Vie des campus

Le festival Tous HanScène, une initiative pour sensibiliser au handicap qui prend de l’ampleur

Par Marine Dessaux | le | Rse - développement durable

Pour la huitième saison, le festival Tous HanScène récompense les courts-métrages réalisés par des étudiants sur la thématique du handicap. L’opportunité pour eux de se poser la question de sa représentation, de faire des rencontres ou encore d’évoquer ce qu’ils vivent, quand ils sont eux-mêmes dans cette situation.

À l’occasion de cette édition 2020, l’association organisatrice, Tremplin, a également réuni plusieurs entreprises, qui s’accordent sur leur difficulté à recruter des jeunes en situation de handicap sortant d’études supérieures.

Décalé à cause du premier confinement, le festival Tous HanScène a pu se dérouler en présentiel - © Cédric Helsly
Décalé à cause du premier confinement, le festival Tous HanScène a pu se dérouler en présentiel - © Cédric Helsly

Le 28 septembre dernier, malgré le contexte de crise sanitaire, l’association Tremplin a réussi à mobiliser 300 personnes dans l’UGC Ciné Cité Paris 19 pour le prix Tous HanScène. L’objectif du festival est double :

  • Encourager les jeunes en situation de handicap à accéder aux études supérieures ;
  • Inciter les établissements d’enseignement supérieur à s’ouvrir davantage à eux et le faire savoir.

L’expérience des lauréats du prix Tous Hanscène

Pour cette édition 2019/ 2020 du festival, onze équipes, sur 87 vidéos déposées, ont été récompensées pour leur film dans différentes catégories : arts et essai, humour, sport, vie étudiante…

Alexandre G., réalisateur de « La Canne »

Parmi les lauréats, Alexandre G. de l’école supérieure du cinéma et de la télévision Travelling a remporté le prix coup de cœur pour son court-métrage animé « La Canne ». En noir et blanc, tout en simplicité, mais aussi en finesse, cette production est drôle, un peu piquante… et c’est très rafraîchissant !

« Il y a souvent un côté larmoyant quand on traite le handicap, analyse Alexandre G. C’est plus facile d’imaginer quelque chose de triste, mais ça peut aussi vite devenir cliché ».

Alexandre G. étudie à Travelling
Alexandre G. étudie à Travelling - © Cédric Helsly

L’étudiant en 3e année de cycle professionnel, en spécialité montage, s’est lancé dans l’animation qui est un domaine complètement nouveau pour lui. « Je savais déjà que ça allait être compliqué ! Mais je trouve qu’avec l’animation, on peut plus facilement gérer les personnages - surtout si on veut intégrer un enfant dans l’histoire - , on peut tirer le trait, exagérer l’émotion », raconte Alexandre G.

Pour réaliser son court métrage, il passe ses soirées à dessiner pour avancer de quelques secondes sur le film. Sa motivation, il la puise dans l’envie de faire une nouvelle réalisation, mais aussi dans la thématique du concours qui fait écho à son vécu. Des suites d’une maladie lourde, Alexandre G doit utiliser une canne pour se déplacer. « J’ai rejoint l’école à la naissance du handicap, c’est quelque chose de récent pour moi », explique-t-il. « Participer à Tous HanScène me permettait d’en parler, de revenir sur le sujet ».

S’il ne connaissait pas le festival avant d’y participer, Alexandre G. apprécie l’initiative. « C’est un festival qui a l’air d’avoir grandi, dit-il. Cela participe à la compréhension du handicap. C’est important que des entreprises soient présentes, cela montre que cela va au-delà du prix ».

L’étudiant a également un retour positif sur l’expérience que cela apporte aux autres participants. « Il y a forcément des gens qui ne connaissent pas ou mal le handicap, cette initiative les pousse à se renseigner ».

Parmi les lauréats, en effet, Alexandre G. est le seul à être en situation de handicap. « Quand on pense au cinéma, c’est un plateau, c’est sportif, il y a cependant des filières plus accessibles pour les gens qui ont un handicap physique : le montage, l’écriture… ».

Audrey Bertrand et Floriane Lacroix, réalisatrices de « The Voice »

Audrey Bertrand et Floriane Lacroix, étudient à South Champagne BS
Audrey Bertrand et Floriane Lacroix, étudient à South Champagne BS - © Cédric Helsly

Dans la catégorie ‘Humour’, Audrey Bertrand et Floriane Lacroix, étudiantes à South Champagne BS, se sont illustrées avec le court-métrage « The Voice ». Parodiant le fameux télécrochet où le jury sélectionne les candidats à l’aveugle, le court-métrage imagine une séance de recrutement à fauteuils retournés.

« Notre école nous a présenté le concours, explique Floriane Lacroix. On voulait parler insertion ». Pour plus de réalisme, les deux jeunes femmes se sont tournées vers les personnes concernées.

 « J’ai demandé à un collègue malentendant de m’apprendre quelques bases du langage des signes », indique Audrey Bertrand.

La jeune femme est particulièrement sensibilisée puisque, depuis deux ans, elle est assistante handicap à la SNCF. « Je vois des situations pas faciles. Je trouve important de tout mettre en œuvre pour faciliter la pratique professionnelle des personnes en situation de handicap », souligne l’étudiante qui souhaite continuer à travailler sur la thématique de la mixité.

Hugo, Cyril Cazanove, co-producteurs, et Sam Pinto, réalisateur de « Collocalia »

Avec trois autres camarades, Hugo Santelli, Sam Pinto et Cyril Cazanove sont à l’origine du court-métrage qui a remporté le prix de la catégorie ‘Art et Essai’, « Collocalia ». Pour cette équipe, la participation au Festival Tous Hanscène n’est pas une démarche personnelle, mais inscrit dans le cursus de leur école d’audiovisuel, ISCPA.

« Sur les vacances, une semaine est mobilisée pour différents workshops notamment pour participer à Tous HanScène, explique Hugo Santelli. Mettre le handicap en scène, c’est quelque chose qu’on ne voit pas beaucoup ».

Hugo Santelli, Sam Pinto et Cyril Cazanove étudient à l’ISCPA.
Hugo Santelli, Sam Pinto et Cyril Cazanove étudient à l’ISCPA. - © Cédric Helsly

L’équipe s’est immédiatement accordée sur la thématique « Art et Essai », ensuite est venue l’idée de traiter de la surdité. « C’était un challenge intéressant, au niveau créatif, de ne pas dévoiler immédiatement quel est le handicap du personnage principal », dit Cyril Cazanove.  « On a dû se poser la question de la façon dont on joue avec le son, dont on filme ».

L’occasion pour les lauréats de découvrir le festival. « On ne s’attendait à ce que ce soit d’une telle ampleur », confirme Hugo Santelli.

« C’est une bonne façon de sensibiliser au handicap », renchérit Sam Pinto. « La vidéo est un canal qui touche plus de gens, qui permet de faire passer une émotion. Moi-même je me suis rendu compte de choses dont je n’avais pas conscience en m’y penchant ».

La question de l’insertion en études supérieures

« Seuls 8 % des jeunes scolarisés en situation de handicap sont en études supérieures », dit Christian Grapin
« Seuls 8 % des jeunes scolarisés en situation de handicap sont en études supérieures », dit Christian Grapin - © Cedric Helsly

C’est aussi ce que veut faire connaître le prix Tous HanScène : la réalité des jeunes en situation de handicap qui sont très peu nombreux à suivre des études supérieures.

« Aujourd’hui en France, seuls 8 % des jeunes scolarisés en situation de handicap sont en études supérieures (contre 17 % pour l’ensemble des jeunes) et parmi eux seul 1 % sont en bac+5 », dit Christian Grapin, fondateur de l’association Tremplin, lors d’une conférence en amont du festival.

Une dizaine de représentants des sociétés partenaires de l'événement ont pris la parole
Une dizaine de représentants des sociétés partenaires de l'événement ont pris la parole - © Cédric Helsly

Réunies pour l’occasion, plusieurs entreprises regrettent cette réalité qui impacte leurs recrutements. « Le niveau de formation est un frein », confirme Laurent Geoffroy, directeur des ressources humaines France de KPMG. « Nous avons du mal à trouver des profils bac +4, bac +5 », ajoute Jean-Philippe Pages, responsable carrières, compétences et diversité à SFR. « On est tous en recherche de profils », dit également Frédéric Parverie, responsable Mission Handicap à Covea.

Alors, comment faire changer ces chiffres et remédier à cette situation ? Interrogé par Campus Matin, Christian Grapin estime que le problème premier n’est pas dans les conditions d’accueil « qui se sont beaucoup améliorées depuis 2015 ». En effet, dans les universités et grandes écoles, « l’égalité des chances est imposée, plusieurs chartes ont été signées et des référents handicap mis en place ».

Faire circuler l’information

Les phénomènes qu’observe Christian Grapin et qu’il considère parmi les plus problématiques sont l’autocensure et le manque d’information :

« Beaucoup de jeunes en situation de handicap ne sont pas au courant des initiatives prises par les établissements, ne savent pas qu’il y a des mesures pour leur permettre de passer toutes les banques de concours. Cela rajoute à l’autocensure ».

Pour remédier à ce problème, les entreprises et l’association Tremplin misent sur une sensibilisation dès le primaire. « L’un de nos objectifs est de créer un lien entre les jeunes et un réseau d’entreprises. Et ce, dès le plus âge, parce qu’à travers les enfants, ce sont les parents qu’on touche », indique-t-il.

Passer par l’alternance

L’une des voies favorisées par les entreprises afin de recruter et former des jeunes en situation de handicap après le bac, voire après la licence est l’alternance. « Il est plus facile pour les managers d’ouvrir aux personnes en situation de handicap par l’alternance et de poursuivre avec une embauche quand ça se passe bien », dit Anne-Karine Masse-Baudet, manager de l’expérience employé à Naval Group.

Pour cela, l’existence d’un référent dans les centres de formation d’apprentis est primordiale selon Christian Grapin. « C’est capital », souligne-t-il.

En cette rentrée cependant, les recrutements sont bouleversés et les entreprises demandent aux établissements « d’avoir plus de souplesse ». « On compte sur les écoles pour qu’elles aient des délais plus longs pour lancer les alternances », dit Karelle Zinbi, responsable ressources humaines à Fenwick. « Cette année, nous manquons de visibilité ».

Financement : un verrou à faire sauter ?

« Le budget dédié au handicap est sanctuarisé, quand on en sort, les entreprises sont plus frileuses. Un des verrous à faire sauter est financier », affirme Christian Grapin.

De son côté, Laurent Geoffroy estime que « ce n’est pas forcément une question de financement, mais d’engagement ». Il donne comme alternative la possibilité de laisser les salariés faire de l’associatif sur leur temps de travail. « Il s’agit de libérer du temps, de réfléchir à la façon dont on engage les collaborateurs ».

« Passer outre la barrière du diplôme »

« La période actuelle nous oblige à repenser la façon de recruter. On peut passer outre la barrière des diplômes. Dans l’hôtellerie, par exemple, certains directeurs d’hôtels forment et accompagnent les jeunes. Le recrutement, c’est aussi une question de rencontre, de personnalité. C’est de l’humain », argue Christian Grapin.

Il conclut : « Une piste, c’est de ne pas être normatif, recruter différents profils. On observe ce genre d’initiatives dans de grandes entreprises ».

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