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Bibliothèques et accompagnement des enseignants-chercheurs : la parole est à la défense

Par Théo Haberbusch | Le | Personnels et statuts

Accompagner les enseignants et enseignants-chercheurs, une mission qui est claire pour les personnels des bibliothèques. Nathalie Frayon, elle-même bibliothécaire et responsable syndicale, le fait savoir dans une contribution à Campus Matin. Même si des marges de progression existent, elle se démarque d’un autre point de vue paru dans nos colonnes.

Une piste de rapprochement entre enseignants et bibliothécaires : la science ouverte. - © Toulouse 3
Une piste de rapprochement entre enseignants et bibliothécaires : la science ouverte. - © Toulouse 3

Nathalie Frayon porte bien son titre de secrétaire nationale en charge de la défense des personnels au Syndicat national des personnels titulaires et contractuels de l’enseignement supérieur (SNPTES-Unsa). Cette bibliothécaire à l'Université de Strasbourg, a manqué de tomber de son rayonnage en lisant la contribution que nous avons publiée il y a peu sur les services offerts par les bibliothèques universitaires (BU) aux enseignants. On exagère un peu, mais elle a écrit à Campus Matin pour réagir à un propos jugé « à charge »

Dominique Aussant, chargé d’étude au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, y écrivait notamment que le dialogue enseignant-bibliothécaire sur les ressources pourrait être mieux organisé. Et que sur ce sujet comme sur celui de la formation, les relations interpersonnelles conditionnaient beaucoup d’initiatives. S’appuyant sur une étude statistique, il estimait les ressources numériques proposées aux enseignants mal adaptées. Et livrait des pistes de solutions.

Comment les personnels de bibliothèques s’y prennent-ils pour travailler avec les enseignants et enseignants-chercheurs ? En font-ils assez ? Quelles instances peuvent contribuer à rapprocher les deux mondes ? Nous avions beaucoup de questions à poser à Nathalie Frayon. Ce que nous avons fait en allant à sa rencontre à Strasbourg, dans le « Studium », futur learning center, de l’université encore en travaux.

Campus Matin lui donne la parole. 

Bibliothèques et enseignants : le point de vue de Nathalie Frayon

Nathalie Frayon, secrétaire nationale du SNPTES-Unsa et bibliothécaire à l’Unistra  - © D.R.
Nathalie Frayon, secrétaire nationale du SNPTES-Unsa et bibliothécaire à l’Unistra - © D.R.

L’enquête statistique générale auprès des bibliothèques universitaires (ESGBU) sur lequel le propos s’appuie pour évoquer l’activité des BU est un outil très réducteur, qui ne montre pas le travail effectué au quotidien. Le propos ne s’intéresse pas assez à ce qui se passe réellement sur le terrain, je le regrette.

Car, même si notre tâche première est d’aider les étudiants, nous nous devons d’accompagner la recherche et la formation et les enseignants-chercheurs dans leur pédagogie. Il est clair pour les bibliothécaires qu’il s’agit bien d’une mission.

Le rôle et la participation des personnels de bibliothèques à la réussite étudiante sont reconnus et bien établis. De même, l’appui à la recherche, notamment dans le contexte de la science ouverte sur laquelle je reviendrai, n’est pas discuté. C’est peut-être moins le cas, ou alors de manière moins connue, s’agissant de l’accompagnement des enseignants.

Des initiatives fortes pour reconnaitre l’expertise

Néanmoins des initiatives fortes ont été prises, comme la création du label « bibliothécaire formateur » par un collectif constitué par le réseau des Centres régionaux de formation aux carrières des bibliothèques (CRFCB), l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (Enssib) et les Unités régionales de formation à l’information scientifique et technique (Urfist).

Ce dispositif offre, d’une part, un parcours de formation et, d’autre part, une validation de compétences, pour les bibliothécaires formateurs de publics. Deux niveaux d’expertise peuvent être ainsi reconnus ; 68 collègues ont obtenu le niveau 1 depuis 2018.

Ce type de reconnaissance légitime les bibliothécaires auprès des équipes pédagogiques et permet qu’ils dispensent des cours dans certains établissements, notamment au sein de ceux qui sont lauréats de programmes Nouveaux cursus universitaires (NCU). Il peut s’agir de méthodologie de recherche, de navigation dans les bases de données ou d’utilisation des outils électroniques. 

Toucher la prime de reconnaissance de l’investissement pédagogique

Même si les situations peuvent être hétérogènes d’un établissement à l’autre, on est bien loin d’une collaboration qui se limiterait à des initiatives interpersonnelles.

À l’Université de Strasbourg, par exemple, toutes les composantes ou presque répondent favorablement aux projets proposés par le service des bibliothèques qui compte un service formation de quatre personnes, renforcé d’un réseau de formateurs présents dans les 22 bibliothèques du service. De plus, nous travaillons beaucoup avec l’Institut de développement et d’innovation pédagogiques et les personnels des bibliothèques sont éligibles à la prime de reconnaissance de l’investissement pédagogique créée par l’établissement.

Au plan national, le réseau des Urfist vise spécifiquement à former les doctorants, d’abord, mais les enseignants-chercheurs également.

Les espaces et les instances

S’agissant des espaces pour faire travailler BU et enseignants-chercheurs, les learning centers créés ces dernières années disposent de salles de travail et de cours, mais il n’est pas toujours facile d’y faire venir les enseignants, car ils sont bien souvent éloignés de la composante où se déroulent les cours.

Des instances existent et ne demandent qu’à être davantage utilisées :

  • D’abord, le conseil documentaire, instance de gouvernance propre aux BU, comporte des représentants enseignants et enseignants-chercheurs. Mais ils y sont peu présents. C’est dommage, car nous pouvons y discuter collégialement de la politique documentaire de l’établissement (abonnements à souscrire ou au contraire à arrêter par exemple). 
  • Sur le plan de la gouvernance, le rôle du président est fondamental  : il existe des établissements où, comme à Strasbourg, le président est présent à tous les conseils documentaires ou presque.
  • Des commissions documentations dans les composantes peuvent nous rapprocher de nos publics.

S’emparer de la science ouverte et mieux communiquer

Pour Nathalie Frayon, la crise sanitaire a été dure pour les bibliothécaires. - © D.R.
Pour Nathalie Frayon, la crise sanitaire a été dure pour les bibliothécaires. - © D.R.

Finalement, le levier actuel le plus efficace pour rapprocher académiques et bibliothécaires me semble être la science ouverte, déjà évoquée.  Quand ce n’est pas encore fait, il est nécessaire que les personnels des bibliothèques s’emparent encore plus du sujet, notamment en offrant un accompagnement au signalement des travaux scientifiques, ce qui requière une certaine technicité, pour créer ou recréer du lien.

Nous devons également travailler à mieux communiquer en externe sur ce que font aujourd’hui les BU.

La crise sanitaire a été marquée par une forte mobilisation qu’il convient de ne pas oublier tant la période a été dure pour les collègues. Le SNPTES a très tôt souligné l’implication des personnels de bibliothèques dans le soutien aux étudiants lors de la crise sanitaire.

Les campus n’étaient pas fermés, car  les BU fonctionnaient  et proposaient des services de « click and collect ». 

Malgré cela, nos métiers et les personnels de la filière bibliothèque sont les oubliés de la LPR (loi de programmation pour la recherche) et il est plus que nécessaire et urgent de repenser les statuts et les référentiels propres à ces métiers, afin de mieux reconnaitre le travail quotidien des collègues.

* Syndicat national des personnels titulaires et contractuels de l’enseignement supérieur

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