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MCF stagiaires : qu’apprennent-ils dans la nouvelle formation obligatoire d’un an ?

Par Catherine Piraud-rouet | le | Personnels et statuts

Depuis février 2018, les universités sont tenues d’assurer la formation de leurs maîtres de conférences nouvellement embauchés, durant toute la durée de leur année de stage. Au-delà du cadre national, les modalités de mise en œuvre sont laissées au choix des établissements. Découverte des contenus concrets de ces 32 heures d’approfondissement des pratiques pédagogiques.

Les MCF stagiaires bénéficient de 32 heures de décharge d’enseignement durant leur première année. - © Conférence des présidents d’université - Université de Lorraine
Les MCF stagiaires bénéficient de 32 heures de décharge d’enseignement durant leur première année. - © Conférence des présidents d’université - Université de Lorraine

Le décret du 9 mai 2017 et l’arrêté 8 février 2018 ont rendu obligatoire pour les universités la formation des maîtres de conférence (MCF) pendant leur année de stage, ainsi que l’approfondissement des compétences pédagogiques nécessaires à l’exercice du métier.

Pour ce faire, ces enseignants juniors, souvent tout droit sortis de leur doctorat, bénéficient de 32 heures de décharge d’enseignement sur la première année (auxquelles peuvent s’ajouter 32 heures de décharge supplémentaire sur les cinq années suivant leur titularisation).

La formation est généralement assurée, de septembre à juin, par les services de soutien à l’innovation pédagogique (Sup), lorsque l’établissement en dispose. Ses modalités de mise en œuvre sont librement définies par l'établissement. Dans le détail, l’offre peut donc différer d’une université à l’autre…

Des profils initiaux très hétérogènes

Marine Briswalter travaille à l’Université de Lorraine. - © D.R.
Marine Briswalter travaille à l’Université de Lorraine. - © D.R.

Le Service universitaire d’ingénierie et d’innovation pédagogique (SU2IP) de l’Université de Lorraine forme une quarantaine de MCF stagiaires par an.

« Au-delà d’une réussite partagée au concours de recrutement, les profils sont très hétérogènes : certains MCF ont déjà énormément enseigné, d’autres très peu ; certains ont appris sur le tas, d’autres ont suivi des formations ad hoc au cours de leur doctorat », évoque Marine Briswalter, responsable de l’axe « Transformation pédagogique » au sein du service et coordinatrice du dispositif.

Lucie Sourzat, MCF en droit public à l’Université de Lille, a bouclé la formation en juin 2020. « Cela faisait sept ans que j’enseignais : à l’université, dans le cadre de ma thèse ou de mon contrat LRU, mais aussi dans l’enseignement primaire et secondaire, témoigne la jeune femme. Pendant mon doctorat, j’avais, par ailleurs, suivi des formations à la pédagogie. Au début, j’étais un peu sceptique quant à l’intérêt réel de ces 32 heures.  »

Séminaire d’accueil et entretien individuel

À Lille, le dispositif de formation commence par un séminaire d’accueil de deux jours. « Il est organisé autour de trois thématiques : le principe de cohérence d’un enseignement avec l’alignement pédagogique ; l’approche par compétences ; l’enseignement à distance et la prise en mains des outils, précise Aurélie Dupré, conseillère pédagogique, cheffe du Service de conseil et d’accompagnement à la pédagogie de l’université lilloise. C’est aussi un moment de convivialité et d’échanges entre pairs. »

Puis, les équipes rencontrent chaque MCF stagiaire dans le cadre d’un entretien individuel (obligatoire dans toutes les universités). Un échange en présence du référent de formation - conseiller ou ingénieur pédagogique - et qui vise à accompagner le nouveau venu dans le choix de son parcours de formation, en tenant compte de son expérience professionnelle et personnelle, de ses appétences et de ses besoins.

Ateliers créatifs, conférences, échanges de pratiques…

Les MCF stagiaires ont à leur disposition un vaste éventail de modules :

  • des ateliers réflexifs, par petits groupes avec d’autres enseignants de l’université, nouveaux ou plus anciens ;
  • des groupes d’échanges de pratiques (stage, motivation des étudiants, pédagogies actives, tutorat, évaluation, etc.) ;
  • des conférences (ludo pédagogie, espaces à l’université) ;
  • des séances d’accompagnement individuel avec le référent ;
  • ou encore la mise en place d’une démarche d’analyse d’enseignement appuyée sur les retours d’étudiants.

Ainsi, à l’Université de Lorraine, le Sup propose des formations en pédagogie, des ateliers de créativité à forte dimension ludique : Lego Serious Play (méthode basée sur les Lego visant à augmenter l’innovation et la cohésion des équipes) ; photolangage (méthode amenant à soulever des représentations, en croisant des images et des mots clés) ; escape game…

D’autres, axés sur les répertoires nationaux de compétences professionnelles, ont pour finalité d’accompagner les porteurs de projets de diplômes ou encore des ateliers sur le thème du stage. S’y ajoutent des temps plus informels et conviviaux, « Les rendez-vous au tas de sable ».

« Au programme, la découverte entre enseignants d’objets pédagogiques un peu décalés, des jeux de société par exemple, pour imaginer ensemble des usages dans les pratiques pédagogiques », explique Marine Briswalter.

Formations à l’outil numérique

D’autres formations touchent à l’outil numérique : prise en main de la plate-forme pédagogique, évaluation sur celle-ci, conception et réalisation d’une formation à distance…

S’y ajoute, partout, la possibilité, pour les MCF éloignés géographiquement, plus à l’aise avec ce format, ou encore en universités ne disposant pas d’un Sup, de réaliser une partie de leurs heures sur le MOOC ministériel « Se former pour enseigner dans le supérieur ». Un outil qui aborde, de manière transversale, toutes les notions en pédagogie et peut constituer un plan B intéressant en cas de reconfinement, comme il l’a déjà fait ce printemps.

« Certains modules sont proposés en hybride, note Aurélie Dupré. Mais la majorité de nos formations se déroulent en présentiel. Cela permet de favoriser les échanges directs, de créer du lien avec collègues, formateurs et référents des services opérationnels, mais aussi de découvrir les espaces d’apprentissage de l’université. »

Accompagnement personnalisé

Pour sa part, Lucie Sourzat a choisi de suivre des ateliers numériques. « J’ai appris à monter un QCM en ligne ou à héberger des vidéos sur Moodle : un apport très bénéfique », apprécie-t-elle. Côté pédagogie, elle a opté pour des accompagnements individualisés. Elle raconte :

Lucie Sourzat est maîtresse de conférences en droit public à l’Université de Lille. - © D.R.
Lucie Sourzat est maîtresse de conférences en droit public à l’Université de Lille. - © D.R.

« Au cours de l’année, j’ai eu l’occasion de mettre en place trois gros projets dans ce cadre, avec mes L3 : une classe inversée, un cours de droit des contrats et des marchés publics, sur la base de véritables contrats de la commande publique et une évaluation des enseignements par les étudiants. Chacun des projets était assorti de trois rendez-vous avec mon conseiller (mise en place, mise en œuvre et bilan). Ces jalons m’ont vraiment aidée à éviter certaines erreurs. Par exemple, sur les contrats, ce dernier m’a fait édulcorer un peu mon projet initial pour qu’il soit plus accessible pour les étudiants. Quant à l’évaluation par les étudiants, elle m’a été précieuse pour évaluer ma progression sur les deux semestres. »

Bilan jugé positif

Tout au long de l’année, les MCF stagiaires travaillent avec un journal de bord, où ils vont partager leur vécu et leurs impressions sur leurs pratiques.

« Au terme des 32 heures, lors de l’entretien final, on revient sur ce document, ainsi que sur le compte-rendu de l’entretien de début d’année, pour voir ce qui a évolué, ce qui s’est structuré, dans leur manière d’envisager les pratiques d’enseignement et d’apprentissage à l’université », souligne Aurélie Dupré.

Puis, le stagiaire rédige un écrit de bilan de son année. La validation de l’année passe au conseil académique restreint et est soumise à l’avis de la composante.

Le dispositif est évalué chaque année. Chaque formation fait l’objet d’un questionnaire de satisfaction. « Nous avons de bons retours, se félicite Marine Briswalter. Les MCF stagiaires sont ravis de pouvoir être formés, de rencontrer leurs pairs aussi. C’est pour eux un réel facteur d’assurance. »

Aurélie Dupré ajoute : « Je pense que ce parcours répond vraiment à un besoin, davantage encore cette année avec les enjeux de l’enseignement à distance.  » Un bilan partagé par Lucie Sourzat : « J’ai particulièrement accroché à la formation à l’innovation pédagogique. De manière générale, ce parcours m’a permis de corriger mes techniques pédagogiques et de m’améliorer. C’est vraiment idéal pour démarrer du bon pied.  »

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