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De directeur d’école à consultant, il n’y a qu’un pas !

Par Laura Makary | le | Personnels et statuts

Après une vie de dirigeant dans l’enseignement supérieur, plusieurs portes peuvent s’ouvrir. Celle du consulting est l’une d’entre elles, au service des établissements. Laurent Carraro et Paul Jacquet se sont lancés dans l’aventure. Ils témoignent.

De directeur d’école à consultant, il n’y a qu’un pas !
De directeur d’école à consultant, il n’y a qu’un pas !

Faire profiter d’autres de sa propre expérience, accompagner des transitions, conseiller sur des sujets techniques ou humains, souvent complexes. Le consultant est devenu précieux dans le monde de l’entreprise. La preuve, selon les chiffres de Syntec Conseil, le marché pèse plus de sept milliards d’euros et ne cesse de croître.

Évidemment, l’enseignement supérieur ne fait pas exception à la règle. Entre fusions, structurations, projets territoriaux ou internationaux, les dirigeants ont souvent besoin d’aide afin de s’assurer de mener à bien leurs (nombreux) différents dossiers.

L’assistance d’un consultant devient alors précieuse. En particulier lorsque celui-ci a lui-même vécu et surmonté les mêmes problématiques dans une vie précédente.

Valoriser son expérience

Laurent Carraro a lancé sa propre structure de consulting, Ypatia
Laurent Carraro a lancé sa propre structure de consulting, Ypatia - © D.R.

C’est un argument clef pour les anciens dirigeants devenus consultants, afin de convaincre. « Au départ, j’ai eu des sollicitations précises, liées à mes expériences. Par exemple, une école m’a demandé des conseils sur la question de la valorisation, sachant que j’avais vécu moi-même le passage d’une structure associative de valorisation à une filiale de droit privé d’un établissement public. Dans ce métier de consultant, je valorise mon expérience à la fois de dirigeant et d’enseignant-chercheur. Sur le terrain, les enseignants me reconnaissent comme quelqu’un qui les comprend. Forcément, tout cela est précieux dans mes missions », estime Laurent Carraro, consultant depuis 2017, et ancien directeur d’Arts et Metiers (l’Ensam) et de Mines Saint-Etienne.

Autre exemple d’intervention : la participation à l’intégration d’une école privée à une université, où il a fallu aider des publics qui ne se connaissaient pas à travailler et dialoguer ensemble.

Un changement de posture parfois délicat

La transition entre la posture de dirigeant et de consultant n’est néanmoins pas toujours évidente. « Au départ, c’est délicat, il faut se mettre en tête que l’on est là pour écouter, comprendre, aider, c’est une attitude très différente de celle d’un dirigeant ! Mais j’étais convaincu de l’utilité des consultants, j’avais moi-même fait appel à des cabinets en étant en poste, ces échanges permettent de prendre du recul, de la hauteur, sortir le nez du guidon, ce qui arrive souvent à la tête d’un établissement », confirme Paul Jacquet, précédemment président de Grenoble INP et de la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (Cdefi).

Parmi ses missions aujourd’hui : l’élaboration d’un projet stratégique avec un établissement, ou encore la facilitation des relations avec une école privée et un ministère, dans le cadre de créations de masters.

Seul ou entre associés

Paul Jacquet a également été directeur de laboratoire et vice-président du conseil scientifique de l’INP
Paul Jacquet a également été directeur de laboratoire et vice-président du conseil scientifique de l’INP - © D.R.

Si Laurent Carraro travaille aujourd’hui seul, sélectionnant ses projets individuellement, Paul Jacquet a fait le choix de l’association. Sa structure, Ither Consult (une SAS) regroupe d’ailleurs des personnalités aux CV convaincants : Gérard Noyel, ex-directeur de Télécom Saint-Etienne, Michel Mudry, précédemment président de l’Université d’Orléans et ancien délégué général de la Cdefi, ou encore François Resch, passé par la présidence de l’Université de Toulon.

« Chacun a sa propre spécialité dans l’équipe, cela nous permet de couvrir davantage de thématiques et de territoires géographiques. En général, nous travaillons à deux sur un dossier. Nous sommes quatre associés fondateurs à parts égales, un point essentiel à nos yeux », explique le consultant, satisfait de ce mode de fonctionnement.

« Il m’est arrivé de refuser des missions »

Pour Laurent Carraro, la question est principalement de garder une activité, de partager ses expériences, sur quelques dossiers, choisis avec soin. Car il n’est pas question de se sur-charger et de proposer une prestation qui ne soit pas à la hauteur des attentes des écoles clientes.

Avoir en tête la stratégie, mais aussi l’implication des acteurs

Paul Jacquet vise « quatre à six affaires par an ». Laurent Carraro acquiesce. Il peut mener deux à trois dossiers en parallèle, mais guère plus : « Il m’est arrivé de refuser des missions, par exemple si je vois que je n’ai pas le temps. La façon dont j’opère est particulière et les dirigeants le savent. J’aime les réflexions stratégiques, mais à condition que ce soit au plus près du terrain. J’essaie toujours d’avoir en tête la stratégie, mais aussi l’implication des acteurs ».

« Permettre au système de l’enseignement supérieur de progresser »

Exemple parfait : une intervention sur un campus secondaire d’un établissement fraîchement fusionné. « La question se posait : qu’allait-il en advenir ? Nous avons donc travaillé sur ce sujet, pour que les personnels se disent que cela pouvait devenir une opportunité. Je les ai accompagnés pour déployer cette vision, sur de la formation et des activités scientifiques. Pour cela, il faut bien entendu que les gens soient parties prenantes du projet. Cela me motive beaucoup, j’ai l’impression de permettre au système de l’enseignement supérieur, par endroit de progresser », raconte l’ancien dirigeant.

Il confie garder « la même posture » face à ses clients que lorsqu’il était à la tête d’une école d’ingénieurs : « Je ne triche pas, j’utilise mon passé et mon point de vue pour entrer dans la discussion et y participer, avec toujours en tête l’objectif in fine de mieux former nos jeunes ».

Passer le flambeau ?

Quid de l’avenir ? Les associés d’Ither Consult visent à poursuivre leur activité le plus longtemps possible, en s’investissant dans des activités qui font sens avec leur parcours.

« Nous ne le faisons pas pour gagner nos vies. L’objectif est de passer d’une période extrêmement investie dans nos activités respectives à une nouvelle période, où l’on souhaite lever le pied, tout en restant au contact du secteur et en se sentant utile », glisse Paul Jacquet.

De son côté, Laurent Carraro garde un oeil sur l’avenir : « À court terme, je ne pense pas embaucher, mais c’est quelque chose qui me trotte dans la tête, avec l’idée de transmettre un jour la société, qui ne porte pas mon nom de façon délibérée ». Il a d’ailleurs nommé sa structure Ypatia, un clin d’oeil à Hypatie d’Alexandrie, femme de sciences et de philosophie au début du premier millénaire. Qui a dédié sa vie à la connaissance et aux autres.

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