Vie des campus

Dans cette université, l'économie circulaire c’est carré !

Par Marine Dessaux | le | Rse - développement durable

Alors que les vice-présidences développement durable s’installent dans les gouvernances d'établissements, l’Université Savoie Mont-Blanc a missionné un de ses enseignants-chercheurs sur une thématique moins abordée et plus spécifique  : l’économie circulaire. Rencontre avec Grégory Chatel en charge de cette question.

 Nous avons rencontré Grégory Chatel sur le campus de Savoie Technolac au Bourget-du-Lac. - © Marine Dessaux
Nous avons rencontré Grégory Chatel sur le campus de Savoie Technolac au Bourget-du-Lac. - © Marine Dessaux

C’est en juillet 2021 que Grégory Chatel, maître de conférences en chimie verte au sein du laboratoire Edytem de l’Université Savoie Mont-Blanc (USMB), reçoit une lettre de mission du président de l’université  : elle l’appelle à endosser la position de chargé de mission économie circulaire. L’enseignant-chercheur, qui aborde cette thématique dans ses recherches et avec ses étudiants, avait en effet poussé le sujet auprès de la gouvernance de son établissement.

«  Ma mission est de coordonner une démarche globale d’économie circulaire au sein de l’université, que ce soit dans la recherche, la formation ou par des actions sur nos campus, explique Grégory Chatel. Mon rôle est également de recenser les initiatives, notamment en recherche, car le sujet est très pluridisciplinaire, de mettre en relation les acteurs de ce secteur et de représenter l’université auprès des organisations extérieures sur cette thématique.  » 

L’économie circulaire omniprésente à l’Université Savoie Mont-Blanc 

Ce n’est pas un hasard si cette thématique a été mise en avant par l’établissement qui se répartit sur trois campus à Annecy, à Chambéry et au Bourget-du-Lac.  

En effet, l’économie circulaire, qui consiste à «  produire des biens et des services de manière durable en limitant la consommation et le gaspillage des ressources  », est citée dans plusieurs projets d’envergure de l’université. C’est un des axes abordés  : 

Grégory Chatel est également co-responsable de l'équipe de recherche Matières au sein du laboratoire Edytem - © M. Dessaux
Grégory Chatel est également co-responsable de l'équipe de recherche Matières au sein du laboratoire Edytem - © M. Dessaux

Sur le travail au sein d’Unita, Grégory Chatel illustre  : «  Certaines des universités membres de l’alliance sont plus en avance que nous sur ces questions, il est donc intéressant d’échanger des bonnes pratiques. Nous travaillons également à un projet de recherche en commun sur ce sujet.  » 

Comment expliquer cette particularité de l’université  ? Les spécialisations des enseignants-chercheurs, les directions prises par les différentes présidences notamment… Mais également l’environnement si particulier de cette université  ! Comme son nom le laisse suggérer, l’USMB est située au pied des Alpes. «  Le cadre fait que l’environnement au sens large est très mis en avant, expose Grégory Chatel. Dans la recherche et la formation, les thématiques sont souvent très liées à la montagne.  » 

Coordonner les services 

Qui dit champ d’action large, dit pluralité de services . Le rôle de chargé de mission économie circulaire implique d’échanger avec différents personnels, enseignants-chercheurs et étudiants au sein de l’établissement.  

Mettre en relation les bons interlocuteurs

«  Je travaille en coordination avec la présidence et les vice-présidences patrimoine et transition écologique, recherche, valorisation, formation et vie étudiante. Également sur certains aspects avec le Crous, énumère Grégory Chatel. Sur les projets et demandes internes, les services - ressources humaines, achat, patrimoine, etc. - me contactent aujourd’hui d’eux-mêmes. Mon rôle est ensuite de voir en fonction de la stratégie de l’établissement la possibilité de réalisation, car cela implique des coûts associés, et de mettre en relation les bons interlocuteurs, accompagner les initiatives.  » 

L’économie circulaire dans la loi depuis 2020

C’est en 2017 que l’économie circulaire commence à être au cœur des actions du gouvernement avec la publication d’une feuille de route par le ministère de la transition écologique et solidaire.

La valorisation d’une nouvelle forme d’économie n’entre cependant dans la loi qu’en 2020. Les objectifs sont ainsi tracés par la loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire et différentes mesures sont prises via des décrets depuis juin 2021. Parmi les réformes phares, la loi anti-gaspillage vise à interdire le plastique à usage unique d’ici 2040

L’Université Savoie Mont-Blanc se répartit sur trois sites. - © Marine Dessaux
L’Université Savoie Mont-Blanc se répartit sur trois sites. - © Marine Dessaux

Une enquête interne comme base des actions futures 

L’une des premières actions de Grégory Chatel a été de mener une enquête interne en décembre 2021 afin d’évaluer l’intérêt au sein de l’université, de recenser les activités de recherche en lien avec la thématique et d’imaginer des initiatives sur le campus. 93 personnels d’accompagnement, 91 enseignants-chercheurs et 450 étudiants y ont répondu. 

Un sujet mal connu mais qui intéresse 

Premier constat  : 66 % des répondants ont des connaissances faibles ou inexistantes sur l’économie circulaire. «  La sensibilisation doit être une de nos premières initiatives, analyse Grégory Chatel. Nous envisageons d’organiser un cycle de conférences et des ateliers participatifs, aussi bien pour les étudiants que les personnels.  » 

Car, si l’économie circulaire est connue pour être un cycle d’achat durable, «  il y a des aspects moins mis en avant, mais tout aussi importants comme la problématique de la gestion des déchets ».

Des explications qui devraient intéresser, puisque 63 % des répondants disent souhaiter en savoir plus à ce sujet. Le terreau est également fertile pour développer l’engagement  : 10 % sont très motivés pour participer à des actions et 50 % se disent «  pourquoi pas  ». 

«  Tout est en place pour qu’on puisse développer des choses  », s’enthousiasme le chargé de mission. 

Imaginer un séminaire de recherche 

Pluridisciplinaire, l’économie circulaire intervient dans plusieurs travaux de recherche et au sein de différents modèles de formations (IAE, école d’ingénieurs, IUT…). Grâce aux données recueillies par le biais de l’enquête, une première cartographie des chercheurs concernés a pu être constituée.  

Imaginer un projet commun

«  La question, maintenant, est de savoir comment mutualiser. Plus d’une vingtaine de chercheurs se penchent sur des questions liées à l’économie circulaire, en chimie, mais aussi en sociologie, en économie, en ingénierie, en droit, etc. C’est au cours d’un séminaire qui sera organisé avant l’été que nous pourrons imaginer un projet commun  », indique Grégory Chatel. 

Des initiatives sur les campus

En décembre 2021 a été lancée une solution régionale permettant de recycler les masques à 100 % - © M. Dessaux
En décembre 2021 a été lancée une solution régionale permettant de recycler les masques à 100 % - © M. Dessaux

Au-delà de la théorie et de la recherche, l’économie circulaire est une réflexion qui peut être appliquée à de nombreuses situations concrètes sur les campus. L’enquête menée par l’université a permis de lister de nombreuses idées, relevant de cette thématique ou de sujets plus larges en lien avec le développement durable.  

Parmi elles  : favoriser les achats durables, organiser un meilleur tri des déchets en travaillant avec un Établissement et service d’aide par le travail (Esat), utiliser des produits d’entretien plus verts, imaginer des bourses aux livres universitaires, des reventes et dons d’objets entre étudiants partants et arrivants… 

«  Il y a de bonnes initiatives qui proviennent des associations étudiantes, cela a été compliqué de lancer des choses ces deux dernières années à cause de la crise sanitaire, mais il y a du potentiel pour développer des projets  », souligne Grégory Chatel.

Recyclage des masques sur le campus

Première action d’envergure sur les campus à partir de décembre 2021  : l’installation de boîtes de recyclage pour les masques jetables. «  Nous travaillons avec des entreprises situées à moins de 130 km de nos différents campus pour valoriser les masques usagés, dit Grégory Chatel. La collecte est coordonnée puis il y a une étape d’hygiénisation, de séparation des matériaux et enfin de transformation. À partir du tissu du masque, par exemple, on crée du fil utilisé pour la fabrication de vêtements techniques.  » 

Une initiative remarquée médiatiquement qui a valu au chargé de mission d’être contacté par des entreprises et collectivités du territoire souhaitant reproduire ce schéma. 

Une implication avec les acteurs locaux

Porteur des enjeux d’économie circulaire au sein de l’université, Grégory Chatel s’implique également pour le développement durable au travers de son statut de chercheur et de responsable de master.  

Nos trois campus sont de véritables laboratoires à ciel ouvert

«  C’est une des forces du métier de chercheur, nous avons la liberté de lancer des recherches dans des directions que nous jugeons utiles. Nous pouvons avoir un impact. En tant que chargé de mission et auprès des étudiants, il est également possible de faire bouger les choses à notre échelle. Il y a de nombreuses possibilités pour agir sur nos trois campus qui sont de véritables laboratoires à ciel ouvert.  » 

Un engagement qui se traduit en outre par une implication au sein de l’association SoluCir, créée en 2020, dont Grégory Chatel est membre du conseil d’administration. Il y représente l’USMB pour la mise en place de projets autour de l’économie circulaire avec des acteurs locaux.

Un master pour une chimie verte et une innovation écologique

Grégory Chatel est aussi à l’origine d’un récent master de chimie verte et éco-innovation, dont la première promotion de 24 étudiants a fait sa rentrée en septembre 2021. Un projet lauréat de l’Appel à manifestation d’intérêt (AMI) Émergences pour un financement de 2022 à 2024. 

Les étudiants de cette formation veulent faire bouger les choses et ont déjà écrit une lettre ouverte à la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, pour expliquer comment le chimiste pouvait contribuer à la gestion des déchets. Début mars, après avoir reçu une réponse de la ministre, ils ont échangé avec sa conseillère au ministère sur les questions d’économie circulaire. 

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