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[Tribune] Recrutement dans le sup' : rendre les fiches de poste plus lisibles pour les candidats du privé


Les fiches de postes dans l’enseignement supérieur public doivent répondre à divers critères dictés par des textes de loi. Problème : cela peut les rendre difficiles à comprendre pour des candidats issus du secteur privé. Le point de vue et les conseils de Phillip Hamnett, fondateur et directeur général de TalentAid.

[Tribune] Recrutement dans le sup' : rendre les fiches de poste plus lisibles pour les candidats du privé
[Tribune] Recrutement dans le sup' : rendre les fiches de poste plus lisibles pour les candidats du privé

Le 24 septembre 2026, une université publie sur la plateforme Choisir le service public une offre de « Gestionnaire des Systèmes d’Informations Ressources Humaines (SIRH) », en CDD d’un an. Le texte de l’annonce commence par quatre lignes : le poste est vacant, il est « ouvert aux contractuels uniquement », la filière est « ITRF », et la ligne « Catégorie d’emploi et corps » indique « Catégorie B ». Suit le code de l’emploi-type Referens III, J4D43 : « Gestionnaire des ressources humaines ». Une autre université ouvre l’annonce d’un poste de gestionnaire RH sur la fonction, la catégorie, puis « Corps : Tech » et « BAP : J ».

Besoin d’une traduction

Je ne travaille pas dans l’enseignement supérieur : j’ai lu ces deux offres, et six autres publiées sur la même plateforme, en lecteur extérieur. Un gestionnaire SIRH venu d’une entreprise reconnaît l’intitulé du poste. La filière ITRF, le corps abrégé en Tech, la BAP J et la mention « Emploi-type Referens III » appellent une traduction qu’aucune des deux annonces ne donne.

Deux registres imposés par les textes

Phillip Hamnett, fondateur et DG de TalentAid - © TalentAid AG © 2025 TalentAid AG
Phillip Hamnett, fondateur et DG de TalentAid - © TalentAid AG © 2025 TalentAid AG

Une partie de ce vocabulaire est obligatoire. Le contenu de l’avis de vacance relève de l’article D. 311-8 du code général de la fonction publique ; depuis le 1er octobre 2025, cet article et l’article D. 311-9 reprennent l’article 3 du décret n° 2018-1351 du 28 décembre 2018. L’avis doit indiquer la « catégorie hiérarchique de l’emploi ainsi que, le cas échéant, le ou les corps ou cadres d’emplois et le grade attendus ».

Il doit donner l’« intitulé du poste » et les « missions de l’emploi, les qualifications requises pour l’exercice des fonctions et le profil attendu du candidat en termes d’expériences ou de compétences ». L’article demande encore les « références du métier auquel se rattache l’emploi », et l’article D. 311-9 permet de mentionner « les montants de rémunération pratiqués ».

Pour un emploi permanent ouvert aux contractuels, l’article R. 332-6 du même code fonde l’appréciation de chaque candidature sur « les compétences, les aptitudes, les qualifications et l’expérience professionnelles, le potentiel du candidat et sa capacité à exercer les missions dévolues à l’emploi permanent à pourvoir ». Avant les entretiens, l’article R. 332-11 permet d’écarter toute candidature qui, « de manière manifeste, ne correspond pas au profil recherché pour l’emploi permanent à pourvoir, au regard notamment de la formation suivie et de l’expérience professionnelle acquise ».

Les textes demandent donc deux registres dans la même offre : d’un côté le classement statutaire de l’emploi, de l’autre la description du travail et de l’expérience attendue. Le candidat venu du privé ne peut reconnaître son parcours que dans le second, et c’est sur lui que se joue la présélection.

Ce que dit le référentiel

Le code J4D43 vient de Referens III, le référentiel des emplois-types de la recherche et de l’enseignement supérieur. Le ministère assigne notamment au référentiel la finalité d’« aider au processus de recrutement » et le présente comme « un outil facilitant l’élaboration des fiches de postes ». Le glossaire de Referens distingue l’emploi-type, qui « regroupe des postes de travail aux activités suffisamment proches pour exiger des compétences identiques ou voisines », du poste de travail, qui « correspond à une situation concrète de travail ». Une offre qui recopie l’emploi-type décrit un ensemble de postes, quand le candidat veut savoir à quoi ressemblera le sien.

Le référentiel gradue les compétences opérationnelles en quatre niveaux : notion, application, maîtrise, expertise. L’offre d’un grand établissement reprend du référentiel, mot pour mot, une compétence ainsi notée : « Accompagner les changements (maîtrise) ». Dans cette échelle, la maîtrise reste en dessous de l’expertise ; un candidat qui l’ignore lit le mot dans son sens courant.

Les fiches d’emploi-type prévoient enfin une rubrique « Métiers si besoin », renseignée pour 55 des 242 emplois-types dans le jeu de données du ministère. La fiche J4D43 ne la renseigne pas. Celle de l’emploi-type J2C47, « Chargé-e du contrôle de gestion, d’études et d’évaluation », donne « contrôleur de gestion ».

Les mots des offres

L’offre d’une troisième université, pour un poste de gestionnaire administratif et financier, demande une « Connaissance de l’environnement et du fonctionnement des EPSCP », sigle qu’elle n’explique pas, et précise que le poste est « ouvert aux non titulaires dans le cadre d’un CDD renouvelable ».

Sur huit offres, cinq ne donnent aucun montant de rémunération

Une quatrième université fait d’autres choix. Son offre de gestionnaire administratif et caissier décrit le travail concret (« Au quotidien, vous serez amené(e) à ») et annonce aux contractuels « 2 155,01 € (brut/mois) ». Elle précise : « La maîtrise de Sifac est un plus. » Dans l’offre de gestionnaire administratif et financier citée plus haut, le même logiciel fait partie du profil recherché : « Utiliser le logiciel Sifac ». Sur les huit offres lues, cinq ne donnent aucun montant de rémunération, ni dans la rubrique « Fourchette indicative pour les contractuels » ni dans le texte.

Ce qu’un service RH peut changer

Au 31 décembre 2024, selon le ministère, l’enseignement supérieur public comptait 33 450 Biatss contractuels sur missions permanentes, soit 36,4 % des effectifs Biatss ; 90,7 % d’entre eux relevaient de la filière que décrit Referens.

Si vous rédigez ces offres, plusieurs gestes restent dans le cadre de ces textes. Mettre en titre le métier que le candidat cherchera, laisser le code et le corps dans les mentions statutaires et y ajouter une phrase qui dit ce qu’ils signifient.

Écrire les missions et le profil en termes d’expérience, en nommant les expériences acquises hors de la fonction publique qui servent au poste, et signaler comme un plus ce qui s’apprend sur place, sigles et logiciels compris. Remplir la fourchette de rémunération. Reprendre, quand elle est renseignée, la rubrique « Métiers si besoin » de Referens.

Aucune des sources que j’ai lues ne dit combien de candidats venus du privé renoncent à postuler devant une offre. Un établissement peut mesurer l’effet d’une réécriture sur ses propres recrutements, en comparant l’origine des dossiers reçus avant et après.