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Edtechs : « Le confinement a fait prendre conscience du retard de la France »

Par Marine Dessaux | le | Edtechs

« Les premiers et grands gagnants du confinement ont d’abord été les fournisseurs d’outils de visioconférence ou de réseaux sociaux, le plus souvent américains ! »  

Rémy Challe, directeur général de l’association Edtech France, a observé de près l'évolution des entreprises françaises spécialistes des technologies pour l'éducation pendant cette période. Si les entreprises ont offert leurs services et si les établissements du supérieur ont effectué une bascule pédagogique, la transformation et l’hybridation des parcours n’a pas encore eu lieu, prévient-il. 

« Aujourd’hui les innovations pédagogiques naissent le plus souvent en entreprise, et non plus à l’école ou à l’université », alerte-t-il dans cet entretien à Campus Matin.

Edtechs : « Le confinement a fait prendre conscience du retard de la France »
Edtechs : « Le confinement a fait prendre conscience du retard de la France »

« 300 façons de vivre le confinement »

Comment les entreprises de la edtech ont-elles vécu le confinement ?

Rémy Challe, DG de l’association Edtech France
Rémy Challe, DG de l’association Edtech France - Seb Lascoux

Il y a aujourd’hui près de 300 entreprises membres d’EdTech France… il y a donc eu près de 300 façons de vivre le confinement ! Selon leur marché (scolaire, enseignement supérieur, formation professionnelle), leur type de clients, leurs produits et services ou encore l’état de leur trésorerie, les entreprises ont traversé cette période avec plus ou moins d’inquiétude.

Pour certaines, il y a pu y avoir un effet plutôt “positif”, avec une augmentation sensible des usages, voire l’arrivée de nouveaux clients ; pour d’autres en revanche, la situation s’est avérée beaucoup plus critique. La rentrée sera donc déterminante pour véritablement évaluer l’impact de la crise sanitaire sur les entreprises de la filière.

Ce qui est en revanche certain, c’est qu’il y aura bien un avant et un après pour la edtech française, car le confinement a fait prendre conscience du retard de la France dans le domaine, et de la nécessité d’investir dans des solutions permettant d’accélérer la transformation des apprentissages, dans le respect de notre système de droits et de valeurs.

Quels ont été les challenges majeurs ? les projets significatifs ?

Le challenge auquel tout le monde s’est trouvé confronté - écoles, universités, entreprises et organismes de formation - a d’abord été celui de la continuité pédagogique : comment continuer à assurer ses missions quand les apprenants sont confinés chez eux, sans possibilité d’accéder aux lieux d’apprentissage et de formation ?

Cet élan solidaire inédit a été couronné d’un extraordinaire succès

C’est pourquoi, dès l’annonce de la fermeture des écoles et universités, la communauté EdTech France s’est mobilisée en lançant en moins de 72 heures une plateforme solidaire recensant toutes les offres gratuites de ressources, outils, applications et plateformes numériques proposées par les entreprises EdTech au service de la continuité pédagogique.

Cet élan solidaire, inédit pour une filière, a été couronné d’un extraordinaire succès : 320 entreprises se sont engagées, des dizaines de milliers de visiteurs ont parcouru le portail, et nous avons ainsi pu faire la démonstration de la richesse et de la diversité de l’offre française en matière de technologies de l’éducation et de la formation.

Les grands gagnants du confinement sont…

Y a-t-il eu une ouverture des marchés publics pour faciliter les relations des entreprises avec leurs clients ? Ou au contraire, y-a-t-il eu des blocages ?

Les entreprises edtechs ont bien bénéficié d’aides de la part de l’État (comme toutes les entreprises), et certains dispositifs ont été mis en place pour favoriser la formation “à la maison” (comme le FNE-Formation pour les salariés en chômage partiel), mais aucune autre disposition n’a encore été prise pour faciliter le recours à des solutions edtech développées par les entreprises françaises, notamment dans l’éducation ou l’enseignement supérieur.

N’oublions pas que les premiers et grands gagnants du confinement ont d’abord été les fournisseurs d’outils de visioconférence ou de réseaux sociaux, le plus souvent américains !

Les blocages qui existaient avant le confinement existent toujours

Les blocages qui existaient avant le confinement existent donc toujours. Cependant, nous avons de bonnes raisons de penser que la edtech fera partie des priorités du plan de relance de l’économie, et que le recours aux solutions françaises sera encouragé et facilité. 

Comment travaillent-elles avec l’enseignement supérieur ?

Peu… ou en tout cas pas assez ! La part du marché de l’enseignement supérieur est en effet à peine supérieure à celle de l’enseignement scolaire, et très loin derrière celle de la formation professionnelle. Cela paraît difficile à croire, mais aujourd’hui les innovations pédagogiques naissent le plus souvent en entreprise, et non plus à l’école ou à l’université. 

C’est bien toute l’ingénierie pédagogique qu’il faut repenser

Jusqu’à maintenant, il y avait une vision très “utilitariste” des dispositifs edtech, envisagés uniquement comme des outils : une application pour trouver son campus, un portail pour faciliter l’intégration des étudiants, un dispositif de classe virtuelle, une application pour interagir avec les étudiants…

On commence seulement à prendre conscience que la transformation doit être bien plus profonde, et que c’est bien toute l’ingénierie pédagogique qu’il faut repenser, si l’on veut véritablement procéder à l’hybridation des formations.

La edtech, ce n’est pas simplement faciliter la vie des élèves ou faire cours à distance : c’est tirer le meilleur parti du numérique pour augmenter l’expérience d’apprentissage, mieux engager les étudiants, rendre les formations plus performantes, développer de nouvelles compétences, favoriser l’inclusion… On doit parler de technologie, mais on doit surtout et avant tout parler de pédagogie. In EdTech, Ed comes before Tech !*

Un webinaire sur le développement des edtechs

EdTech France, en partenariat avec EY Parthenon et la Banque des territoires, s’apprête à révéler les résultats de la première grande enquête menée auprès de 250 entreprises edtechs françaises. Un webinaire avec Rémy Challe et Jérôme Fabry, partner France de EY Parthenon répondra aux questions suivantes :

• Quel est le poids de la filière EdTech en France ?

• Quels sont les segments de marché les plus importants ?

• Quel a été l’impact de la crise Covid-19 sur les entreprises ?

Le 17 juillet, de 11h à 12h. Pour en savoir plus, voir ici.

*Dans EdtTech, Ed (éducation) vient avant Tech (technologie).

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