Vie des campus

Quand le territoire devient salle de classe : GEM plonge ses étudiants au cœur des transitions


Une vallée alpine, une station de montagne, une forêt, un centre scientifique… À GEM Alpine Business School, basée à Grenoble et Paris, il y aura sans doute un avant et un après 23 septembre 2026. Le temps d’une journée, les 550 étudiantes et étudiants de troisième année de licence du Programme Grande École (PGE) ont quitté leurs salles de cours pour vivre une expérience sensible de la transition, à la rencontre de celles et ceux qui la font avancer sur le terrain. Une immersion au cœur des territoires, de leurs défis, et des solutions qui s’inventent pour demain. Récit.

Un voyage pédagogique organisé par GEM - © Arthur Cauchois
Un voyage pédagogique organisé par GEM - © Arthur Cauchois

Un groupe d’une quarantaine d’étudiantes et d’étudiants marche dans une vallée, sur un sol sablonneux. Nous sommes dans l’Oisans, au cœur des Alpes, là où coulait encore, il y a quelques années, un fleuve aujourd’hui à sec. Face à ce paysage transformé, les enjeux liés au changement climatique et à la gestion de l’eau prennent une dimension très concrète.

Tom Wallis, maire de la commune de Corrençon-en-Vercors - © D.R.
Tom Wallis, maire de la commune de Corrençon-en-Vercors - © D.R.

Dans une autre vallée, à une petite centaine de kilomètres de là, un autre groupe découvre une manière différente d’aborder les transitions. Les étudiants rencontrent Tom Wallis, maire de la commune de Corrençon-en-Vercors, entrepreneur et alumni de GEM. Au pied des pistes de ski nordique, il leur fait visiter son restaurant et ses installations, conçues pour fonctionner en autonomie en eau et en électricité. Récupération des eaux de toiture, potabilisation, purification avant rejet dans le milieu naturel : chaque choix technique témoigne d’une volonté de faire de la contrainte écologique un levier de transformation.

Comment concilier performance environnementale et performance économique ? Comment faire évoluer un modèle économique pour l’adapter aux nouvelles réalités climatiques ? À travers son expérience, Tom Wallis évoque notamment l’avenir des stations de moyenne montagne, confrontées à la fin progressive de l’« or blanc » et aux limites d’un modèle fondé sur l’abondance de la neige et des revenus associés. Pour ces territoires, la nécessité de se réinventer n’est plus une perspective lointaine, mais une réalité à anticiper. Son message aux étudiants est clair : « Affronter courageusement le changement, montrer que même quand ce n’est pas possible, c’est possible ».

Tom Wallis et des étudiants de GEM - © Arthur Cauchois
Tom Wallis et des étudiants de GEM - © Arthur Cauchois

Imaginer les territoires de demain

Vercors, Belledonne, Oisans, Matheysine, Trièves, Chartreuse… Depuis le campus grenoblois, les étudiants sont répartis en douze groupes, autant de terrains d’exploration et d’expériences différentes au sein des territoires alpins.

Cette journée du 23 septembre 2026 constitue le lancement de la deuxième édition du Voyage pédagogique, un dispositif qui fait du territoire un véritable campus à ciel ouvert. Pour Sophie Buer-Chemin, directrice académique du Programme Grande École (PGE), cette immersion incarne la singularité de la pédagogie de GEM.

Tout ne passe pas dans la salle de cours

« Tout ne passe pas dans la salle de cours », rappelle-t-elle. L’approche pédagogique de l’école repose sur une complémentarité entre enseignement en présentiel, apprentissages à distance et expériences hors les murs, « répartis ainsi 60/20/20 ». Elle se résume aussi dans une conviction : former les étudiants à travers « la tête, le corps et le cœur. La tête, pour acquérir des connaissances et développer leur capacité d’analyse ; le corps, pour ancrer les apprentissages dans l’expérience ; le cœur, enfin, pour susciter l’engagement et donner du sens à ce qu’ils explorent. Nous voulons leur permettre de découvrir le territoire avec leurs propres yeux, de ressentir les enjeux et de comprendre ce qui se joue concrètement », explique Sophie Buer-Chemin.

Sophie Buer-Chemin, directrice académique du Programme Grande École à GEM - © D.R.
Sophie Buer-Chemin, directrice académique du Programme Grande École à GEM - © D.R.

Première école française à adopter le statut de société à mission, GEM place l’innovation, la durabilité et l’impact sociétal au cœur de sa stratégie. Avec son plan Eagle 2030, GEM Alpine Business School entend notamment affirmer son rôle de pionnière dans les sciences et les grandes transitions.

Relier les enjeux

« À GEM, nous faisons le choix de confronter les étudiants au réel, à sa complexité et à ses incertitudes, pour qu’ils apprennent à penser autrement, à relier les enjeux et, surtout, à agir », complète Philippe Monin, directeur académique de GEM.

L’objectif est de former des profils capables de naviguer dans un monde en mutation, de croiser les disciplines et de passer de la compréhension des enjeux à la mise en œuvre de solutions. « Nous formons des profils agiles et hybrides, capables de penser et d’agir dans un monde en mutation », illustre Sophie Buer-Chemin.

Nous formons des profils agiles et hybrides

Elle souligne aussi le paradoxe auquel cette génération est confrontée : très sensibilisés aux enjeux climatiques, les étudiants ont parfois déjà participé plusieurs fois à la Fresque du climat. Mais la connaissance des risques peut également s’accompagner d’une forme d’inquiétude face à l’ampleur des transformations nécessaires.

« Nous souhaitons montrer à ces futurs décideurs en entreprises des gens pleins d’espoir, qui se mobilisent dans les territoires. Leur donner des raisons d’espérer, car on sent chez eux du stress et le poids des responsabilités laissées par les générations précédentes. »

Au-delà de la sensibilisation, il s’agit donc de leur donner à voir des initiatives concrètes, des personnes qui expérimentent et des solutions qui émergent, sans occulter les difficultés ni les contradictions.

Être confronté à des problématiques réelles

Pour mener cette exploration, GEM s’appuie sur son réseau de partenaires et sur la diversité des acteurs engagés dans les territoires : scientifiques, élus, entrepreneurs, associations et collectifs citoyens. Autant de rencontres qui permettent aux étudiants de confronter leurs connaissances aux réalités du terrain et de mieux appréhender la complexité des transitions.

À La Morte, village de montagne situé dans le massif du Taillefer, Arthur Thoirey, étudiant, et son groupe ont ainsi rencontré plusieurs acteurs locaux, dont les membres de l’association La Morte Vivante. Les échanges ont porté sur les défis quotidiens de la commune : faible nombre de commerces, enjeux liés à l’école et aux transports, mais aussi nécessité de renforcer l’attractivité du village et de préserver son dynamisme.

« J’ai particulièrement apprécié d’être confronté à des problématiques réelles », témoigne Arthur Thoirey. Une expérience qui donne une autre dimension aux enjeux abordés en cours : derrière les notions de transition écologique, d’attractivité ou de développement territorial, il y a des choix à faire, des intérêts parfois divergents et des équilibres à trouver.

Certains étudiants découvraient la montagne et ses problématiques. C’est le cas de Malo Sanchez, originaire de La Réunion : « Cette journée m’a permis de comprendre autrement les choix auxquels sont confrontées les stations de montagne et les acteurs locaux ».

À travers les forêts, repenser notre rapport aux ressources

Philippe Monin, directeur académique de GEM - © D.R.
Philippe Monin, directeur académique de GEM - © D.R.

Le même fil conducteur reliait les expériences proposées sur le campus parisien. À Saint-Germain-en-Laye, les étudiants ont exploré la forêt, avant de poursuivre leur journée sur le campus de Pantin, où ils ont échangé avec un représentant de l’Office national des forêts (ONF).

L’occasion de réfléchir à l’avenir des espaces forestiers, à leur rôle dans l’adaptation au changement climatique et aux pressions qui pèsent sur eux, notamment après un été marqué par les incendies. Les forêts, à la fois réservoirs de biodiversité, espaces de vie et marqueurs des transformations climatiques, illustrent elles aussi la nécessité de repenser notre rapport aux ressources naturelles.

Dans l’Oisans, la visite du Centre de géosciences a permis à d’autres étudiants d’explorer les enjeux liés aux risques naturels et à la gestion de l’eau. « Éboulements, instabilité des terrains, évolution des ressources : autant de phénomènes dont les conséquences peuvent être observées à différentes échelles, des Alpes jusqu’à d’autres régions du monde, comme l’ont rappelé en écho les récents glissements de terrain au Népal », reprend Sophie Buer-Chemin.

Ces situations, parfois très éloignées les unes des autres, mettent en lumière des questions communes : comment anticiper les risques ? Adapter les activités humaines aux transformations des milieux ? Et comment prendre des décisions lorsque les incertitudes scientifiques, économiques et sociales se croisent ?

Des innovations scientifiques aux nouveaux modèles économiques

Cette immersion sur le terrain ne constitue pas une parenthèse dans le parcours académique des étudiants ; elle marque le lancement du module « Voyage au cœur des sciences et des transitions », conçu pour approfondir les questions soulevées lors de cette journée.

« Les années précédentes, nous organisions surtout des journées de sensibilisation. Cette fois, nous avons voulu aller plus loin et définir de véritables attendus pédagogiques », explique Sophie Buer-Chemin.

Au fil des visites, des ateliers et des temps de réflexion, les étudiants ont ainsi travaillé sur des problématiques aussi concrètes que l’évolution du tourisme, le changement climatique, la préservation des milieux naturels, la gestion des ressources et l’émergence de nouveaux modèles économiques.

Définir de véritables attendus pédagogiques

À La Morte, l’expérience s’est notamment prolongée par une mise en situation collective. Les étudiants ont organisé un conseil d’acteurs du village, chacun représentant une partie prenante : agriculture, jeunesse, mairie ou encore start-up. Un exercice qui les a invités à se mettre à la place de différents acteurs, à comprendre leurs contraintes et à rechercher des pistes d’action conciliant les enjeux écologiques, touristiques et climatiques.

« Cette mise en situation nous a permis de mieux comprendre les enjeux auxquels sont confrontés ces petits villages, situés en périphérie de Grenoble », explique Arthur Thoirey.

« La séquence du 23 septembre avait été préparée en amont, pour que nous soyons proactifs le Jour J », complète Charles Constant, étudiant. « Ce qu’on a pu y glaner comme informations pour notre ‘carnet de voyage’se prolonge par une immersion à la Fête de la science (lire encadré), pour ma part sur le thème de l’eau, et sera encore complété bientôt par des visites d’entreprises, avant une soutenance, en décembre. »

Du lit d’une rivière asséchée aux forêts périurbaines, des villages de montagne aux laboratoires scientifiques, le Voyage pédagogique invite ainsi les étudiants à changer de perspective. Comprendre les transitions ne consiste pas seulement à en connaître les mécanismes : il faut aussi aller à la rencontre de celles et ceux qui les vivent, les expérimentent et les rendent possibles.

En faisant du territoire un lieu d’apprentissage à part entière, GEM entend donner à ses futurs diplômés les clés pour appréhender la complexité du monde et, surtout, pour prendre part à sa transformation.

La science, marqueur fort du programme

Cette approche par l’expérience se prolonge au-delà du Voyage pédagogique. La science constitue en effet un marqueur fort du programme, avec la volonté de familiariser les étudiants avec les innovations qui se développent sur leur territoire et de leur faire découvrir des secteurs professionnels qu’ils connaissent parfois peu.

S’acculturer aux innovations scientifiques du territoire

Au début du mois d’octobre, ils poursuivent leur exploration à l’occasion de la Fête de la science. « Nous voulons qu’ils s’acculturent aux innovations scientifiques du territoire, mais aussi qu’ils découvrent les débouchés passionnants qu’offre l’industrie, auxquels ils ne pensent pas forcément lorsqu’ils arrivent à GEM », souligne Sophie Buer-Chemin.

En février 2027, ils participeront également au festival Tech & Fest, rendez-vous consacré aux innovations technologiques et à la deeptech. Autant d’occasions de mieux comprendre comment la recherche, l’industrie et l’entrepreneuriat contribuent à répondre aux grands défis contemporains.

Arthur Thoirey explique comment le travail engagé lors de cette journée s’inscrit aussi dans une démarche plus longue : « Ce projet fait partie d’une étape d’un projet de carnet de voyage, dont le rendu pourra potentiellement être présenté à la Fête de la science, l’an prochain ».