Vie des campus

À Sorbonne Université, le casse-tête des contaminations à la Covid en 2e année de médecine

Par Marine Dessaux | le | Expérience étudiante

Alors que leurs aînés, en troisième et quatrième année, ne sont que très peu touchés, les étudiants de deuxième année de médecine à Sorbonne Université sont 13,5 % à être atteints par la Covid.

Des chiffres publiés à la suite d’une étude menée par le doyen de la faculté, Bruno Riou, qui pointe les comportements à risque dans le cadre privé comme la principale raison d’une telle transmission du virus.

Le doyen de la faculté de médecine de Sorbonne Université, Bruno Riou, a mené une étude. - © Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne
Le doyen de la faculté de médecine de Sorbonne Université, Bruno Riou, a mené une étude. - © Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne

C’est une réalité à laquelle plusieurs facultés de médecine sont confrontées : depuis la rentrée, on observe une multiplication des cas d'étudiants positifs à la Covid, notamment à Nantes, Montpellier ou Rennes 1. Et, autre point commun, il semblerait que les deuxièmes années soient particulièrement concernés.

Dès la rentrée, une recrudescence des cas

À Sorbonne Université, ça n’a pas manqué non plus : une recrudescence des cas a été observée par Bruno Riou, le doyen de la faculté de médecine peu après la rentrée, le 10 septembre dernier. Une campagne de dépistage a alors été menée auprès des étudiants venant de réussir l’exigeante Paces (première année commune aux études de santé).

Si le taux de participation aux tests PCR s’est avéré quasi parfait (99,7 %), ça n’a pas été le cas des résultats, indique Sorbonne Université dans un communiqué. En effet, pas moins de 13,5 % de cas positifs ont été recensés ; le virus est ainsi presque deux fois plus présent que chez les populations testées en Île-de-France (environ 7 %).

Des troisièmes et quatrièmes années significativement moins touchés

Une seconde campagne de dépistage, également basée sur le volontariat et obtenant un bon score de participation (87 % à 100 % selon les filières), a permis de savoir que la situation des troisièmes et quatrièmes années de médecine ainsi que des étudiants de maïeutique et paramédicaux était radicalement différente.

Les taux de positivité ne sont qu’à 1,2 % en médecine, 0 % en maïeutique et 0,1 % pour les filières paramédicales. Au total, 2 217 étudiants de santé auront été concernés par ces deux opérations.

Mêmes conditions pour tous sur le campus

L’explication de tels résultats ne se trouve pas dans le fait que les deuxièmes années seraient plus nombreux (et donc potentiellement plus exposés), ni dans l’hypothèse que le contexte sanitaire serait particulièrement défavorable (salles bondées).

La densité d’étudiants par amphi est à priori plus défavorable en maïeutique et chez les paramédicaux

« Les groupes des 2e, 3e, et 4e années sont à peu près de taille comparable (350 à 547), le groupe des paramédicaux plus grand (n=910) et le groupe des étudiants de maïeutique est un petit groupe (n=84). La densité d’étudiants par amphi dépend des groupes et des années, mais elle est à priori plus défavorable en maïeutique et chez les paramédicaux ne serait-ce que parce que tous les étudiants en médecine ne viennent pas en cours, tous leurs enseignements étant numérisés, ce qui est loin d’être le cas dans les autres filières », précise Bruno Riou, doyen de la faculté de médecine de Sorbonne Université, interrogé par Campus Matin.

En privé, des comportements festifs inappropriés

Bruno Riou est également directeur médical de crise de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris
Bruno Riou est également directeur médical de crise de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris - © Pierre Sivisay

La faculté pointe comme facteur de la transmission les comportements inappropriés des étudiants de deuxième année. À l’inverse, elle remarque chez les étudiants plus âgés un comportement plus solidaire et responsable du fait de leur expérience de terrain avec la Covid (stages cliniques, mobilisation pendant le confinement…).

« Les pistes d’une transmission au sein de l’université ne sont pas éliminées a priori, mais les expositions en amphi sont réduites (port du masque généralisé, soluté hydroalcoolique à l’entrée) et surtout quasiment de même nature pour tous ces groupes d’étudiants.

Il faut donc un facteur extérieur qui puisse expliquer cette différence énorme de positivités (13,5 % pour les 2e années de médecine pour 1,2 à 0 % pour les autres).

Or les comportements inappropriés dans la sphère privée n’ont été observés et rapportés que dans le groupe avec fort taux de positivité et d’ailleurs ont profondément choqué les autres groupes, surtout lorsqu’ils ont constaté leur persistance voire, sur les réseaux sociaux, la volonté affichée de certains d’organiser quand même des équivalents de stages d’intégration qui ont été formellement interdits », explique Bruno Riou.

Envisager les actions à mener

Un groupe de travail enseignants/étudiants a été mis en place pour envisager les actions à mener pour obtenir le plus rapidement possible une adhésion des étudiants les plus jeunes aux comportements requis par la crise Covid et conformes à leur futur engagement professionnel.

Aucune décision de fermeture des cours n’a, à ce stade, été prise.

Le distanciel pour limiter les contaminations

Pour limiter la propagation du virus, certaines universités décident de basculer les cours de médecine en distanciel. C’est notamment le cas à l'université de Tours pour la Pass.

Une stratégie qui n’est complétement nouvelle : accélérer l’hybridation des cours faisait déjà partie des objectifs des doyens de médecine. Ils s’appuient pour cela sur l’université numérique en santé et sport (Uness), qui appartient aux 19 établissements bénéficiaires d’un fonds d’amorçage d’un million d’euros dans le cadre de l’appel à projet hybridation des formations du Mesri.

Des moyens qui doivent permettre le recrutement de 13 postes sur la France.

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