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Doctorat : un regard sur la situation dans les autres pays européens

Par Marine Dessaux | le | Doctorat

Alors que la France occupe la présidence du Conseil de l’Union européenne, Campus Matin se penche sur l’enseignement supérieur sous l’angle européen. Processus de formation, dimension éthique, diversité de profils… Autant de points autour du doctorat en Europe abordés par Alexander Hasgall, responsable du Conseil pour l’enseignement doctoral de l’association des universités européennes, l’EUA.

Doctorat : un regard sur la situation dans les autres pays européens
Doctorat : un regard sur la situation dans les autres pays européens

En Europe, que pensent les doctorants de leur expérience ? Les profils sont-ils homogènes ? Comment doit évoluer l’évaluation de leur formation ? Tour d’horizon.

Globalement, des doctorants satisfaits de leur expérience

« Les doctorants sont assez satisfaits de leur expérience doctorale, même s’il faut prendre en compte, bien sûr, les difficultés identifiées et suivre avec attention les cas dramatiques. Par exemple en Allemagne, une enquête prouve que dans 80 % des cas, les expériences sont positives », expose Alexander Hasgall, responsable du Conseil pour l’enseignement doctoral (CDE) de l’European University Association* (EUA).

Alexander Hasgall est expert sur les sujets du doctorat en Europe - © D.R.
Alexander Hasgall est expert sur les sujets du doctorat en Europe - © D.R.

Pour instaurer des garde-fous, Alexander Hasgall suggère : « L’idée portée par le CDE est de pouvoir affirmer que les établissements ont un rôle à jouer : c’est d’un côté trouver une bonne structuration pour assurer la transparence du processus de formation doctorale, mais aussi veiller à la qualité de la relation entre le doctorant et l’encadrant. Et donc de créer un lieu de rencontre, et de lutter ainsi contre l’isolement des doctorants. » 

Des doctorants aux profils divers

C’est déjà le cas en France mais plus frappant encore lorsqu’on se place à l’échelle européenne : il existe une grande diversité de profils de doctorants. « Aujourd’hui, il s’agit de répondre à la diversité des besoins et des contextes des doctorants », pointe comme enjeu Alexander Hasgall.

Loin d’un parcours linéaire pour tous, on observe « des entrées en doctorat qui peuvent se faire dans certains cas à 30, 35 ans ». Ce qui induit des besoins et des problématiques différentes : une vie de famille et un emploi du temps qui doivent être adaptés, une nécessité de financements et, à prendre en compte, « des sorties plus tardives dans la vie professionnelle ».

Un travail sur les débouchés à mener

Car c’est bien ce qui pose problème : un manque d’emplois pour les jeunes docteurs, estime Alexander Hasgall. Il souligne un besoin de sensibilisation auprès des entreprises.

« L’enjeu se situe au niveau des débouchés professionnels. Même si statistiquement dans beaucoup de pays d’Europe en faisant un doctorat, on a une plus grande chance d'être employé que sans doctorat, il y a la question de cette phase de transition qui est assez difficile. » 

Autre aspect frappant : dans plusieurs pays d’Europe, notamment en Allemagne, le doctorat est plus valorisé pour accéder à de hautes fonctions et plus présent dans les CV des membres du gouvernement qu’en France.

Quid de l’évaluation de la formation doctorale au niveau européen ?

C’est l’un des moyens d’assurer une formation doctorale de qualité, d’un niveau uniforme au sein de l’Union européenne : son évaluation. Un projet qui n’est pas à l’ordre du jour de l’EUA, affirme Alexander Hasgall.

Il y a beaucoup de dispositifs liés à l'évaluation de la qualité dans le doctorat

Cependant, « nous avons réalisé une enquête sur l’assurance qualité dans la formation doctorale. Nous avons pu observer qu’il y a beaucoup de dispositifs liés à l'évaluation de la qualité dans le doctorat, mais ils sont assez peu visibles. »

Conclusion : il est plus pertinent d'évaluer l’ensemble du processus lié au doctorat mis en place par l'établissement, que d'évaluer chaque programme doctoral. Ce qui permet également de ne pas mettre trop de ressources dans une évaluation des formations alors que les écoles doctorales sont généralement de taille modeste et pour un certain nombre assez nouvelles.

 L’aspect éthique : vers une dimension obligatoire

Que ce soit dans les domaines de l’intelligence artificielle, la numérisation, la transformation écologique, la défense de la liberté académique ou de la pratique scientifique, les enjeux éthiques doivent être au cœur de la formation doctorale.

« Ce sujet est abordé différemment selon les pays, mais dans la plupart des universités européennes la formation à ce sujet devient un enjeu obligatoire. Ce n’est d’ailleurs pas seulement important pour les doctorants, mais pour tout le monde. »

Une vision globale du doctorat en France

Réalisée par le Réseau national des collèges doctoraux (RNCD), l’enquête « Le doctorat en France, regards croisés sur la formation doctorale » a été publiée le 1er janvier 2022. Elle s’appuie sur 11 545 réponses de doctorants et 5 831 de leurs encadrants.

Un travail inédit qui énumère les réflexions « sur les actions à mener pour améliorer les pratiques, les conditions et l’offre de formation doctorale » et actualise « la représentation générale de ce qu’est un doctorat, de son importance pour la recherche, des conditions de son déroulement et d’en apporter une vision plus juste, plus complète et plus précise ».

*L’association des universités européennes.

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