Chômage des jeunes diplômés : l’avantage du diplôme s’érode, mais reste massif
Pour la première fois depuis 2000, le chômage des jeunes diplômés du supérieur progresse dans l’OCDE alors que celui des diplômés du secondaire recule. En France, les enquêtes d’insertion des écoles signalent elles aussi un ralentissement. Les données de l’Insee rappellent pourtant que le diplôme reste la meilleure protection contre le chômage en début de carrière.
Le phénomène tranche avec les crises passées. À la lecture du rapport « Regards sur l’éducation 2026 » de l’OCDE, publié fin septembre, le chômage a augmenté de 0,4 point en moyenne chez les 25-34 ans diplômés du supérieur entre 2023 et 2025. Il a légèrement baissé (-0,2 point) chez les diplômés du deuxième cycle du secondaire et n’a progressé que de 0,1 point chez les non-diplômés de ce niveau.
Divergence inédite
Après 2008, le chômage des jeunes non-diplômés du secondaire avait bondi de 7 points entre 2008 et 2010. La hausse avait été plus modérée et plus progressive pour les diplômés du supérieur, à 3 points. L’OCDE se garde toutefois de conclure à un retournement.
Inquiétudes croissantes sur l’effet de l’IA
Selon l’organisation, l’évolution récente ne traduit pas encore une dégradation générale des perspectives des jeunes diplômés du supérieur. Leur taux de chômage reste bas, à 5 % en moyenne en 2025, contre 14 % pour les 25-34 ans non diplômés du secondaire, 8 % pour les diplômés de la filière générale et 6 % pour ceux de la filière professionnelle. Le rapport signale en revanche des inquiétudes croissantes sur l’effet de l’intelligence artificielle sur l’embauche des nouveaux diplômés.
En France, l’insertion des bac + 5 ralentit
Les enquêtes nationales vont dans le même sens. Selon l’enquête 2026 de la Conférence des grandes écoles, le taux net d’emploi à moins de six mois des diplômés de grandes écoles de la promotion 2025 tombe à 76 %, en baisse de 4,2 points sur un an.
Le salaire brut moyen reste quasiment stable, à 39 679 € (+ 0,2 %). Les données Insersup du Sies, publiées le 29/07/2026, confirment la tendance. Dix-huit mois après leur diplôme, 76 % des ingénieurs diplômés en 2024 occupent un emploi salarié en France, contre 78,5 % pour la promotion 2023.
Le signal plus net encore chez les ingénieurs en début de carrière
Chez les diplômés en management de niveau bac + 5, ce taux passe de 68 % à 66,8 %. Ces deux enquêtes ne mesurent pas la même chose : Insersup ne compte que l’emploi salarié en France, sans les emplois à l’étranger ni les indépendants. Elles ne se comparent donc pas entre elles, mais toutes deux reculent d’une année sur l’autre.
Le signal est plus net encore chez les ingénieurs en début de carrière. D’après la 34e enquête de l’IESF, publiée le 09/10/2026, le taux de chômage des ingénieurs de 25 à 29 ans atteint 10,3 % en 2025, contre 6,1 % un an plus tôt.
Le diplôme reste un rempart au chômage
Ces difficultés doivent être remises en perspective. Selon l’Insee, en 2024, le taux de chômage des jeunes actifs sortis de formation initiale depuis un à quatre ans atteint 45 % pour les peu ou pas diplômés. Il est de 10 % pour les diplômés du supérieur et de 9 % pour les titulaires d’un bac + 5 ou plus. Un jeune peu ou pas diplômé est donc près de cinq fois plus exposé au chômage en début de vie active qu’un diplômé de bac + 5.
Les données de l’OCDE pour la France confirment cette hiérarchie, sur un champ plus large : l’ensemble des 25-34 ans, et pas seulement les jeunes sortis récemment de formation. En 2025, leur taux de chômage atteint 22 % chez les non-diplômés du secondaire, contre 7 % chez les diplômés du supérieur. Les niveaux sont plus bas que ceux de l’Insee, car le chômage culmine dans les premières années de vie active. Mais l’écart entre diplômés et non-diplômés reste du simple au triple.
Une érosion, pas un retournement
Les chiffres invitent à la nuance
Cette dégradation récente remet-elle en cause la valeur économique des études supérieures ? Les chiffres invitent à la nuance. Quelques dixièmes de point de hausse ne renversent pas un écart de plusieurs dizaines de points entre les moins et les plus diplômés. Le recul des taux d’insertion en école est réel, mais il concerne des niveaux d’emploi encore élevés.
Le signal mérite néanmoins d’être suivi. S’il se confirme, il pourrait traduire une évolution plus structurelle de la demande de travail qualifié, notamment sous l’effet de l’IA sur les postes juniors. Le taux de chômage ne dit pas tout non plus : la qualité des emplois, le niveau de salaire ou le déclassement comptent autant pour mesurer le rendement d’un diplôme.