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Vacataires dans l'enseignement supérieur: beaucoup de débrouille et d'auto-formation !

Par Marine Dessaux | Le | Personnels et statuts

Dans l’enseignement scolaire, la pénurie d’enseignants titulaires à la rentrée et le recrutement de contractuels pour venir à la rescousse a mis en lumière l’enjeu de la formation de ces derniers à l’enseignement. Qu’en est-il dans le supérieur pour les vacataires qui interviennent devant les étudiants ? Les expériences varient grandement et la formation, si elle est souvent proposée, est rarement obligatoire.

L’enseignement supérieur public français compte près de 130 000 enseignants vacataires. - © France Universités-Université Bretagne Sud
L’enseignement supérieur public français compte près de 130 000 enseignants vacataires. - © France Universités-Université Bretagne Sud

La pénurie d’enseignants au sein de l'éducation nationale a mené de nombreux médias à se pencher sur la question du recrutement et de la formation des contractuels appelés à la rescousse et recrutés suite à de brefs entretiens et de courtes formations.  

Dans l’enseignement supérieur public français, 130 000 enseignants vacataires sont mobilisés, pour 62 000 titulaires (chiffres de 2018-2019). Ils sont également nombreux dans les établissements privés, choisis pour leur expérience professionnelle dans certaines matières, mais aussi recrutés pour assurer des remplacements ou temps partiels. Mais comment sont-ils formés ? 

Des vacataires parfois sans formation à l’enseignement

Ces vacataires représentent une partie non négligeable des enseignants qui font face aux étudiants chaque année. Recrutés pour une durée déterminée, certains n’ont jamais reçu de formation à l’enseignement.

Céline Hivart est vacataire dans trois écoles supérieures. - ©  D.R.
Céline Hivart est vacataire dans trois écoles supérieures. - ©  D.R.

C’est le cas de Céline Hivart, qui a enseigné en tant que vacataire dans plusieurs écoles supérieures. Ingénieure en productique et spécialisée dans l’informatique, l’ancienne employée de Thalès est recrutée en 2016 via Pôle emploi pour donner ses premiers cours.

« On m’a proposé des cours pendant deux ans au sein d’IMIE, une école du numérique en restructuration à Angers qui a fini par être rachetée. On m’a fourni des supports de cours que je me suis appropriés, mais à part cela, je n’ai pas eu de formation. Il a fallu que je me jette dans le grand bain et apprenne à enseigner face à 20 paires d’yeux », se remémore-t-elle.

Devoir se jeter dans le grand bain, c’est également l’expérience des enseignants vacataires dans l’enseignement public. « Nous ne pouvons pas prévoir de temps d’accueil spécifique, car ils arrivent et interviennent à des moments très différents, tout au long de l’année », informe Reine Paris, directrice de la communication à l'Université Rennes 2.

S’autoformer

Pour cette rentrée universitaire, Céline Hivart a été contactée par plusieurs écoles et intègre l’une d’entre elles grâce à la recommandation d’une collègue.

« J’ai été approchée via LinkedIn pour donner des cours de développement informatique et de code en Java et Python à l'école d’ingénieurs Eseo. Je suis également enseignante à l'école multimédia My digital school en algorithmie et au Conservatoire national des arts et métiers en démarche projet et construction de site via Wordpress », rapporte-t-elle.

Un large champ de spécialités qui ne figuraient pas toutes sur le CV de la vacataire et pour lesquels elle a dû se former. « Je suis très à l’aise sur Java, mais pour Python, il a fallu que je m’autoforme », explique-t-elle. Et cela en grande partie grâce à internet, notamment via des Moocs, mais aussi en entrant en contact avec ses collègues sur d’autres campus qui enseignent les mêmes matières. 

Vacataire : un statut précaire mais de la liberté

« Je dois cumuler les heures dans trois écoles pour me dégager un salaire », explique Céline Hivart. Pas simple de remplir son emploi du temps quand on doit travailler avec des employeurs différents.

Les modes de paiement aussi diffèrent : en enseignant en BTS, Céline Hivart avait le statut de contractuelle et un salaire garanti sur l’année. Dans les écoles, elle est payée au statut d’autoentrepreneur et à l’heure de présence. Or, « il faut compter du temps pour travailler chez soi », explique-t-elle.

En outre, les rémunérations « varient grandement d’une école à l’autre ». La stabilité n’est pas non plus au programme : « Pour le premier semestre, mon emploi du temps est bien chargé, mais j’espère trouver plus d’heures pour le deuxième ». Néanmoins, la vacataire garde ce statut  par choix : « Il m’apporte une certaine liberté : je peux  ne pas travailler les mercredis pour m’occuper de ma fille. »

Beaucoup de débrouille…

Un vacataire qui veut se former doit aller à la pêche aux informations sur les dispositifs existants. À l’université, « ce sont les directeurs d’unités de formation qui recrutent les vacataires et leur partagent les informations », dit Thomas Livingston, ingénieur pédagogique à l'Université de Bordeaux.

D’autres canaux existent pour faire connaître les possibilités offertes par les missions d’appui à la pédagogie et à l’innovation : « On communique assez largement sur notre existence via la newsletter de l’université et une newsletter pédagogique envoyée tous les mois », partage Thomas Livingston.

De fait, la formation à l’enseignement est plutôt pensée pour être suivie au long cours.

…mais des attendus fixés

De leur établissement, les vacataires reçoivent en revanche les attendus. « À l’Eseo, on me donne la chronologie des cours, qui m’indique par où commencer, quelles notions aborder à quel moment », expose Céline Hivart. À l’Université de Bordeaux, les enseignants reçoivent également un plan de formation.

Véronique Brajeux-Ferrouillat est responsable du master « Négociation et Management des Affaires » à l’EMLV - ©  D.R.
Véronique Brajeux-Ferrouillat est responsable du master « Négociation et Management des Affaires » à l’EMLV - ©  D.R.

À l’École de management Léonard de Vinci (EMLV), Véronique Brajeux-Ferrouillat, responsable de master, forme les vacataires sur les attendus de l'école, les informe du contrat moral avec les élèves (absence, émergement, etc.) et propose une session sur les outils numériques de 15 minutes ou une heure, afin de maîtriser à minima le LMS* interne.

En bonus, « je fais en sorte d'être présente pour le début du premier cours des enseignants vacataires. Pour l’avoir vécu, ce n’est pas agréable d’arriver totalement seul », détaille-t-elle.

Des dispositifs à solliciter

Des ingénieurs pédagogiques mobilisés

Dans les établissements publics, la formation à l’enseignement est obligatoire pour les maîtres de conférences nouvellement recrutés , mais, pour les autres, les formations sont disponibles sur demande.

À l’Université de Bordeaux, Thomas Livingston accompagne tous les enseignants, quel que soit leur statut. Les vacataires peuvent donc participer à des ateliers ou demander un accompagnement individuel pour des projets spécifiques. Les thématiques abordées sont diverses : internationaliser son enseignement, la posture de l’enseignant, gérer sa voix, etc.

C’est également le cas à l’EMLV : « Les ingénieurs pédagogiques sont présents pour répondre aux sollicitations des enseignants par téléphone ou en visioconférence. Ils peuvent également se rendre sur site en cas de besoin », énumère Véronique Brajeux-Ferrouillat.

Le compagnonnage

En 2021, l'Université de Bordeaux a mis en place un dispositif de compagnonnage. Ce dernier prévoit la mobilisation d’enseignants « experts » (rémunérés via des heures complémentaires) pour la formation ou l’accompagnement de leurs collègues sur des thématiques en lien avec la pédagogie.

Ce dispositif expérimental est reconduit cette année. « D’après, les retours que nous avons, si les enseignants vacataires ne sont pas la cible particulière de ce dispositif, plusieurs d’entre eux ont pu en bénéficier », souligne Thomas Livingston.

Des formations en ligne

Enfin, de nombreuses formations numériques sont mises à disposition des vacataires. « Depuis 2020, le distanciel est assez apprécié », constate Thomas Livingston.

Des formats qui continuent à être développés, notamment dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt Compétences et métiers d’avenir, avec le projet lauréat Digital FCU. Porté par France université numérique (FUN) et rassemblant plusieurs universités partenaires, dont l’Université de Bordeaux, ce projet prévoit pour une période de cinq ans la conception de formations à distance et la formation de personnels d’accompagnement à la pédagogie.

La Confédération des jeunes chercheurs suggère la suppression du statut de vacataire

Dans sa synthèse intitulée « la LPR : un an après », publiée en mars 2022, la Confédération des jeunes chercheurs (CJC) exprimait son souhait de voir disparaître le statut de vacataire. « La CJC réaffirme son souhait quant à la suppression de ce statut et l’obtention d’un recours obligatoire à des contrats d’enseignement, permettant notamment une protection sociale », disait-elle dans News Tank (abonnés).

*Environnement digital.

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