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Ils sont passés par là… D’anciens candidats aux concours de MCF et CR témoignent


Fraîchement titulaires de la qualification ou d’une intégration au CNRS, deux jeunes maîtres de conférences (MCF) et deux chargés de recherche (CR) dévoilent les coulisses des sélections passées. Des expériences inspirantes…

Ils sont passés par là… D’anciens candidats aux concours de MCF et CR témoignent
Ils sont passés par là… D’anciens candidats aux concours de MCF et CR témoignent

Cap sur la qualification

Arthur Bontemps, 30 ans, qualifié en janvier 2024 et MCF en mécanique et génie civil à l’Insa Lyon depuis septembre 2024.

« Un dossier exhaustif et clair, rendu impérativement à temps »

Arthur Bontemps - © D.R.
Arthur Bontemps - © D.R.

« J’ai soutenu mon doctorat en mai 2023, ce qui m’a amené à me heurter à une contrainte de calendrier. Comme le CNU ne se réunit qu’une seule fois, entre janvier et février, je devais attendre l’année suivante pour postuler à la qualification. J’ai occupé ce laps de temps par un poste d’enseignant-chercheur en CDI dans une école privée. A partir de la mi-novembre, j’ai candidaté au sein de la section 60 du CNU (mécanique et génie civil).

Sur Odyssée, on nous demande d’entrer pas mal de documents : rapports de doctorat, CV, articles publiés. Dans le CV, il faut expliquer les enseignements donnés et nos expériences de recherche. Pour être exhaustif et clair, sans produire un tunnel indigeste, j’ai réalisé un tableau synthétique permettant de voir, en un coup d’œil, tous mes enseignements, avec l’année et l’établissement, le statut que j’occupais, le niveau d’études enseigné, la discipline, leur nature (TD, TP, cours magistral) et le nombre d’heures totales effectuées. J’ai évoqué mes responsabilités collectives (responsable des doctorants) et abordé ma participation à la Fête de la science, car cela relève des missions de vulgarisation qu’on attend d’un MCF. J’ai adjoint à mon dossier la lettre de recommandation de mon directeur de thèse.

Je ne saurais que trop recommander d’avoir soigneusement archivé tous ces éléments en amont, histoire de les retrouver facilement. Pour être sûr de ne rien oublier, il est souhaitable d’en discuter avec des gens de son entourage déjà passés par là : directeur de thèse, collègues du laboratoire… ».

Mathilde Jean, 34 ans, MCF en Anthropologie et Préhistoire à l’Université Paris Nanterre depuis septembre 2025.

« Un dossier de renouvellement particulièrement exigeant. »

« J’ai passé - et obtenu - la qualification en 2019, puis en 2024. La première fois, j’ai déposé mon dossier fin 2019, juste après ma soutenance de thèse, et postulé à la session 2020, concomitamment auprès des sections CNU 20 (anthropologie biologique, ethnologie et préhistoire) et 21 (archéologie des mondes anciens). J’ai été admise, mais en archéologie, le nombre de postes publiés chaque année est restreint. J’ai passé les trois années suivantes à candidater dans différentes universités, en enchaînant les postes d’ATER puis, de décembre 2023 à août 2025, un post-doctorat en Grande-Bretagne, au British Museum.

Mathilde Jean - © Marco Carmignan
Mathilde Jean - © Marco Carmignan

En 2024, j’ai repassé la qualification - la précédente n’étant plus valable - dans les deux mêmes sections. On me demandait, pour le renouvellement, de témoigner de la continuité de mes activités de recherche et d’enseignement. Dans sa forme étendue, mon CV de 24 pages comprenait un commentaire de mon parcours, en particulier de ces quatre dernières années. Côté enseignement, j’ai souligné que j’avais enseigné dans trois établissements différents, de la licence au doctorat, et donc que j’avais pu mettre le pied dans la pratique de manière diversifiée. J’ai précisé les travaux encadrés (masters, jurys…). Côté recherche, j’ai indiqué ma charge de direction d’une mission de recherches archéologiques. J’ai aussi parlé de mes collaborations avec un réseau de chercheurs à l’international.

Suite à cette session, j’ai eu l’occasion de consulter les rapports liés à mon dossier. Une démarche que je ne peux que conseiller à tous les candidats. Si on a échoué, ce sera profitable pour faire mieux la prochaine fois. Et même en cas de réussite, avoir l’analyse de ses points forts et de ses points faibles est important pour forger son dossier, notamment en vue de la sélection par les établissements. Pour ma part, en tous cas, ça a été le détail gagnant ! »

Côté recherche

Vincent Bertin, 30 ans, lauréat en 2025 du concours CR du CNRS, section 5 (physique)

« Savoir prendre de la hauteur pour programmer un projet à l’horizon de 5 à 10 ans. »

« Dans mon dossier, j’avais choisi de proposer 7 articles, le maximum autorisé. Objectif : montrer les différentes facettes de mes compétences. Pour l’expertise, mon premier article publié. Pour l’autonomie, un réalisé sans mon encadrant de post-doc. Pour les facultés pédagogiques, un autre d’un étudiant dont j’avais encadré le stage de master. Et pour mettre en avant ma faculté de vulgarisation, un article publié dans une revue plus grand public, etc.

Vincent Bertin - © D.R.
Vincent Bertin - © D.R.

Sur le fond, la grande difficulté du concours est de changer d’échelle par rapport à l’exercice très ciblé de recherche qui nous a occupé jusque-là, pour identifier une grande question, propre à nous mobiliser pendant 5 à 10 ans. Ce qui m’a beaucoup aidé, c’est de me replonger dans une liste d’idées démarrée dès le début de mon post-doc.

Il nous faut aussi proposer un laboratoire d’affectation. Ce qui nécessite toute une démarche de prise de contact préalable. Pour ma part, j’avais mené cette approche dès l’été précédent. Et, dans le courant de l’automne, rencontré les équipes, donné un séminaire et fait une immersion de deux jours. Une phase essentielle pour adapter son projet au laboratoire d’accueil, en termes de matériel comme d’organisation.

Côté présentation orale, je me suis retrouvé devant un jury d’une quinzaine de personnes, représentant un vaste panel de physiciens. Le temps de passage est très court, entre 12 et 15 minutes, au cours desquelles il nous faut à la fois résumer notre parcours et notre projet de recherche. Le parcours académique est certes important - pour ma part, ENS et deux post-docs, dont un aux Pays-Bas - mais moins que de montrer qu’on a des idées innovantes, dans l’air du temps, et que l’on présente des projets réalisables, mûrement pesés.

Cette stratégie a porté pleinement ses fruits, puisque j’ai fini premier au concours Physique. J’ai négocié quelques mois de délai pour boucler un projet en cours et je prends mes fonctions en janvier 2026. »

Fanny Landaud, 36 ans, CR CNRS au CREST (Centre de recherche en économie et statistiques), à Saclay (Essonne).

« Une procédure de validation du résultat qui s’étend sur plusieurs semaines. »

Fanny Landaud - © D.R.
Fanny Landaud - © D.R.

« J’ai passé le concours en 2022, à la fin d’un post-doctorat à la Norvegian School in Economics, depuis 2018. Dans ma section (37 à l’époque, 40 aujourd’hui), je devais contacter deux laboratoires pour soutenir ma candidature. J’avais opté, outre le CREST (Ensae, IP Paris), pour l’UMR d’économie de CY Cergy Paris Université. Deux unités choisies pour leur correspondance avec ma thématique principale de recherche : l’économie de l’éducation, et tout spécialement les questions d’inégalités scolaires. Non seulement tous deux m’ont donné leur feu vert, mais on m’y a même fait passer des entretiens blancs !

Dans mon dossier, les deux documents les plus volumineux étaient mon projet de recherche (20 pages) et mon rapport sur les travaux effectués (13 pages). Mon CV lui-même en comptait 5. J’ai mis en exergue l’élargissement de mon réseau de recherche permis par mon post-doctorat à l’étranger. Mon oral a duré 30 minutes, divisées à part égale entre une présentation avec slides, puis un échange. Les deux rapporteurs m’ont d’abord posé chacun plusieurs questions, puis les autres membres du jury m’ont interrogée. D’où l’intérêt d’être le plus concis possible dans ses réponses, car à raison d’une vingtaine de jurés, les 15 minutes passent très vite !

Une fois le concours terminé, s’ensuit une procédure en plusieurs phases. D’abord, le classement du jury, publié quelques jours après. Mais pour avoir la confirmation qu’on est vraiment admis, il faut attendre le feu vert de son institut de rattachement, susceptible de modifier ce classement, voire de vous recaler. Ce qui peut prendre plusieurs mois. C’est pourquoi j’avais présenté en parallèle le concours de MCF. Enfin, c’est le processus d’affectation, au début de l’été. Pour ma part, j’ai d’abord été affectée à CY, où j’ai passé trois ans avant d’obtenir une mutation pour le CREST. »

Un dossier complet de Campus Matin sur les concours pour devenir enseignant-chercheur ou chercheur

Cet article s’inscrit dans un dossier complet consacré aux procédures de qualification aux fonctions de maître ou maîtresse de conférences et au recrutement au sein des universités et organismes de recherche, comme enseignant-chercheur ou chercheur.

Vous y découvrirez les conseils de membres du CNU qui étudient les dossiers des candidats, de jurys, ou encore de la DGRH (direction générale des ressources humaines) du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, notamment sur la plateforme Odyssée, mais aussi des infos pratiques et un vrai/faux pour balayer les idées reçues.

Bonne lecture !