Vie des campus

Médaille et diplôme, le double objectif des étudiants sportifs de haut niveau !

Par Marine Dessaux | Le | Expérience étudiante

Ils doivent s’entraîner des dizaines d’heures par semaine, partir en compétition parfois des semaines entières, tirer le meilleur parti des saisons… Les sportifs de haut niveau ont un emploi du temps chargé qui laisse peu de place aux études supérieures !

Quelles options s’offrent à ceux qui souhaitent poursuivre cette voie et comment sont-ils accompagnés ? Campus Matin a rencontré Jean-Baptiste Evrot, le référent sportifs de haut niveau pour l’Université Savoie Mont-Blanc. Avec deux étudiants qui bénéficient d’un aménagement spécifique, il témoigne.

L’Université Savoie Mont-Blanc compte près de 400 sportifs de haut niveau chaque année. - ©  Luc Percival - FFH
L’Université Savoie Mont-Blanc compte près de 400 sportifs de haut niveau chaque année. - ©  Luc Percival - FFH

Fanny Puybaraud est rameuse, médaillée de bronze au Championnat d’Europe d’aviron. Elle complète aujourd’hui une formation d’ingénieure à Polytech Annecy-Chambéry. Jules Segers est skieur alpin, en mars dernier il concourrait aux Jeux Paralympiques à Pékin. Il est également étudiant en Bachelor universitaire de technologie (BUT) à l’Université Savoie Mont-Blanc (USMB).

Deux étudiants et sportifs de haut niveau (SHN) qui ont pu obtenir un aménagement de leur cursus afin de faciliter leur pratique sportive, comme plus de 320 autres étudiants de l’USMB à la rentrée 2021. Ils sont accompagnés par Jean-Baptiste Evrot, enseignant agrégé en éducation physique et sportive, et, depuis 2014,  référent sportifs et musiciens de haut niveau pour l’USMB et ses trois campus à Annecy, Chambéry et au Bourget-du-Lac.

La mission du référent sportifs de haut niveau

« Définir la politique d’accueil, effectuer une sélection parmi les demandes de statut SHN et coordonner l’action des référents au sein de chaque filière » : c’est ainsi que Jean-Baptiste Evrot résume ses missions.

Une fonction particulièrement prenante en début d’année universitaire, où des réunions d’information à destination des étudiants SHN sont organisées et où doivent être mis en place la politique d’accueil ainsi que les premiers échanges avec la filière. Deuxième période intensive : le printemps, destiné à la mise en place d’actions de communication auprès des lycéens afin de faire connaître ce statut et les possibilités pour conjuguer sport et études.

Que pensent les premiers concernés de cette fonction ? « Les référents sportifs de haut niveau pour l’université et son relai dans ma filière m’ont apporté beaucoup de clarté. Dès que j’avais une question, ils étaient là pour moi. Nous ne sommes pas seulement considérés comme des étudiants, mais presque comme des professionnels », apprécie particulièrement Fanny Puybaraud.

Un statut qui demande l’implication de ces référents, mais pas que, rappelle Jules Segers : « Tous les enseignants sont obligés de s’organiser autour de moi pour les rattrapages d’examen et le soutien. L’accompagnement personnalisé demande beaucoup d’efforts à tout le monde. »

Les critères pour le statut SHN

Pour obtenir le statut SHN et les aménagements de cursus associés, il existe deux listes. La liste A, qui est définie par le ministère et permet d’avoir accès à l’ensemble des aménagements. Et la liste B, pour les disciplines non reconnues (ski free ride, Télémark…) ou un niveau inférieur à celui préconisé par liste A. Il s’agit d’une liste propre à l’université et revalidée chaque année en commission de la formation et de la vie universitaire. 

« À l’USMB, nous avons beaucoup de ski alpin et nordique, du football, de l’aviron, mais aussi de la boule lyonnaise, du karaté… », énumère Jean-Baptiste Evrot.

Deux types d’aménagement possibles

Les sportifs de haut niveau peuvent bénéficier de deux dispositifs :

  • un aménagement collectif, au sein de certaines formations notamment en Institut universitaire de technologie (IUT) à Annecy ou Chambéry, qui prévoient une section aménagée avec emploi du temps pensé pour un sport spécifique (« ski étude » par exemple) ;
  • un accompagnement individualisé, qui suit une charte d’accueil de l'établissement.

Dans ce deuxième cas de figure, l’étudiant peut obtenir un étalement du cursus, un preneur de notes rémunéré par contrat étudiant, un tutorat étudiant ou enseignant ainsi que des dispenses d’assiduité. En outre, le sportif peut facilement changer de groupe de travaux dirigés en fonction de ses entraînements, bénéficier d’un accès spécifique en salle de musculation et avoir une de ses unités d’enseignement (celle qui permet de choisir une option culturelle ou sportive) automatiquement validée.

« Moins de charge mentale » en aménagement collectif

Fanny Puybaraud est médaillée de bronze du championnat d’Europe d’aviron. - ©  D.R.
Fanny Puybaraud est médaillée de bronze du championnat d’Europe d’aviron. - ©  D.R.

Fanny Puybaraud a fait l’expérience de ces deux dispositifs : « J’ai complété un diplôme universitaire technologique mesure physique à l’IUT d’Annecy en trois ans au lieu de deux. J’étais dans une classe spécialisée « sport et musique - études ». Je suis aujourd’hui en école d’ingénieurs à Polytech et bénéficie d’un cursus aménagé : je fais mes deux premières années sur trois ans et la troisième à un rythme normal. Au total, cela fait sept années d’étude au lieu de cinq. »

Entre les deux systèmes, la jeune femme explique préférer le fonctionnement collectif qu’elle a connu en IUT. « Il y avait moins de charge mentale, mon emploi du temps ne changeait jamais contrairement à maintenant où il bouge toutes les semaines. L’année dernière, j’étais sur deux promotions et il fallait jongler entre deux classes. Cela demande beaucoup d’organisation. Socialement, pendant l’IUT nous étions une classe de 16 avec des impératifs similaires, nous pouvions nous entraider. Dans un cursus classique, au début, les autres ne comprennent pas pourquoi on n’est pas toujours en cours. »

Médaille et diplôme : deux aspirations parfois difficiles à conjuguer

Environ 18 heures par semaine : c’est le temps que consacrent Fanny Puybaraud et Jules Segers à leur sport. Un investissement qui peut être difficile à concilier avec les exigences d’une formation universitaire, même ajustée. « Cela demande beaucoup de rigueur, de cadrage, confirme Jean-Baptiste Evrot. Il faut parfois partir sur des périodes de deux mois pour le sport et rattraper les cours par la suite. »

« C’est loin d’être évident de suivre un parcours universitaire en même temps qu’une pratique de sport de haut niveau.  Ça a un impact : quand on arrive sur les entraînements, on est physiquement moins reposé, les journées sont chargées.  Cependant, j’ai fait ce choix parce qu’à tout moment on arrête d’être performant, à tout moment nos objectifs s’arrêtent et il faut quelque chose derrière pour vivre », explique Jules Segers.

Objectif Jeux Olympiques et Paralympiques !

Jules Segers a terminé 16è dans sa catégorie aux JO Paralympiques de Pékin - ©  CPSF 2022/ Grégory Picout
Jules Segers a terminé 16è dans sa catégorie aux JO Paralympiques de Pékin - ©  CPSF 2022/ Grégory Picout

L’USMB, qui se positionne depuis 1985 comme un établissement d’accueil des sportifs de haut niveau, compte parmi ses diplômés plus de 200 médaillés olympiques et mondiaux. Cette année, au sein de l’équipe de France, 25 athlètes étudiants et alumni de l’établissement ont obtenu 6 médailles olympiques sur les 14 obtenues par la France, et une médaille paralympique. 

Jules Sergers est l’un des quatre étudiants et diplômés de l’USMB à avoir participé aux Jeux Paralympiques. Dans la discipline paraski alpin, il a concouru en catégorie handicapé debout. Une première expérience pour l’étudiant qui s’est avérée compliquée : « Je suis tombé deux fois et me suis un peu blessé. Mais je venais avant tout pour connaître l’environnement, notamment médiatique, des Jeux. Mon objectif est de performer pour les prochains JO, en 2026. »

Transférer cet article à un(e) ami(e)