Vie des campus

Enseignement supérieur : diversité ou monopole ? Du principe à la réalité


Lors de l’édition de Think Éducation et Recherche 2026, un webinaire en partenariat avec la Fédération nationale de l’enseignement privé (Fnep) a été organisé sur le thème de la diversité de l’offre en matière de formations. Patrick Roux, le Président, Antoine Prodo, Président des 3E (Entreprises Éducatives pour l’Emploi), et Olivier Faron, Responsable du pôle Compétences, Formation, Jeunesse au Medef ont échangé sur l’offre proposée en France, entre filières académiques et professionnalisantes, et les attentes aussi bien des usagers que du régulateur.

La France est riche de sa diversité et les acteurs convergent tous pour demander une plus grande transparence en matière réglementaire et une meilleure lisibilité juridique. Tout en rappelant l’exigence de qualité de l’offre et un engagement fort de tous les acteurs pour la réussite des jeunes.

Vie active

Créée en 1843, la FNEP représente l’intégralité de l’enseignement indépendant, soit 3 000 sociétés et associations et 4 500 établissements, de la maternelle aux écoles d’ingénieurs. « 10 % sont orientés vers un enseignement académique, le reste étant professionnalisant et se présentant en complément du public pour les familles qui souhaitent voir leurs enfants entrer rapidement dans la vie active  », introduit Patrick Roux.

Côté 3E, qui vient de fêter ses six ans, l’association rassemble plusieurs groupes indépendants qui accueillent 400 000 étudiants. « L’enseignement supérieur a l’obligation de former des cerveaux, voire des chercheurs, et des jeunes pour le marché de l’emploi. Notre mission est de préparer de futurs diplômés à côté de l’enseignement académique, en s’appuyant notamment sur nos titres RNCP, fondés exclusivement sur les besoins des entreprises. Avec une obligation : celle de la qualité pédagogique », indique de son côté Antoine Prodo.

Formation des jeunes

Sur le sujet de la diversité de l’offre, Olivier Faron précise : « La question fondamentale est celle de l’emploi et de l’employabilité. Comment faciliter les chemins de réussite ? Il doit y avoir une offre de bon niveau répondant aux besoins des entreprises. En France, il demeure important de favoriser une certaine variété, c’est une richesse pour les familles, sachant que la formation est également un enjeu de souveraineté et représente un investissement pour la nation, comme l’est l’innovation. Ce thème est d’autant plus actuel que les organisations auront de plus en plus besoin de compétences dans les années à venir. »

Premier point important lorsque l’on évoque l’offre de formation professionnalisante : celui de l’apprentissage, pénalisé par une réglementation instable. « Les bénéfices sont pourtant énormes pour les familles, les entreprises et même l’État. Une dernière étude démontrait d’ailleurs qu’un euro investi dans l’apprentissage rapporte 10 % de plus, en taxes, en consommations, en dépenses, etc. Par ailleurs, les programmes sont validés par des titres ou diplômes : ce qui garantit la pertinence des dispositifs. À la FNEP, nous sommes parfaitement conscients de la nécessité d’être aux meilleurs standards. »

Cadre réglementaire

Avec l’émergence de l’apprentissage ces dernières années, nous sommes sans aucun doute revenus sur la croyance forte d’un parcours unique d’acquisition des connaissances. Et c’est une bonne chose selon les intervenants. « Cela évolue et l’on s’aperçoit que la diversité n’est pas une option mais une nécessité économique et sociale. Nous avons la chance d’avoir une grande variété de statuts, de projets pédagogiques, de modèles économiques. Tout cela donne une grande force au système éducatif français, y compris pour le monde académique traditionnel qui a grandement évolué, si l’on observe par exemple le cas de Saclay. Le secteur privé, respectant les gages de qualité, est capable d’une grande réactivité face aux transformations. Le secteur lucratif a en plus une forte capacité de réinvestir ses bénéfices et de mobiliser des ressources dès lors que le cadre réglementaire nous assure que les investissements soient faits au profit de l’étudiant. Attention donc à ne pas réguler et complexifier la lisibilité du système », commente Antoine Prodo dans la perspective des textes de loi à venir pour réguler l’enseignement supérieur privé.

« On parle de labels, de grades, de visa, de RNCP auxquels s’ajoutent des certifications professionnelles ou réglementaires. De multiples sigles existent et au fond personne n’est plus vraiment sûr de ce à quoi cela correspond ».

Face à ce défi de la transparence, il est nécessaire de communiquer des informations claires et simples. « En ce qui concerne l’apprentissage, des contre-vérités ont été assénées. Un étudiant en apprentissage coûte moins cher qu’un de ses camarades en filière classique. Par ailleurs, ce sont les entreprises qui financent majoritairement ce dispositif, dont les bénéfices sont évidents. Ce modèle devrait d’ailleurs être piloté par les partenaires sociaux, dont le fil rouge sera toujours la qualité et la capacité d’innovation », complète Olivier Faron.

Évaluation de la qualité

La qualité est donc au cœur de toutes les discussions lorsque l’on évoque le système éducatif. À la FNEP, on rappelle qu’il est fondamental de s’entendre sur l’évaluation de celle-ci. « Est-ce l’insertion professionnelle ? La réussite aux examens ? La sélection à l’entrée ? Selon nous, l’employabilité doit être le critère fondamental », déclare Patrick Roux. Un constat partagé au sein de l’association 3E qui reconnaît tout de même que, dans l’enseignement à vocation professionnelle, l’évaluation reste un vrai défi.

C’est le cœur du sujet, conforte Olivier Faron, si la lutte contre la fraude est fondamentale, la question primordiale à se poser est de mesurer finement la plus-value d’une formation. « Tout le monde s’accorde pour dire que les compétences ont une durée de vie courte. Donc, nous devons apporter aux jeunes la capacité à rebondir et l’acquisition de soft skills pour s’intégrer dans un monde professionnel. Enfin, en ce qui concerne le parcours de formation, le sujet de la montée en compétences est fondamental. Les entreprises ont un rôle à jouer : selon notre baromètre de la formation que nous publions, nous devons sans doute les associer un peu plus à toutes ces discussions  ».