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Podcasts et vidéos dédiés au doctorat : Mathilde Maillard et l’aventure « Bien dans ma thèse »

Par Marine Dessaux | le | Doctorat

Mathilde Maillard est une figure bien connue de la communauté doctorante. Cette « influenceuse doctorat » crée des contenus audios et vidéos dédiés aux problématiques et expériences vécues en amont et lors de la thèse. Aujourd’hui à Londres et sur la dernière ligne droite avant la soutenance, elle revient sur ces trois dernières années, au cours desquelles « Bien dans ma thèse » s’est développée jusqu’à devenir une micro-entreprise.

Podcasts et vidéos dédiés au doctorat : Mathilde Maillard et l’aventure « Bien dans ma thèse »
Podcasts et vidéos dédiés au doctorat : Mathilde Maillard et l’aventure « Bien dans ma thèse »

À 26 ans, Mathile Maillard est en troisième année de doctorat de matériaux au sein du laboratoire Mateis (unité mixte de recherche Insa de Lyon, Université Claude Bernard Lyon 1 et CNRS) à l'Insa Lyon. Elle est également la créatrice du podcast et de la chaîne de vidéos « Bien dans ma thèse ».

Bien que se situant sur un créneau “de niche”, qui ne concerne que les doctorants et aspirants, elle a dépassé les 10 000 écoutes sur Apple et SoundClound ainsi que les 1 000 abonnés sur YouTube.

Et, si elle est très impliquée dans cette forme de médiation scientifique, elle n’en demeure pas moins passionnée par la recherche. Elle s’apprête d’ailleurs à lier les deux dans sa thèse !

Remédier au manque d’information sur le doctorat

Mathilde Maillard est créatrice de Bien dans ma thèse - © D.R.
Mathilde Maillard est créatrice de Bien dans ma thèse - © D.R.

Pourtant, le doctorat était loin d'être une évidence pour Mathilde. À la fin de son master, elle sait qu’elle ne veut pas encore entrer sur le marché du travail, mais, étant « une élève moyenne », elle redoute de ne pas avoir le bon profil.

« Si nous n’étions pas parmi les premiers de promotion, les professeurs ne venaient pas vers nous pour nous proposer le doctorat. En outre, il n’y a pas de session d’information, peu de ressources accessibles », explique-t-elle.

Alors qu’elle se débrouille pour avoir des retours d’expérience, lui vient à l’idée de partager ses apprentissages avec le grand public. Ce qu’elle mettra en pratique dans une première vidéo-test sur le doctorat. « J’essaie de combattre tous les clichés que j’avais sur la thèse, d’informer de ce que c’est réellement. Dès le deuxième jour de mon doctorat, j’ai enregistré une première vidéo que je n’ai finalement jamais sortie, car je ne me sentais pas encore assez légitime », raconte la doctorante.

En juin 2020, après une année de doctorat, elle lance son premier podcast. « Ça a explosé en partie du fait de la pandémie, explique-t-elle. Et comme mon labo a fermé à cause du confinement, l’enregistrement des podcasts m’a aidé à tenir le coup. »

« Le plus important dans la thèse, ce n’est pas le sujet »

C’est le sujet de prédilection de Mathilde : conseiller les futurs doctorants afin qu’ils vivent au mieux cette expérience intense et exigeante qu’est l’écriture d’une thèse. La jeune femme, encore plus avec le recul, est persuadée que le choix du laboratoire et des encadrants est primordial.

Certains doctorants se noient parce qu’ils sont seuls ou mal accompagnés

« Le plus important dans la thèse ce n’est pas le sujet, mais l’encadrement. Avec Bien dans ma thèse, je me rends compte que beaucoup de doctorants se lancent à corps perdu dans un sujet, mais que certains se noient parce qu’ils sont seuls ou mal accompagnés. Avant de postuler à des thèses, j’ai contacté des doctorants, demandé comment était l’ambiance, comment était tel ou tel directeur de thèse. J’ai eu la chance d’être retenue dans trois thèses et j’ai choisi en fonction de l’équipe encadrante plutôt que selon le sujet ! »

Création d’une micro-entreprise

Assez rapidement, les activités de Mathilde Maillard se multiplient. Elle crée un site internet, se lance sur Twitch, participe à des tables rondes. Elle est également approchée pour participer à une émission en live sur YouTube, « SOS thèses ».

L’été dernier, elle crée sa micro-entreprise pour déclarer les 2 500 € qu’elle récolte grâce au crowdfunding et qu’elle utilise pour acheter un meilleur matériel pour ses productions. Elle signe plus tard son premier partenariat avec Bpifrance pour promouvoir i-PhD, un concours destiné aux doctorants.

Des salles de travail virtuelles

La liste des activités de la jeune femme ne s’arrête pas là ! Avec une amie, Eva Petitdemange, elle crée, le premier jour du confinement, un serveur discord pour doctorants.

Aujourd’hui, plus de 1 400 d’entre eux s’y connectent pour échanger mais aussi pour travailler à plusieurs dans des salles virtuelles. Une initiative pour ne pas se sentir seul, se motiver à rester concentré et qui peut s’inscrire dans le long terme pour les doctorants en SHS, qui travaillent souvent moins sur le terrain ou en laboratoire.

« Certaines personnes se sont rencontrées par cet intermédiaire et aujourd’hui se retrouvent en vrai, le week-end », rapporte Mathilde Maillard.

Une expérience qui trouve une place dans sa thèse

« Bien dans ma thèse » a même un développement inattendu : l’expérience trouve sa place dans la thèse de Mathilde. « En plus de partager mon expérience dans mes podcasts et vidéos, j’ai beaucoup écrit sur ce que je vivais pendant ma thèse, dit-elle. J’ai proposé à mes encadrants de l’ajouter en annexe et ils m’ont dit que cela avait toute sa place dans un chapitre dédié. Cela me permettra d’ajouter un aspect sociétal dans ma thèse. C’est d’autant plus positif qu’à cause de la Covid et de la fermeture de mon labo, j’ai obtenu moins de résultats que prévu. »

Première opportunité professionnelle

Avec cette appétence pour la médiation scientifique, on imaginerait sans mal Mathilde Maillard poursuivre le développement de « Bien dans ma thèse ». Elle n’a en effet pas l’intention de laisser tomber ce projet une fois dans le monde professionnel : « Je songe à transformer ma micro-entreprise en société… Dans tous les cas, j’aimerais beaucoup garder ce projet à côté de mon futur travail ».

Mais elle tient avant tout à continuer la recherche. D’ailleurs, elle a déjà eu un premier entretien avec une personne qu’elle a interviewée pour un de ses podcasts !

« Je me suis souvent posé la question de ce que je voulais faire après, j’ai plein d’idées. Mon rêve ultime, ce serait d’ouvrir un bar-café de rédaction. Mais la science est quelque chose que j’aime depuis toujours et je ne me vois pas ne pas en faire. »

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