Chercheurs : comment intégrer l’organisme de vos rêves
Le concours de recrutement aux postes de chargés de recherche (CR) dans les établissements publics à caractère scientifique et technologique, appelés aussi organismes de recherche (CNRS, Inserm, Inrae, IRD, etc.) est une procédure nationale en deux phases : examen du dossier et audition devant un jury. Détails et conseils pour réussir cette sélection.
Ce sont des concours ultra-sélectifs, généralement ouverts à des chercheurs déjà confirmés : des profils post-doc, forts d’une expérience de recherche de deux à sept ans en moyenne après la thèse.
« Pour notre mode de sélection principal[1], nous recevons 900 à 1000 dossiers, 250 sont retenus pour les auditions, pour 40 à 50 postes ouverts chaque année », précise Stéphanie Pommier, responsable du département Recrutement et Mobilité à la DRH de l’Inrae.
« Dans ma section, on recense une cinquantaine de dossiers, 15 à 20 auditionnés et trois à quatre candidats retenus », illustre Vincent Merlin, directeur de Recherche au CNRS et Président du jury d’admissibilité de la section 40 (Économie et management) entre 2022 et 2025.
Candidature via Odyssée
La procédure étant nationale, le calendrier est sensiblement le même pour tous les EPST : campagne de dépôt du dossier écrit ouverte entre début décembre et début mars, auditions entre mars et juin, résultats en juin/juillet et prise de poste entre octobre et février de l’année suivante.
Les candidats postulent directement, via l’application Odyssée, auprès de l’organisme pour un poste dans une - ou plusieurs - section disciplinaire donnée. A partir de là, chaque organisme développe ses propres modalités de recrutement. Toutes ayant toutefois en commun de baser celles-ci sur l’excellence scientifique et la capacité à développer un projet de recherche autonome.
Le concours se joue en deux phases. La première, écrite, est celle de l’examen d’un dossier composé de pièces obligatoires et complémentaires, variables en fonction des demandes de la section concernée. « Clé de voûte du dossier de candidature : l’adéquation entre le candidat, le laboratoire et le projet de recherche », pointe Anne Joulain, présidente de la CP-CNU.
CV complet et valorisant
Le CV doit être à la fois narratif et analytique, mettant en évidence parcours académique (post-doctorats, séjours de recherche), ainsi qu’activités d’enseignement et de diffusion des connaissances. Mais aussi les expériences collectives dans la vie du laboratoire ou de l’école doctorale : intégration à des travaux de groupe, adhésion à des associations professionnelles, à des réseaux de recherche, suivi d’une mission doctorale spécifique (Innovation, par exemple)… Ainsi que ses prises de responsabilités (encadrement, direction de projets, animation scientifique). « Autant d’aspects qui prouvent la capacité à s’intégrer et à contribuer au collectif », estime Virginie Saint-James, MCF HDR en droit public à l’université de Limoges et Secrétaire générale de Sup’Recherche-UNSA.
« Si l’on a encadré des étudiants, il est important de les nommer, notamment s’ils cosignent avec le candidat : un bon point pour valoriser son niveau de mentorat », estime Christine Assaiante, chercheuse CNRS en Neurosciences cognitives et ancienne Présidente du jury de la section 28 : « Cerveau, cognition, comportement ».
Autre expérience très valorisée : une période de recherche significative à l’étranger (en post-doc, notamment). « C’est un gage d’indépendance, d’ouverture et de capacité à s’intégrer. Sans parler du niveau en anglais », commente Capucine Rouve, coordinatrice des concours chercheurs à l’Inrae.
De même, pouvoir évoquer sa candidature à des bourses post-doctorales ou à des financements ANR ou ERC est un plus pour prouver son dynamisme. « Une bonne partie du métier de chercheur consistant à lever des fonds », relève Christine Assaiante. Et si on en a obtenu, cela appuie la qualité et l’originalité du travail réalisé.
Copie des publications majeures
Le rapport d’activité présente une synthèse critique des travaux scientifiques passés : problématiques abordées, résultats majeurs et contributions spécifiques, compétences et expertises méthodologiques développées, impact des travaux (citations, collaborations, valorisation).
Également requis : la copie du diplôme de doctorat et de la thèse. Mais aussi la liste complète des publications, communications ou brevets. Ainsi que la copie intégrale de trois à cinq publications considérées comme majeures. « On accepte des articles non encore publiés mais en cours d’élaboration ou de révision, surtout si la revue est prestigieuse », glisse Vincent Merlin. « L’open access (partage de la science) est énormément valorisé », ajoute Christine Assaiante.
Le projet de recherche, cœur du réacteur
Enfin, le projet de recherche, cœur du réacteur, est le document le plus dense (10 à 15 pages). Mené à l’horizon de cinq ans environ, il doit être original, novateur et clairement délimité. Et s’intégrer de manière stratégique dans l’équipe d’accueil envisagée, en en démontrant l’adéquation et la faisabilité.
« C’est pourquoi il est essentiel d’avoir pris contact avec l’unité de recherche visée, entre l’affichage des postes en janvier et l’audition en juin, pour mieux comprendre les attendus et l’environnement (équipe, locaux, matériels…) et mieux défendre son insertion », appuie Capucine Rouve.
Les membres du laboratoire d’accueil seront aussi des appuis de poids pour aider le candidat à affiner son projet, appuyer sa candidature et l’aider à préparer son audition.
S’imprégner des prérequis de sa section
Côté pièces complémentaires, on compte les rapports de soutenance et/ou du jury. Mais aussi des lettres de recommandation. « Parmi les incontournables, celles du directeur de thèse, du responsable du département en post-doc et de la direction de l’unité où l’on veut développer son nouveau projet », détaille Stéphanie Danaux, Présidente de l’Association nationale des docteurs (ANDès). « Ces pièces sont surtout importantes pour des candidats étrangers. Que le candidat ne perde pas son énergie à aller chercher des kilos de lettres de recommandation : ce n’est pas déterminant pour nous », tempère Christine Assaiante.
Un impératif : consulter le Guide du candidat spécifique à l’EPST au concours auquel on postule. « Se renseigner auprès du président de la section, pour connaître les sites officieux de débats au sein de celle-ci : c’est là que l’on pourra trouver les astuces les plus précieuses », ajoute Christine Assaiante.
Sandra Touati, Secrétaire générale de l’ANDès, recommande de prendre également connaissance des fiches de poste et si besoin, de ne pas hésiter à écrire à la DRH. « Enfin, ne pas déposer le dernier jour : si la deadline est dépassée, la candidature est perdue », rappelle-t-elle.
L’audition : savoir-faire et savoir-être passés au crible
Après avoir été passés au filtre d’une commission de recrutement, les candidats sont convoqués devant un jury de dix à vingt membres, internes et externes à l’institution. A l’Inrae, l’audition dure 40 minutes, à raison de 10 minutes de présentation puis de 30 minutes d’échanges avec le jury. « L’entretien porte principalement sur la valeur scientifique du projet de recherche et sur la capacité du chercheur à s’insérer dans un laboratoire, déclare Stéphanie Pommier. On regarde aussi le savoir-être, la capacité à travailler ensemble : nous recherchons des gens qui s’investiront dans le collectif et seront de bons collègues pour le reste de l’unité. »
Il faut veiller à s’adresser aussi bien aux membres du jury spécialistes de son sujet qu’aux autres : un exercice d’équilibre de haut vol, qui gagnera à être préparé avec des collègues précédemment passés par la section, ainsi qu’avec d’autres, issus d’horizons voisins.
Suite à cet oral, la commission d’admission établit un classement final, susceptible de modifier celui de la commission d’admissibilité. La plupart des candidats présentant plusieurs concours, des listes complémentaires sont prévues. Enfin, le directeur de l’organisme valide le recrutement.
[1] L’Inrae a aussi un recrutement sur projet (une dizaine de postes par an).