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Généraliser l’usage de TousAntiCovid, le défi de l’Université de Bordeaux

Par Isabelle Cormaty | le | Expérience étudiante

Deux professeurs de l’Université de Bordeaux ont lancé une expérimentation participative visant à généraliser auprès des 18 000 étudiants en santé de la ville l’utilisation de TousAntiCovid, application considérée comme un « instrument de réussite du déconfinement ».

Campus Matin vous raconte cette expérience… et suivra ses résultats !

18 000 étudiants sont ciblés par l’expérimentation de l’application de traçage TousAntiCovid. - © Conférence des présidents d’université - Université de Bordeaux
18 000 étudiants sont ciblés par l’expérimentation de l’application de traçage TousAntiCovid. - © Conférence des présidents d’université - Université de Bordeaux

Convaincus de l’intérêt de l’application de traçage TousAntiCovid, deux professeurs de l’Université de Bordeaux, Christophe Tzourio et Rodolphe Thiebaut, ont monté une expérience participative : tenter de généraliser le téléchargement et l’usage de l’application.

Près de 18 000 étudiants en santé bordelais sont ciblés par l’expérimentation. Le projet réalisé en partenariat avec l’ARS, le CHU, Inria et l’Inserm s’intègre dans le cadre du campus expérimental en cours de création à l’Université de Bordeaux

Trouver des moyens de communication adaptés aux jeunes

Critique de la communication gouvernementale

« TousAntiCovid est une application faite pour les jeunes », commence Christophe Tzourio, professeur d’épidémiologie, directeur du centre Bordeaux Population Health, également directeur de l’Espace santé étudiants.

« Avant le confinement, les étudiants rencontraient beaucoup d’amis, mais en oubliaient certains au moment d’identifier leurs cas contacts. Cette application n’est pas miraculeuse, mais elle est utile, surtout pour les jeunes. Elle était très peu utilisée à cause de l’absence de communication du gouvernement sur le sujet. », regrette le professeur. 

Les enseignants, vecteurs de communication

Sans réel budget pour commander des clips de communication décalés, les deux professeurs à l’origine du projet ont décidé de miser sur les enseignants pour faire passer le message auprès des jeunes.

« On a réuni les professeurs à distance pour leur fournir des éléments de langage et quelques diapositives. Les trois premières slides de leur cours sont consacrées à AntiCovid », raconte Christophe Tzourio.

Une communication qui a toutefois ses limites : tout repose sur la bonne volonté et la force de conviction des professeurs. Et encore faut-il que les étudiants assistent et arrivent à l’heure aux cours pour qu’ils soient sensibilisés à l’intérêt de l’application. 

Contactée, l'association des internes des hôpitaux de Bordeaux n’est ainsi pas au courant de l’expérimentation. 

« J’ai vu quelques posts de l’université sur le sujet, mais je n’ai pas l’impression qu’il y ait un réel engouement autour de TousAntiCovid », réagit Pier-Luka Prado, président de l’association les Carabins de Bordeaux. Il reconnaît avoir téléchargé l’application il y a peu, mais il s’agit pour lui d’une « démarche personnelle ». 

TousAntiCovid, outil de réussite du déconfinement

Poursuite de l’expérimentation pendant le confinement

Débutée le 14 octobre dernier, l’expérimentation devrait durer un à deux mois, selon les résultats obtenus.

Malgré l’instauration du confinement depuis le 30 octobre dernier et la généralisation des cours en distanciel pour les étudiants, l'étude se poursuit. 

Réussir au mieux le déconfinement

En effet, les étudiants en santé continuent en partie de venir sur le campus pour les travaux pratiques en présentiel et fréquentent toujours le CHU lors de leurs stages.

« Ces jeunes côtoient toujours d’autres stagiaires, des internes, des médecins… C’est maintenant qu’il faut travailler à la généralisation de l’application pour réussir au mieux le déconfinement », martèle l'épidémiologiste Christophe Tzourio. 

5 % des étudiants avaient téléchargé l’application au début de l’expérience, un pourcentage sensiblement égal à celui de la population française utilisatrice. Depuis la nouvelle version mise en ligne le 22 octobre, plus de 7 millions de personnes disposent de l’application. Un chiffre en constante augmentation…

Les étudiants en santé sont toujours présents sur le campus pour les TP ou en stage au CHU. © Conférence des présidents d’université
Les étudiants en santé sont toujours présents sur le campus pour les TP ou en stage au CHU. © Conférence des présidents d’université - © D.R.

Un dispositif de recherche protocolisé

Au-delà de l’intérêt pour chaque étudiant d’activer l’application de traçage, cette expérimentation participative se déroule dans le cadre d’un dispositif de recherche protocolisé qui donne lieu à des publications de l’université sur le sujet.

Que l’expérience fonctionne ou pas, les chercheurs en tireront des conclusions sur les moyens de prévention à adopter auprès d’une population jeune.

« En cas de succès même timide, l’expérience pourra être dupliquée dans d’autres établissements ou villes », prévoit d’ailleurs Christophe Tzourio. 

Si 60 % de la population utilise l’application, les spécialistes s’accordent sur le fait qu’elle pourrait servir à réduire activement la circulation du virus grâce à un meilleur traçage des personnes contaminées. « Même une adoption de l’application à 30 % montrerait une certaine efficacité », souligne l'épidémiologiste, optimiste quant aux résultats. 

L’expérimentation de tests antigéniques également en cours

En parallèle du déploiement de l’application TousAntiCovid, les étudiants en santé bordelais peuvent, sur la base du volontariat, participer à l’expérimentation nationale des tests de dépistage TROD, dits tests antigéniques.

L'ARS Nouvelle-Aquitaine, le Collège de Santé de l’Université de Bordeaux, le CHU de Bordeaux ont installé un poste de dépistage sur le campus Carreire depuis le 28 octobre. 

Après avoir passé un test RT-PCR classique, les étudiants ont la possibilité d’effectuer un deuxième test de type antigénique, dont les résultats sont disponibles 15 à 30 minutes plus tard. Ces deux prélèvements permettront d'évaluer l’efficacité des tests antigéniques avant leur éventuelle généralisation sur tout le territoire. 

Originalité de l’initiative, ce sont des étudiants en santé qui réalisent les prélèvements sur leur temps libre. « Le CHU a formé une quarantaine d'étudiants, principalement des deuxièmes et troisièmes années de médecine », se félicite Pier-Luka Pardo, président des Carabins de Bordeaux. Il salue l’opportunité pour les jeunes de « suivre une formation complète et de gagner un peu d’argent »

L’association coorganisatrice de l’expérimentation perçoit une dotation de l’ARS destinée à rémunérer les étudiants préleveurs. 

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