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Qualification aux fonctions d’enseignant-chercheur : les clés pour s’assurer un dossier en béton


La qualification est l’étape indispensable pour accéder au statut de maîtres de conférences, première marche pour être recruté comme enseignant-chercheur titulaire à l’université. Elle est encadrée par une procédure nationale, basé sur le dépôt d’un dossier de candidature dématérialisé via la plate-forme Odyssée. Suivez le guide !

Campus Matin consacre un dossier au recrutement dans les universités et organismes de recherche. - © Canva
Campus Matin consacre un dossier au recrutement dans les universités et organismes de recherche. - © Canva

Première étape pour les aspirants aux fonctions d’enseignant-chercheur (EC) : décrocher la qualification. Un sésame délivré par le Conseil national des universités (CNU) et valable quatre ans si elle ne donne pas suite à un recrutement par un établissement d’enseignement supérieur. La qualification répond à une procédure nationale, détaillée dans un arrêté du 11 juillet 2018.

Plusieurs critères d’éligibilité

Pour postuler, il faut remplir l’une des conditions suivantes :

  • être titulaire d’un doctorat ou diplôme équivalent ;
  • justifier de trois ans d’activité professionnelle effective au cours des six années précédentes, à l’exclusion des fonctions d’enseignant ou de chercheur ;
  • être enseignant associé à temps plein ;
  • être détaché dans le corps des maîtres de conférences (MCF) ;
  • appartenir au corps de chargé de recherche ou à un corps de chercheur.

À noter qu’en sont dispensés les candidats exerçant ou ayant exercé depuis moins de 18 mois une fonction d’EC d’un niveau équivalent à celui d’un MCF dans un établissement du supérieur à l’étranger.

Respecter le calendrier

Les inscriptions se font annuellement sur le portail ministériel Odyssée, qui ouvre l’accès à un espace personnel sécurisé de stockage de documents.

Anne Joulain préside la commission permanente du CNU. - © D.R.
Anne Joulain préside la commission permanente du CNU. - © D.R.

« La qualification n’est pas un concours, mais seulement la réponse administrative à un certain nombre de dépôts de pièces, expose Anne Joulain, présidente de la commission permanente du Conseil national des universités (CP-CNU). La première phase n’est d’ailleurs sanctionnée que par une réponse formelle de la DGRH : tous les éléments demandés ont-ils été fournis en temps et en heure ? Si oui, le dossier est transmis à la section disciplinaire du CNU correspondante. Dans le cas contraire, le dossier est rejeté d’office. D’où la nécessité de respecter scrupuleusement le calendrier. »

Hélène Chanal, professeure à Sigma Clermont et ex-jury au sein de la 60e section (mécanique, génie mécanique et génie civil) du CNU, conseille de se lancer dès septembre. « Si l’on souhaite enchaîner directement thèse et candidature, mieux vaut soutenir au plus tard à la mi-novembre », estime-t-elle.

Un conseil appuyé par Virginie Saint-James, MCF HDR en droit public à l’Université de Limoges, secrétaire générale de Sup Recherche Unsa et membre du CNU jusqu’en 2023. « Après s’être inscrit, il faut numériser et intégrer toutes les pièces demandées, et ne surtout pas déposer au tout dernier moment, sous peine de s’exposer à des bugs  », déclare-t-elle.

Pour la dernière campagne en date, Odyssée a ouvert du 3 novembre (10 heures) au 15 décembre, 16 heures. L’examen des dossiers par le CNU se tient fin janvier-début février, pour des résultats finaux annoncés, cette année, le 23 mars 2026.

Pièces obligatoires et complémentaires

Le CNU est composé de six grands domaines, 12 groupes, eux-mêmes divisés en 60 sections, dont chacune correspond à une discipline. Chaque section comprend deux collèges, où siègent en nombre égal représentants des professeurs des universités et des MCF.

Le dossier est examiné en amont par deux rapporteurs, chacun émettant un avis préalable. Il est ensuite discuté en session, puis un vote (favorable ou défavorable) est rendu. Les sections ne sont pas tenues de suivre les appréciations des rapporteurs.

« Le dossier doit permettre à la section de se prononcer sur la question : le candidat est-il capable d’enseigner et de faire de la recherche dans telle discipline ? », relève Anne Joulain. Pour ce faire, deux types de pièces sont demandées.

D’abord, quatre pièces obligatoires, qui décident de la recevabilité administrative du dossier.

  • une pièce justificative permettant d’établir la possession du doctorat ou équivalent ;
  • une copie du rapport de soutenance ;
  • un CV ;
  • des travaux, ouvrages et articles publiés, dans la limite de trois documents.

Un CV riche et étayé

Sandra Touati est secrétaire générale de l’Andès. - © D.R.
Sandra Touati est secrétaire générale de l’Andès. - © D.R.

On parle d’un document d’une dizaine de pages, abordant le parcours académique et présentant activité de recherche et activités pédagogiques. « Pour la qualification, ce qui fait la différence c’est le parcours préalable, et notamment l’expérience d’enseignement », souligne Sandra Touati, secrétaire générale de l’Association nationale des docteurs (Andès).

Il est souvent demandé de justifier autour de 64 heures mensuelles d’enseignement dans le supérieur, en France ou à l’étranger. « Il faut bien préciser le nombre d’heures effectives, et si le quota imparti n’est pas atteint, pouvoir expliquer pourquoi », recommande Hélène Chanal.

Davantage que le statut (vacataire, contrat doctoral, Ater…), il importe de montrer sa capacité à enseigner à différents niveaux (licence, master…) et sous différentes formes (CM, TD, TP, encadrement de projets/mémoires). « Par ailleurs, montrer son intégration dans la communauté universitaire est toujours un plus, que ce soit par l’expérience de travaux collectifs au sein de son laboratoire ou de son école doctorale ou via l’appartenance à des associations ou à des réseaux de recherche », pointe Virginie Saint-James.

Concernant les travaux et articles publiés : « Attention aux revues en open access, soulève Hélène Chanal. Il faut que les publications s’appuient sur un processus de rewiewing sérieux.  » Mais, bonne nouvelle : « Si la publication n’est pas encore effective, la simple attestation que l’article est retenu peut suffire », précise Virginie Saint-James.

Le must : consulter le site de sa section CNU

S’y ajoutent une ou plusieurs pièces complémentaires, variables selon les sections, mais non facultatives : pré-rapports de thèse, attestation d’enseignement signé par un directeur de composante ou d’études, lettres de recommandation de personnalités scientifiques…

«  Il est essentiel de consulter au préalable, sur le site du CNU, les espaces dédiés à la ou aux sections où l’on souhaite postuler. À l’onglet « Qualification », on trouvera l’ensemble des conseils de fond et de forme spécifiques à sa discipline », indique Anne Joulain.

Quelques conseils de forme sont néanmoins valables pour toutes les candidatures. D’abord, soigner clarté et lisibilité. « Les rapporteurs doivent pouvoir trouver les informations facilement et rapidement, chacun pouvant avoir plusieurs dizaines de dossiers, tous lourds, à traiter  », évoque Anne Joulain.

Hélène Chanal - © D.R.
Hélène Chanal - © D.R.

Ensuite, valoriser au maximum toutes les expériences, y compris celles qui pourraient sembler négatives, comme un ou plusieurs échecs passés à cette même qualification. « Si vous repassez devant le CNU, il faut souligner, de façon discrète mais évidente, en quoi votre dossier est bien meilleur d’une année à l’autre », recommande Virginie Saint-James.

Enfin, pour mettre toutes les chances de son côté et être certain de ne rien oublier, ne pas hésiter à faire relire son dossier par des collègues MCF déjà passés par là et/ou par son directeur de thèse. « Cela fait partie de nos missions de préparer nos doctorants à la qualification  », rappelle Hélène Chanal.

Le comité de sélection, l’étape suivante

La qualification est une étape essentielle, mais non suffisante pour accéder à la fonction de MCF. Une fois qualifié, le candidat doit postuler (généralement en mars-avril) à des postes publiés par chaque établissement sur Odyssée. S’il est présélectionné, au terme d’une première phase de dépôt de pièces sur la plateforme, il sera auditionné, entre mi-mai et fin juin, par un comité de sélection composé d’enseignants-chercheurs internes et externes, mis en place par l’université pour chaque poste. L’occasion, pour lui, de présenter parcours, projet de recherche et projet pédagogique.

Au début de l’été, le comité propose un classement des candidats, ensuite validé par le Conseil académique de l’université. À la clé, pour les heureux élus, la titularisation, dès la rentrée universitaire !

Un dossier complet de Campus Matin sur les concours pour devenir enseignant-chercheur ou chercheur

Cet article s’inscrit dans un dossier complet consacré aux procédures de qualification aux fonctions de maître ou maîtresse de conférences et au recrutement au sein des universités et organismes de recherche, comme enseignant-chercheur ou chercheur.

Vous y découvrirez les conseils de membres du CNU qui étudient les dossiers des candidats, de jurys, ou encore de la DGRH (direction générale des ressources humaines) du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, mais aussi des infos pratiques, et des témoignages d’anciens candidats qui ont réussi.

Bonne lecture !