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Titulaires d’un doctorat : et si vous deveniez énarque ?

Par Marine Dessaux | le | Doctorat

Envie de mobiliser vos compétences de chercheur dans les domaines administratif et politique ?
Depuis 2019, l’ÉNA (École nationale d’administration) a ouvert un concours externe réservé aux titulaires d’un doctorat.

A quoi ressemble ce concours ? L’un de ses lauréats, Benjamin Montaignac, répond à Campus Matin.

ENA, Paris
ENA, Paris

Après 3 places pour la spécialité « sciences de la matière et de l’ingénieur » en 2019, 3 à 5 places sont ouvertes en 2020 pour la spécialité « sciences humaines et sociales », s’ajoutant aux places offertes aux trois autres concours de l’ENA (externe, interne et 3e concours).

Benjamin Montaignac est l’un des trois premiers lauréats de ce concours.

Pour Campus Matin, cinq mois après avoir intégré l’école, il revient sur le concours, sa préparation, ses difficultés et raconte ses premiers mois en tant que fonctionnaire stagiaire au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

Pourquoi l’ENA ?

Benjamin Montaignac
Benjamin Montaignac

Je suis docteur-ingénieur et agrégé de chimie. De 2011 à 2019, j’ai été enseignant-chercheur à l’Université d’Aix Marseille. Je faisais alors de la recherche mais j’ai vite eu d’autre tâches : des responsabilités administratives et du management, ce qui m’a beaucoup plu. J’ai par exemple pu accompagner la transformation des formations de mon département vers l’alternance.

Cette expérience administrative m’a donné envie de changer d’univers et d’intégrer l’administration au niveau de l’État. L’ENA étant l’école phare pour y parvenir, pour moi, passer son concours d’entrée a été une évidence.

Comment vous êtes-vous préparé ?

J’avais commencé à préparer le concours interne qui est très exigeant et qui est difficile à réussir quand on n’est pas issu de l’administration d’un ministère et que l’on continue à travailler en le préparant. La préparation du concours spécial docteurs est moins difficile à réaliser. J’ai donc capitalisé sur ce que j’avais vu durant ma formation par correspondance avec l’IGPDE (Institut de la gestion publique et du développement économique) pour me concentrer sur ce nouveau concours. L’unique épreuve écrite de ce concours, la rédaction d’une note, ressemble à celle du concours interne.

Moins de révisions formelles mais une sélectivité plus grande

La particularité de ce concours, c’est qu’il y a moins de révisions formelles mais une sélectivité plus grande avec 200 candidats pour 3 places en 2019. Je me suis particulièrement penché sur le travail de rédaction d’une note administrative de qualité. L’ENA n’attend pas du candidat d’être un grand spécialiste sur chacun des sujets abordés mais de savoir hiérarchiser, écarter certaines propositions, soulever les points de vigilance. Il vaut mieux se concentrer sur la structuration d’un plan dynamique, être capable de faire des propositions opérationnelles et avoir un bon esprit de synthèse.

Les épreuves

• Épreuve d’admissibilité

Une épreuve de rédaction de note d’analyse et de propositions à partir d’un dossier de 25 pages maximum.

5 heures, coefficient 6.

Épreuve d’admission

Entretien à partir du dossier du candidat présentant son expérience professionnelle et ses travaux de recherche.

Objectif : apprécier aptitudes, motivations, parcours et réalisations.

Une heure dont 10 minutes d’exposé, coefficient 4.

• Épreuve orale en anglais

Lecture d’un extrait et commentaire d’un texte de 600 mots sur l’actualité européenne et internationale suivis d’une conversation avec le jury.

30 min précédées d’une préparation de 15 min, coefficient 2.

ENA, Strasbourg
ENA, Strasbourg - © ENA

Qu’est-ce qui a été le plus dur ?

Se mettre dans les conditions de l'épreuve et planifier la gestion du temps. Les sujets ne sont pas trop denses (25 pages de dossier maximum) mais il faut bien se concentrer et répartir son temps.

Une autre difficulté a été de me remettre à la rédaction manuelle d’une copie alors que je n’en avais plus l’habitude.

Quand je rédigeais dans le cadre de mes recherches ou de mes fonctions administratives à l’université, c’était toujours sur ordinateur.

Comment s’est déroulé l’entretien ?

Des questions pointues sur mes travaux de recherche

L’entretien, qui dure une heure, s’est bien passé. Le jury a été bienveillant comme il l’avait annoncé dans le courrier envoyé après les résultats d’admissibilité. Il a apprécié le fait que j’ai déjà managé des équipes et que je sois familier à l’univers administratif d’une structure : c’était incontestablement un plus. Mais la présidente du jury, Isabel Marey-Semper, étant elle-même une scientifique, m’a posé des questions pointues sur mes travaux de recherche en chimie, ce à quoi je m’attendais le moins.  

On m’a également demandé quel était le lien entre les missions des énarques et la recherche. D’après mon expérience, c’est notre capacité de synthèse, d’analyse. Résoudre un problème c’est ce que fait un chercheur : il soulève une problématique, rencontre des difficultés et il doit trouver une solution. Quand on me donne une note à faire sur un sujet, j’utilise une démarche scientifique pour la rédiger et apporter la solution que le commanditaire attend.

Comment se passe cette première année ?

Sur 21 mois et demi de formation, la première année est dédiée à la réalisation de trois stages : un stage international qui peut se faire en administration centrale au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ou encore en ambassade, un stage territoire et un stage en entreprise. Mon année a commencé en janvier dernier à Strasbourg avec trois semaines de cours où l’on nous prépare aux stages, ainsi qu’entre autres à la gestion de crise. C’est très court : dès fin janvier, on est envoyé en stage et on ne retourne à Strasbourg qu’un an après, pour les enseignements et les épreuves de classement.

De nombreux sujets sont politiques

Je suis actuellement en stage au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Mon travail porte sur des sujets techniques autour de la question de l’influence. Être au cœur d’une telle structure permet de découvrir le fonctionnement de l’administration et, plus largement, du fonctionnement de l’État car de nombreux sujets sont politiques, interministériels et en lien avec les postes diplomatiques.

Avec le contexte de crise sanitaire, j’ai été placé en télétravail dès la mi-mars.

Cet aspect est moins enrichissant mais d’autres missions, inédites, se sont révélées très intéressantes : j’ai été mobilisé au sein de la Cellule interministérielle de crise. J’ai entre autres travaillé sur les problématiques actuelles liées à la fermeture des frontières : il fallait suivre les dérogations pour les travailleurs étrangers qui voulaient venir en France, s’occuper du retour des français bloqués dans un autre pays, etc.

Enfin à partir du 25 mai, je vais commencer mon stage territoire au Haut-Commissariat de la République en Polynésie française. Ce stage va également être formateur dans le contexte de crise sanitaire et notamment dans la mise en œuvre de la sortie de crise.

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