Diversité des parcours, levier d’inclusion et de mobilité des talents dans le monde
Comment garantir la validité et la valeur des diplômes pour favoriser les mobilités internationales ? Un webinaire organisé par Campus Matin le 3 février, en partenariat avec la société Verifdiploma, a exploré ces enjeux.
« Dans un contexte de mobilités internationales, et compte tenu de la diversité des trajectoires, il est nécessaire de pouvoir comprendre, clarifier et vérifier les parcours », expose Rafael Melinon, directeur général adjoint commerce et marketing chez Verifdiploma. La circulation des talents et le recrutement des étudiants ne peuvent en effet s’organiser que parce qu’il existe une confiance dans les diplômes qu’ils présentent.
Pour les établissements du supérieur, il est essentiel de s’assurer de leur validité et de leur valeur. Mais cela devient de plus en plus difficile, notamment en raison de la démocratisation des outils d’intelligence artificielle générative, qui facilitent la falsification des documents administratifs. Certains font appel à des sociétés privées pour garantir l’intégrité des dossiers des candidats. Depuis 2019, l’ESCP Business School intègre ainsi les services de Verifdiploma dans ses processus d’admission pour plusieurs cursus.
La société vérifie les diplômes et les relevés de notes en « remontant directement à la source officielle », explique Rafael Melinon. Elle dispose d’une base de données de 25 millions de diplômés, alimentée par des établissements partenaires. Lorsque le diplôme recherché ne s’y trouve pas, elle contacte l’établissement via une plateforme sécurisée. Toute la procédure est digitalisée. En 2025, 300 000 vérifications ont été effectuées.
À l’ESCP, « les mauvaises surprises sont assez rares », constate Hélène Ourbak-Louit, directrice des études Europe Programme MS-MSC à l’ESCP. « Je dirais que cela a surtout un effet dissuasif », interprète-t-elle : « Il est mentionné dans la lettre d’admission que nous allons vérifier le diplôme antérieur et je pense que la plupart des candidats ont bien conscience que cela sera fait sérieusement… »
Des acteurs complémentaires
Plusieurs acteurs peuvent intervenir pour renseigner les établissements sur les parcours des étudiants. L’opérateur public France Éducation International (FEI) effectue un travail d’analyse qui peut, par exemple, se dérouler après la vérification de la légalité d’un diplôme par une société privée comme Verifdiploma. Il délivre des attestations de comparabilité pour les diplômes obtenus et des attestations de reconnaissance de niveau pour les études partiellement validées.« Nous replaçons un diplôme étranger dans son système d’origine pour en expliquer la logique et le niveau », détaille Jingchao Shi, directrice du département reconnaissance des diplômes chez France Education International. « Ces documents ne sont pas obligatoires et n’ont pas de valeur juridique, insiste-t-elle. Ce sont des avis d’experts et des outils d’aide à la décision pour nos collaborateurs ».
FEI analyse le statut de l’établissement émetteur, le contenu de la formation, et le positionnement du diplôme dans les cadres nationaux et européens. En 2025, l’agence du ministère de l’éducation nationale a traité environ 56 000 demandes provenant de 170 pays, dont un dossier sur cinq concernant des réfugiés.
Verifdiploma ne travaille pas spécifiquement avec FEI, mais elle collabore avec d’autres acteurs intervenant à différentes étapes dans les parcours de mobilité. La société a notamment un partenariat stratégique avec l’agence d’évaluation World Education Services (WES) pour faciliter la mobilité vers les États-Unis et le Canada grâce à une digitalisation des processus.
Une augmentation de la fraude
Ces dernières années, la fraude a pris de l’ampleur. « Selon notre baromètre, le taux de faux diplômes se situait entre 6 et 7 % il y a cinq ans. Aujourd’hui, il est à 10 % », observe Rafael Melinon. Et ce, souligne-t-il, alors même que les vérifications sont faites « en toute transparence », avec l’autorisation du candidat, pour une procédure d’admission donnée.
À l’ESCP, Hélène Ourbak-Louit constate surtout des irrégularités liées à la non-obtention d’un diplôme par des candidats acceptés avant leurs examens. Les fraudeurs s’exposent à des sanctions, notamment judiciaires, et voient leurs chances d’intégrer l’école considérablement réduites. Les données concernant la fraude ne sont toutefois pas partagées avec d’autres établissements, conformément au RGPD.
FEI peut aussi détecter des incohérences, des cas « douteux » et engager si nécessaire des procédures de faux. Jingchao Shi souligne également la nécessité de vérifier la légitimité de l’émetteur du diplôme. « Au-delà de l’authenticité, nous avons aussi rencontré des problèmes avec ce que nous appelons ‘’les moulins à diplômes’’. Ce sont les entreprises ou bien des plateformes en ligne qui vendent des diplômes ne reposant sur aucune formation », explique-t-elle.
Nouveau modèle économique
La vérification d’un diplôme est souvent financée par le recruteur ou le service d’admission. Mais le modèle économique évolue vers un « modèle candidat », dans lequel le coût du service est pris en charge par la personne à l’origine de la demande. Rafael Melinon le constate dans le cadre de la collaboration avec WES, mais aussi d’un partenariat avec Campus France concernant la délivrance des visas de circulation. Dans ce cas de figure, le candidat règle des frais de dossier de 30 euros par document pour accélérer les démarches administratives menées auprès de son ambassade.