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Ces jeunes pousses ont levé des fonds malgré la crise

Par Laura Makary | le | Edtechs

Depuis le début du confinement, tout n’est pas évident pour les start-up françaises. Selon La Tribune, les levées de fonds ont chuté d’un tiers entre le mois d’avril 2020 et avril 2019.

Malgré tout, certaines entreprises de l’écosystème edtech ou issues de la recherche ont réussi à assurer leur financement. Comment leurs dirigeants ont-ils fait face à la situation et convaincu des investisseurs ? Campus Matin est allé à leur rencontre.

Ces jeunes pousses ont levé des fonds malgré la crise
Ces jeunes pousses ont levé des fonds malgré la crise

Lever des fonds en pleine crise, mission impossible ? Pas pour tout le monde. Malgré la crise sanitaire et économique, quelques jeunes pousses ont réussi à tirer leur épingle du jeu, en particulier dans le milieu de l’e-learning et des edtechs, largement mises en avant durant le confinement par la découverte massive du tout-télétravail et du télé-enseignement. Pour certaines, la situation a même facilité l’opération.

Une levée de fonds facilitée

Aude Guéneau, fondatrice de Plume qui a levé 350 000 euros.
Aude Guéneau, fondatrice de Plume qui a levé 350 000 euros. - DR

C’est le cas par exemple de Plume, start-up edtech proposant une application tournée vers les enfants, leur permettant d’écrire des histoires de façon ludique. Aude Guéneau, sa fondatrice, a levé 350 000 euros auprès d’investisseurs et de business angels, en août 2020.

« Pendant la Covid, nous étions en hypercroissance, avec des KPI (indicateurs clefs de performance) hallucinants et de nouveaux clients importants côté BtoB. Cela prouve que l’on est capable de faire payer notre solution, ce qui est essentiel pour nous. Forcément, lever des fonds dans une telle situation est bien plus facile, car l’utilité des edtechs a été largement démontrée au cours des derniers mois », détaille l’entrepreneure, qui a également obtenu de l’argent de Bpifrance.

Ludovic de Gromard, CEO de Chance qui a annoncé un financement de 5.6 millions
Ludovic de Gromard, CEO de Chance qui a annoncé un financement de 5.6 millions - DR

Ludovic de Gromard, lui aussi, a vu son activité s’emballer depuis l’annonce du confinement. « En période de crise, de plus en plus de personnes sont à la recherche de sens, réfléchissent sur leur vie personnelle et professionnelle. La situation a donc accéléré le process et notre développement : nous avons doublé notre activité entre la première et la seconde partie de mars, puis doublé à nouveau en avril », explique le CEO de Chance, porté par son parcours de coaching digital, dédié à la reconversion professionnelle.

Résultat : le 20 avril, en plein confinement, la start-up annonce un financement de 5,6 millions d’euros, auprès d’un fonds d’investissement et de business angels. Le fondateur était néanmoins déjà en contact avec eux depuis de longs mois.

Projet retardé pour cette spin-off de l’Institut Curie

Si la situation sanitaire a fait les affaires des entreprises dédiées à l’apprentissage ou l’orientation à distance, d’autres jeunes pousses innovantes issues de la recherche ont vu leurs plans quelque peu retardés. Mais heureusement pas toujours annulés.

« Notre levée a pris un peu de retard. Nous avions pris contact avec des fonds dès la fin 2019. Quand la crise est devenue aigüe, nous étions déjà en train d’échanger, mais tout a dû finalement se faire en ligne. Cette déshumanisation du contact ne facilite pas les discussions à bâtons rompus ! Lorsqu’on lève des fonds, il faut que tous soient convaincus que l’on va faire une bonne équipe, à la fois les investisseurs que les fondateurs. Cela a donc retardé les choses de quelques mois », détaille Franck Perez, co-fondateur de Honing Sciences, spin-off de l’Institut Curie, dédiée à l’amélioration des thérapies cellulaires contre les cancers, qui a annoncé en juillet la levée de deux millions d’euros.

Une affaire d’individus

Gilles Chetelat, fondateur de Clind qui a levé deux millions en juin dernier
Gilles Chetelat, fondateur de Clind qui a levé deux millions en juin dernier - DR

Alors, pour se lancer à son tour, comment faire ? La start-upClind a elle aussi levé deux millions, fin juin.

Pour son fondateur, Gilles Chetelat, une levée de fonds, c’est avant tout une histoire d’individus. « Lorsque l’on démarre un projet, l’actif le plus important est l’association de porteurs, qui incarnent la problématique qu’ils souhaitent résoudre, et la qualité des rapports entre associés fondateurs, qui se complètent. Ce sont leurs profils qui vont faire la différence », estime-t-il.

La Covid n’a pas vraiment eu d’impact sur la création de son assistant virtuel visant à faire progresser les apprentissages de ses utilisateurs. « En revanche, de nombreuses personnes nous ont confirmé que notre offre est dans l’air du temps ». Sa solution se lance mi-septembre.

Choisir ses investisseurs

Réussir une levée de fonds, c’est aussi choisir avec attention ses investisseurs, qui feront désormais aussi partie de l’aventure entrepreneuriale. « Il faut identifier les personnes qui vous inspirent sur votre sujet, au-delà de l’investissement purement financier. À partir de là, il faut trouver un moyen, aussi osé soit-il, pour entrer en contact », confirme Ludovid de Gromard, de Chance. Il avait repéré plusieurs noms dans son secteur, dont le conférencier et auteur Robert Dilts

« Il donnait une conférence dans la Silicon Valley, je suis entré au culot dans l’hôtel où celle-ci se tenait, et j’ai attendu entre la salle et les toilettes. Il a fini par sortir, c’est là que je l’ai alpagué, en lui demandant si nous pouvions échanger cinq minutes à la fin de sa journée. La discussion a finalement duré des heures, et il est devenu un membre de notre conseil scientifique et investisseur.

Même chose pour Françoise Gri, ancienne CEO d’IBM France [et aujourd’hui présidente d’Inseec U.]  : j’ai passé trois heures à rédiger une réponse sur un article de son blog, elle est, elle aussi, au board aujourd’hui. Si vous voyez les investisseurs comme des banques, ils vous traiteront comme un dossier parmi d’autres », recommande-t-il.

Parmi son conseil scientifique figurent également l’ancien ministre de l’Éducation nationale Gilles de Robien et le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus. La preuve que l’audace peut aussi payer.

Elles aussi, ont réussi de belles levées, avant la crise

Les jeunes pousses dédiées à l’orientation, l’apprentissage et l’enseignement ont de beaux jours devant elles. Elles sont nombreuses à effectuer de belles levées de fonds, afin de soutenir leur développement et leur déploiement, aussi bien en France qu’à l’international.

• Juste avant le confinement, l’école de code le Wagon a ainsi levé 17 millions d’euros, afin d’accélérer dans le reste du monde.

• Dédié à l’orientation dans l’enseignement supérieur, Humanroads a de son côté récolté 1,5 million d’euros en février, au même moment qu’EvidenceB, qui a obtenu deux millions auprès de fonds pour développer sa solution mêlant intelligence artificielle et apprentissage personnalisé aux élèves du secondaire.

• Autres belles levées, un peu plus anciennes : 50 millions par JobTeaser et 40 pour 360Learning, en 2019.

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