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TEDS : comment les universités forment les étudiants aux enjeux de la transition écologique et sociale ?


À l’université, l’enseignement des enjeux de la transition écologique et du développement soutenable (TEDS) trouve progressivement sa place dans les emplois du temps des étudiants de premier cycle. Les établissements cherchent à transmettre un socle commun de connaissances, permettant une compréhension systémique du sujet, tout en reliant ces enseignements aux disciplines des cours déjà dispensés. Le point avec les universités de Saint-Étienne, Avignon et Perpignan.

TEDS : comment les universités forment les étudiants aux enjeux de la transition écologique et sociale ?
TEDS : comment les universités forment les étudiants aux enjeux de la transition écologique et sociale ?

En juin 2023, le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (MESR) publiait une note de cadrage préconisant la mise en place, dans chaque établissement public et privé d’intérêt général, de 30 heures de cours pour former et sensibiliser les étudiants de premier cycle aux enjeux de la transition environnementale pour un développement soutenable (TEDS).

Suivant cette recommandation (ou parfois la devançant), les universités françaises se sont attelées à la tâche, proposant des enseignements interdisciplinaires, adaptés à la diversité de leurs cursus.

Le premier objectif est de construire un socle commun de connaissance autour de quatre grandes thématiques : le changement climatique, la biodiversité et sa préservation, les ressources et leur disponibilité et la transition juste et équitable.

« Trouver le bon équilibre »

Pour intégrer ce programme dans les parcours de formation, la plupart des établissements font le choix de recourir, au moins en partie, au distanciel asynchrone. La plateforme Moodle sert alors généralement de support à ce volet.

À l’Université Jean Monnet Saint-Étienne, le parcours à distance permet de valider 2 des 6 crédits ECTS nécessaires pour décrocher une « certification TEDS » au terme de trois années de licence ou de BUT. Il repose sur un mélange de questionnaires et de formats vidéo très courts (2 à 3 minutes) produits en interne par les ingénieurs pédagogiques et les enseignants, ou sélectionnés parmi les contenus mis à disposition par l’Université virtuelle environnement et développement durable (UVED).

Véronique Lavastre, VP développement durable et maîtresse de conférences en géologie à l’UJM - © Université Jean Monnet Saint-Étienne
Véronique Lavastre, VP développement durable et maîtresse de conférences en géologie à l’UJM - © Université Jean Monnet Saint-Étienne

« Nous avons un public très varié, avec des connaissances et des sensibilités très différentes. Nous avons donc voulu des contenus très généralistes, accessibles pour tous », expose Véronique Lavastre, Vice-présidente déléguée au développement durable et Maîtresse de conférences en géologie à la Faculté des Sciences et Techniques à l’UJM.

« L’idée c’est de ne pas perdre les étudiants lorsqu’on leur amène des sujets qui sont très éloignés de leur champ disciplinaire, mais il ne faut pas non plus tomber dans l’hyper-vulgarisation, précise son collègue Alain Trouillet, Vice-président chargé de la formation, de l’international et de l’Europe. La difficulté, c’est de trouver le bon équilibre ».

À Avignon Université, où les enseignements sur la TEDS ont lieu en L2, les cours intégrés à Moodle représentent plus de la moitié du volume horaire dédié. Ils ont essentiellement été créés par les équipes pédagogiques de l’établissement. « Nous avons décidé de faire nos propres contenus parce que nous entendions les maîtriser un peu mieux », explique Jean-Pierre Malrieu, enseignant et responsable de l’UE TEDS. « Cela a représenté une masse de travail très conséquente », ajoute l’économiste qui a produit 36 heures de vidéos interactives. « Il y a des questions à l’intérieur, indique-t-il. La vidéo s’arrête et l’étudiant répond. Cela permet un visionnage plus actif ».

« Sortir des écrans »

Alain Trouillet, VP formation, international et Europe à l’UJM - © l’Université Jean Monnet Saint-Étienne
Alain Trouillet, VP formation, international et Europe à l’UJM - © l’Université Jean Monnet Saint-Étienne

Maintenir l’attention des étudiants sur Moodle est un défi. Il est plus difficile de les impliquer, en autonomie et à distance, qu’au cours des 12 autres heures prévues en présentiel avec, entre autres, un jeu sérieux et une sortie pédagogique. « Cette répartition n’est pas un choix de l’équipe pédagogique », souligne Jean-Pierre Malrieu. Elle tient surtout à des contraintes financières, l’intégration de l’enseignement TEDS ayant été réalisée « à coût constant ».

À l’Université Perpignan Via Domitia (UPVD), une enquête de satisfaction a été menée en juin 2026 auprès des étudiants de L1 sur les six heures de cours TEDS qu’ils sont tenus de suivre et de valider sur Moodle. « L’enseignement est globalement apprécié et jugé utile », commente Sophie Masson, Vice-présidente Développement Durable et Responsabilité Sociétale et Environnementale (DD & RSE).

Près de 86 % des personnes interrogées considèrent par exemple que le cours leur a permis d’acquérir de nouveaux savoirs et que les notions importantes y sont clairement expliquées. « Les principales critiques portent sur la durée et le rythme du parcours, jugés parfois trop longs, ainsi que sur un manque d’interactivité et de diversité des formats », signale la professeure d’université. « Les étudiants souhaitent davantage d’exemples concrets, d’études de cas, d’échanges et de contextualisation, notamment en lien avec leur discipline et le territoire », note-t-elle.

Sophie Masson, VP DD&RSE à l’Université Perpignan Via Domitia  - © D.R.
Sophie Masson, VP DD&RSE à l’Université Perpignan Via Domitia - © D.R.

Des formats remplissant ces attentes existent et constituent un autre versant de l’enseignement TEDS mis en œuvre à l’UPVD. Les étudiants de L1 valident ainsi quatre autres heures en participant à des activités TEDS comme des ateliers pratiques (fresque du climat, atelier 2 tonnes, etc.) ou des conférences. « Il s’agit de les sortir des écrans », souligne Sophie Masson. Ces activités sont notamment proposées à l’occasion d’une journée TEDS.

L’UJM organise des activités relativement similaires pour ses étudiants, notamment dans le cadre du « Printemps du développement durable ». Cet événement de trois semaines, ouvert à tous, accueille par exemple des interventions d’associations comme la Ligue de protection des oiseaux (LPO), des conférences, des projections de films suivies d’échanges et des manifestations artistiques.

« Une partie de notre proposition TEDS vise à accompagner les étudiants vers l’action avec des mises en situation et du partage d’expérience », indique Véronique Lavastre. « Nous essayons de proposer des formats différents pour que chacun, selon sa manière de fonctionner, ait sa réflexion stimulée ».

Permettre aux étudiants de développer une réflexivité et un esprit critique sur les sujets abordés fait également partie des apports de l’université. « Nous leur apprenons à ne pas tout absorber. Il faut bien sûr un socle commun de connaissances mais, à partir d’un certain niveau, notre objectif est aussi de les accompagner pour qu’ils aient leur propre positionnement sur la manière dont on peut prendre en charge les enjeux de la transition écologique », affirme Sophie Masson. Il ne s’agit pas de remettre en question ces enjeux, insiste-t-elle, mais de permettre un éclairage systémique pour s’interroger, par exemple, sur les politiques publiques qui les abordent.

L’intégration disciplinaire

Au-delà du socle commun interdisciplinaire, les établissements cherchent à relier une partie des enseignements TEDS aux cursus suivis par les étudiants.

À Avignon, une séance est dédiée à cette intégration disciplinaire. « Les étudiants en information-communication vont par exemple créer une affiche sur la consommation de viande, les étudiants en sciences politiques feront plutôt un exposé sur le Green Deal… », détaille Jean-Pierre Malrieu.

À l’UPVD, l’enseignement de la TEDS (qui sera totalement effective en 2027) se veut plus disciplinaire à partir de la L2. « Chaque formation va intégrer des éléments TEDS sans créer des cours de façon artificielle », décrit Sophie Masson. « Il y a des enseignants-chercheurs qui le font déjà depuis très longtemps dans des disciplines où c’est peut-être plus ‘’naturel’’, comme les sciences de la vie, et d’autres qui peuvent se trouver en difficulté », constate-t-elle. Pour appuyer ces derniers, l’établissement s’est inscrit dans le dispositif Expandia, un programme d’accompagnement et de formation des formateurs dans l’enseignement supérieur.

Il ne s’agit pas d’inventer des liens, mais les plus sensibles aux questions environnementales peuvent les voir immédiatement. L’une des enseignantes-chercheuses en littérature de l’établissement emmène ainsi ses étudiants dans la forêt de la Massane, lorsqu’ils travaillent sur des textes portant sur la description de la nature.

À l’Université Jean Monnet Saint-Étienne, l’intégration disciplinaire passe d’abord par la valorisation de l’existant. Les responsables de formation identifient et « badgent » les unités d’enseignement qui traitent déjà de transition écologique ou de développement durable dans les maquettes existantes. Les enseignants sont par ailleurs invités à se questionner sur les apports TEDS qu’ils peuvent réaliser. « Cela n’oblige pas forcément à modifier son cours, note Alain Trouillet. Parfois il peut simplement s’agir de choisir les exemples qu’on va prendre pour montrer en quoi il adresse ces questions ».

Une demande des étudiants

À Avignon, comme dans d’autres établissements, une partie des étudiants demandait depuis plusieurs années la mise en place de ces enseignements interdisciplinaires. Il s’agit d’un des articles de l’Accord de Grenoble, un document rédigé en 2021 par la Convention pour la transition des établissements du supérieur (CTES), anciennement COP2 étudiante. En signant cet accord, les établissements du supérieur s’engagent à former « 100 % des apprenant·e·s […] à la compréhension des enjeux de la transition socio-écologique avec une approche systémique ».