enfin à la société civile, ce qui représente entre 400 et 700 unités par an, sur un parc de 7 000 » ;
- contractualisation en cours avec des associations pour les machines fixes « qui sont beaucoup plus dures à donner. Les gens, n’aiment plus les machines avec des tours et de gros écrans. Mais dans les écoles et certaines collectivités, c’est quand même très utile » ;
- partenariat, tout comme l’université d’Orléans, avec Emmaüs Connect, « qui permet de fournir à des étudiants en précarité numérique des machines pour moins de 150 €. Et en plus, c’est un projet CVEC (Contribution de vie étudiante et de campus) qui finance ce projet » ;
- pour les déchets issus des équipements électriques et électroniques, il fait aussi appel à une société à côté de Dreux qui fait du démantèlement et de la valorisation de matières, essentiellement les métaux et les plastiques et récupère par exemple l’or sur les cartes.
Sur le sujet de la prolongation de la durée de vie d’un poste informatique : « pour nous, un poste doit désormais durer sept ans de base » et peut avoir plusieurs utilisateurs successifs (chercheurs, administratifs, etc.), indique Alexandre Guyot.
Dans le cadre de PRO3, il a aussi travaillé à l’optimisation du poste de travail au sens logiciel du terme, via « un Windows un peu optimisé, avec 10 à 15 % de performance en plus ». Il précise aussi que « plus de 50 % de notre parc de copieurs est issu d’équipements reconditionnés » et que les politiques d’impression » évitent l’impression d’un million de pages par an ».
Enfin, il rappelle qu’il faut aussi s’assurer que le numérique est utilisable par tous :
- « au sens accessibilité du terme, en prenant en compte les différents types de handicaps,
- mais aussi d’avoir les outils pour le faire : on prête par exemple des PC reconditionnés à nos étudiants qui leur permettent d’accéder au numérique ».