Numérique

Tous les cours à distance ? Ce court-métrage l’avait imaginé !

Par Marine Dessaux | le | Pédagogie

C’est un court-métrage qui a huit ans et, pourtant, semble plus actuel que jamais. As it used to be se déroule dans un futur proche, où l’enseignement à distance est devenu la seule façon de faire cours.

Une vidéo réalisée par Clément Gonzalez, dans laquelle de nombreux enseignants du supérieur se reconnaissent, et dont Campus Matin vous raconte l’histoire.

L’acteur principal Luthuli Dlamini a remporté deux prix d’interprétation pour ce rôle.
L’acteur principal Luthuli Dlamini a remporté deux prix d’interprétation pour ce rôle.

Un professeur traverse un campus désert, il gravit un escalier tout aussi vide et se retrouve dans un amphi face à une caméra. Bienvenue dans le futur (proche ?) imaginé par Clément Gonzalez et le collectif 109… en 2012 !

Pendant huit minutes, on observe cet enseignant qui donne une classe virtuelle et finit par redécouvrir son métier avec l’arrivée d’étudiants… en présentiel.

La situation est poussée à l’extrême, mais ne semble pas si incongrue aujourd’hui, dans un contexte où l’avenir est encore incertain et où le distance learning pourrait venir à se généraliser.

L’origine du projet

Clément Gonzalez est diplômé de l’Ecole supérieure d'études cinématographiques
Clément Gonzalez est diplômé de l’Ecole supérieure d'études cinématographiques - EPIX Studio

As it used to be s’avère plus que jamais d’actualité, et pourtant, à l’époque de sa réalisation, il est classé dans la catégorie « science-fiction » ! Clément Gonzalez raconte à Campus Matin comment est né ce scénario évoquant l’apprentissage à distance.

« Nous avons réalisé ce court-métrage dans le cadre du 48H film project de Johannesburg. Le concept ? En seulement deux jours, il faut écrire un scénario, trouver un lieu de tournage, filmer et monter. Nous sommes arrivés une semaine à l’avance et nous avons pu auditionner des comédiens, chercher un décor. C’était une expérience très intense ».

Une idée qui s’est imposée d’elle-même

Comme le veut le concept du 48H film project, les équipes tirent au sort le vendredi soir pour un rendu le dimanche, un type de film ainsi que trois contraintes : un personnage, un objet et une ligne de dialogue.

Clément Gonzalez et son équipe de tournage sont tombés sur le genre ‘science-fiction’ ils devaient intégrer un personnage qui a finalement été coupé au montage et faire apparaître une boîte à lunch. Ils devaient également placer la réplique « is it on ? » (qui peut se traduire par « est-ce allumé ? »).

« La beauté de cette expérience, c’est que le scénario s’est un peu imposé à nous. Nous avions des contraintes de base, liées au concours, mais aussi des contraintes du fait que nous étions français en Afrique du Sud.

Nous avions seulement trois comédiens et je savais déjà que je voulais mettre en avant celui qui avait une quarantaine d’années parce que ça m’intéressait de filmer avec quelqu’un de plus âgé. Pour les décors, nous avons demandé à la régisseuse sur place : elle travaillait à la fac.

Nous ne pouvions pas remplir un amphi, nous avions un comédien qui avait l’âge d’être prof, une réplique qui nous a donné l’idée de la caméra et nous devions faire de la science-fiction. L’idée est partie de là. »

37 prix et des retours très positifs de la communauté enseignante

Le court métrage a reçu un accueil positif dès sa sortie, à Johannesburg, où il a obtenu le prix spécial du jury, ainsi que le prix du meilleur acteur. Par la suite, le projet a continué vivre sa vie, après quelques retouches du montage. Il a été sélectionné dans 81 festivals et remporté 37 prix.

« Le milieu du court métrage c’est une niche, encore plus à l’époque. Entre 2013 et 2015, As it used to be a beaucoup circulé dans les festivals. Il a été beaucoup primé, mais n’a été vu que par quelques personnes de ce milieu », explique Clément Gonzalez.

Les retours ont été globalement très positifs, plus particulièrement au sein de la communauté enseignante.

« Quand on a vu les premières réactions enthousiastes, on a compris qu’on avait touché quelque chose qui parle aux gens. Du point de vue des profs, bien sûr, mais aussi des élèves. Pour écrire, je me suis inspiré de ma propre expérience : je n’ai jamais réussi à apprendre d’un prof avec qui le dialogue n’est pas possible. C’est de l’échange que je me nourris, et de la passion du professeur ».

L’enseignant s’adresse uniquement à sa caméra, dans un amphi vide
L’enseignant s’adresse uniquement à sa caméra, dans un amphi vide - Clément Gonzalez

Une deuxième vie dans un contexte de distance learning

Après une première vie plus qu’honorable, le court-métrage a recommencé à faire parler de lui au début du confinement. Plusieurs professeurs ont demandé à y avoir accès, pour le montrer à leurs élèves.

« J’ai un peu hésité au début, parce que j’avais le sentiment de surfer sur une vague, ça faisait un peu opportuniste et puis j’avais peur que le message soit tronqué. La technologie est critiquable, mais elle rendait bien service. Et puis ma vision a évolué au fil des semaines quand les débats sur la reprise ont commencé. Alors je l’ai envoyé à deux, trois personnes, pour voir », raconte Clément Gonzalez.

Et puis la chantilly a pris, et la vidéo a commencé à circuler et à faire parler d’elle sur les réseaux sociaux. Elle cumule aujourd’hui plus de 65 000 vues.

« J’ai été agréablement surpris de voir que le court métrage avait pas mal circulé dans les sphères enseignantes et universitaires, ça me fait plaisir de voir qu’il parle aux enseignants : c’est eux que ça concerne en particulier ».

Et après : pourquoi pas un film ?

Aujourd’hui, Clément Gonzalez est toujours réalisateur scénariste. Après avoir travaillé sur des clips musicaux (pour Nekfeu, Georgio, Deluxe…) entre 2013 et 2014, des sketchs pour la chaine Youtube « La Débande » en 2017-2018, avoir planché sur un projet d’adaptation de la mythologie grecque en série télé, qui est actuellement en recherche d’un diffuseur, il commence à faire de la publicité et s’apprête à tourner son premier long métrage.

Une suite ou extension de As it used to be n’est pas dans les cartons même si cette idée a effleuré Clément Gonzalez.

« Au sortir du festival, on m’a déconseillé de filmer un premier long-métrage à l’étranger. Mais j’avais commencé à travailler sur un scénario. A l’époque, j’avais imaginé une scène de diner par visioconférence. C’était pour moi de la science-fiction totale ! Mais si je devais me repencher sur ce projet, il faudrait retravailler le synopsis. Peut-être qu’il y aurait plus à dire sur la relation prof-élève, sur l’éducation, la transmission de connaissance ».

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