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L’entrepreneuriat deep tech, une tentation pour les jeunes chercheurs ?

Par Marine Dessaux | le | Doctorat

Ils veulent avoir un impact sur la société ! C’est en tout cas la principale motivation (57 %) des jeunes chercheurs qui sont 44 % à envisager de devenir entrepreneurs, selon une enquête Bpifrance et PhDTalent.

© École polytechnique - J.Barande
© École polytechnique - J.Barande

Pourquoi la majorité des jeunes chercheurs ne pense pas à l’entrepreneuriat ? Parce qu’ils estiment que les incitations de leur environnement universitaire sont « encore faibles », et que leur connaissance de l’écosystème d’innovation est « encore limitée ».

Des actions directes « pour stimuler davantage les candidats »

Bpifrance a donc présenté un certain nombre d’actions mi-mai : « 'mieux cibler notre communication sur le concours i-PhD pour stimuler davantage les candidatures (rencontres sur le terrain, vidéos, portraits…), accompagner les lauréats, élargir le nombre de candidats potentiels en permettant à des doctorants pas encore financés de postuler à ce concours, favoriser l’intégration d’entrepreneurs en résidence sur les campus… ou encore créer des outils pour faciliter la compréhension et la lisibilité de l’écosystème deep tech », indique Pascale Ribon, directrice deep tech de Bpifrance.

Embarquer les écoles doctorales

Mais pour elle, tout cela doit se faire en coordination avec les acteurs de l’innovation sur le terrain. Un des enjeux est aussi d’« impliquer les directeurs de thèse en leur fournissant des informations sur la manière de valoriser les travaux de recherches des doctorants et postdoctorants via la création de start-up. Et il faudra également embarquer les écoles doctorales, car l’étude révèle que les jeunes chercheurs ne sont pas encore immergés au quotidien dans l’écosystème d’innovation ».

Améliorer la lisibilité et l’accès aux outils existants

Pascale Ribon revient plus spécifiquement sur un des enseignements de l'étude : le fait que les jeunes chercheurs « connaissent encore mal les dispositifs existants d’accompagnement à l’aventure entrepreneuriale dans lesquels ont investi différents acteurs, comme les universités ou bien encore le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, avec le dispositif Pepite ».

Directeur de thèse : ni un frein ni un allié

Il y a donc un « vrai travail collectif à faire pour rendre ces dispositifs plus lisibles, et que cet écosystème deep tech leur soit moins opaque, notamment en mobilisant les directeurs de thèse. En effet, l’étude montre que pour ces jeunes chercheurs, leur directeur de thèse n’est certes pas un frein, mais pas non plus un allié vers l’aventure entrepreneuriale ».

Des doctorants « un peu perdus »

Pour Florian Andrianiazy, cofondateur de PhDTalent, les doctorants et postdoctorants sont « effectivement un peu perdus et ont du mal à se retrouver dans cet écosystème, même s’ils sont intéressés par le sujet, avec 44 % d’entre eux qui considèrent que la création d’une start-up est une option pour la poursuite de leur carrière : c’est énorme. La formation constitue donc un levier à actionner pour qu’ils passent à l’action. Car l’étude révèle aussi que ceux qui sont déjà formés sont 20 % de plus à avoir envie de créer leur start-up ».

Des modules d’informations générales mais aussi des hackathons, des programmes de mentoring

Enfin, selon lui, il faut aussi faire en sorte que les formations à l’entrepreneuriat soient le plus largement diffusées. « On peut imaginer de construire des modules d’informations générales disponibles en open access, mais aussi des déclinaisons au niveau des acteurs locaux : hackathons sur les campus universitaires, programmes de mentoring de jeunes chercheurs déjà engagés dans une démarche entrepreneuriale par des chercheurs-entrepreneurs, etc. ».

Sciences dures, sciences humaines et sociales

Florian Andrianiazy souligne aussi un point intéressant :

« alors que cette étude a été pensée pour des jeunes chercheurs en sciences dites “dures” (mathématiques, physiques, biologie, informatique…), 25 % des répondants sont issus des SHS.

Même si ces derniers ne s’imaginent pas comme les porteurs de technologies développées par la start-up, ils s’imaginent à des postes sur des fonctions support dans des start-up où ils peuvent apporter un éclairage sur les usages et les aspects sociologiques. »

Ce que révèle également l’enquête

  • La valorisation des travaux de recherche est une mission clairement assimilée (à 68 %) par les jeunes chercheurs.
  • En parallèle, la démarche entrepreneuriale n’est pas perçue comme bloquante (20 %) par le monde de la recherche.
  • Pour autant, 20 % seulement des répondants se sentent encouragés par leur environnement de recherche (directeur de thèse, laboratoire, université) à valoriser leurs travaux de recherche et/ou créer une start-up.
  • Néanmoins, s’ils se lançaient dans une démarche entrepreneuriale, seuls 30 % attendraient un appui de cet environnement de recherche. Le monde académique n’est donc ni perçu comme un frein ni comme un allié potentiel.

Une méconnaissance des écosystèmes d’innovation

Même si les répondants considèrent qu’il est plutôt facile de se faire accompagner pour devenir entrepreneur en France, 66 % d’entre eux ne peuvent pas spontanément citer des structures ou dispositifs pouvant les accompagner.

L’enquête révèle également une méconnaissance des « role-models » chez les jeunes doctorants : 70 % des personnes interrogées ne connaissent pas le mot « deep tech » et n’ont pas pu citer un exemple de chercheur-entrepreneur.

Parallèlement, les aspects financiers à la création d’entreprise sont source de préoccupation. Outre le risque personnel, les jeunes chercheurs interrogés estiment qu’il est complexe de financer sa start-up en France, notamment car l’écosystème de financement semble trop pluriel.

Une diffusion des formations limitée

74 % d’entre eux ne connaissent pas les principaux dispositifs de financement.

Enfin, les formations sont perçues comme un levier tangible pour répondre à cette méconnaissance, mais sont encore peu suivies.

« Le fait de suivre une formation augmente considérablement la compréhension des mécanismes de l’écosystème (de +30 à +60 %) et d’environ 20 % l’appétence à l’entrepreneuriat ». Pour autant 69 % des jeunes docteurs n’ont jamais participé à une formation à l’entrepreneuriat.

Les recommandations de Bpifrance et PhDTalent

Enquête « Jeunes chercheurs et entrepreneuriat deep tech » menée par Bpifrance et PhDTalent auprès de 1 700 chercheurs.

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