À Rennes School of Business, les « Houses » réinventent la vie de campus
Depuis 2025, les étudiants et personnels de Rennes School of Business sont répartis en quatre grandes « maisons » pour favoriser les rencontres et renforcer le sentiment d’appartenance. Le dispositif, animé par des conseils étudiants, mêle compétitions, événements académiques et vie associative. Il a remporté le premier prix « Vie de campus » du Trophée de l’expérience étudiante.
« Aqua ! Terra ! Ignis ! Aera ! ». Dans un auditorium bondé, des centaines d’étudiants applaudissent, crient et brandissent des écharpes colorées au-dessus de leurs têtes.
Mercredi 16 septembre 2026, au cours d’un grand show à l’américaine, les nouveaux étudiants de Rennes School of Business (RSB) ont rejoint les rangs de grandes « Houses » nommées d’après les quatre éléments. À cette occasion, ils se sont vus remettre une écharpe colorée symbolisant leur appartenance à leur maison : jaune pour Aeris, rouge pour Ignis, vert pour Terra et bleu pour Aqua.
Lancé en 2025, ce dispositif vise notamment à créer des liens entre les étudiants des différents programmes, campus et nationalités grâce à des projets et des événements organisés tout au long de l’année.
« L’idée est née de plusieurs constats », détaille Jeanne Zawadzki, Learner engagement Manager (chargée de vie étudiante) au sein de l’école. « Nous observions depuis longtemps que, malgré la dimension très internationale de RSB, il y avait toujours une sorte de fossé entre les personnes internationales et les personnes françaises ».
Plus largement, certains étudiants inscrits dans des programmes différents « ne se croisaient absolument jamais ». Le développement de l’alternance ces dernières années avait aussi, remarque-t-elle, modifié la manière dont une partie des étudiants s’approprient leur école parce qu’ils ne bénéficient pas de la même expérience que leurs camarades en parcours initial.
Mesurer l’engagement
Pour favoriser les interactions « cross programs » et le sentiment d’appartenance, RSB s’est donc inspirée du modèle anglophone des « Houses », familier aux Français grâce à la saga Harry Potter.
Il existe d’ailleurs quelques similitudes avec l’univers académique des sorciers comme la mise en place d’un trophée annuel, la « House League », couronnant la maison la plus engagée dans la vie de l’établissement. Cet engagement se mesure au moyen d’un système de points qui peuvent notamment être gagnés pendant des compétitions sportives, lors d’événements académiques, grâce à des projets associatifs ou même pendant des temps dédiés aux rencontres professionnelles.
« Lors de nos journées carrières, certains conférenciers ont participé à des challenges : ils posaient des questions et les étudiants devaient répondre, par exemple, via un QR code en indiquant leur House. Celle qui avait le plus de bonnes réponses ou le meilleur taux de répondants gagnait des points », raconte Jeanne Zawadzki.
Provoquer des rencontres
La participation de tous aux activités est encouragée mais pas obligatoire. En revanche le rattachement à une House est automatique. Un algorithme effectue la répartition de manière à affecter dans chaque équipe le même nombre d’étudiants de chaque programme et niveau.
Créer des dynamiques qui n’existaient pas
« Cela permet vraiment de créer des dynamiques qui n’existaient pas auparavant. En fait, on provoque des rencontres qui ne se seraient jamais faites sinon », commente Jeanne Zawadzki.
Cette démarche a été distinguée par le Salon de l’expérience étudiante (SEE), où le projet a remporté le premier prix « Vie de Campus » 2026.
« Un esprit collectif »
Par souci d’inclusivité, « pour mettre tout le monde sur un pied d’égalité », l’anglais a été choisi comme langue officielle des Houses. « C’est un bien commun autour duquel nous pouvons nous rassembler », explique la chargée de vie étudiante. Et ce « nous » inclut les personnels non enseignants, les équipes pédagogiques et une partie de la direction, qui appartiennent également à une maison.
L’anglais langue officielle des Houses
« Nous avons voulu les intégrer aussi car, après le Covid-19, nous nous sommes rendu compte qu’une distance s’était installée entre le staff, les enseignants et les étudiants, poursuit-elle. Quand tout le monde participe à des soirées ou à des événements un peu décontractés, les connexions se font de manière beaucoup plus naturelle et informelle. Cela permet de briser des barrières. »
Lors de la « RSB Cup », un ensemble d’activités qui opposent les maisons, les étudiants ont notamment pu assister à une course de voitures « taille enfant » organisée dans les couloirs par l’association Fast Rennes. « J’ai trouvé ça assez drôle », se souvient Elise Deschamps, étudiante en deuxième année de master of science marketing digital.
Celle qui est aussi capitaine de la House Aeris signale que des échanges plus sérieux sont aussi provoqués ou facilités par ces nouvelles identités communes. « J’ai reçu un mail d’une étudiante qui avait besoin de soutien dans une matière et avait repéré un professeur dans sa House, raconte la jeune femme. Elle hésitait à lui envoyer un message. Je l’ai encouragée à le faire. »
« On a vu des membres du staff devenir de vrais soutiens pour des étudiants avec lesquels ils n’avaient pas de contact auparavant », rapporte également Jeanne Zawadzki. « Je pense par exemple à des étudiants en PGE qui ont passé des moments privilégiés avec des responsables de Bachelor. »
Il n’est pas difficile pour les étudiants d’identifier les membres du personnel appartenant à leur maison puisque les logos des Houses sont notamment présents sur les portes des bureaux et dans les signatures de mail. Les plus enthousiastes n’hésitent d’ailleurs pas à revêtir leur écharpe pour aller déjeuner. Ils sont aussi de plus en plus nombreux à prendre leurs repas dans le réfectoire des étudiants plutôt que dans celui qui leur est réservé. « Ça donne un esprit collectif qui est beaucoup plus fort au quotidien », se réjouit Jeanne Kawadzki.
Et si les maisons s’opposent sur le papier, « en réalité c’est 100 % bienveillant », affirme Elise Deschamps. « Notre problématique est même plutôt de séparer davantage les Houses parce que pour l’instant nous avons fait beaucoup d’événements communs », constate-t-elle.
Développer des compétences
Lors de la première année des Houses, la capitaine a beaucoup collaboré avec les représentants des autres maisons. Elle travaille également avec un conseil d’étudiants élu, comme elle, par ses camarades et des personnels.
Ces responsabilités leur ont permis de développer des compétences utiles sur le plan professionnel comme la gestion de projet, la communication ou le management et l’animation de communauté. « Nous avons notamment appris à concilier les attentes des étudiants et celles de l’école, à trouver des solutions tous ensemble », détaille Elise Deschamps.
L’étudiante restera encore une année à RSB mais appartiendra toujours à Aeris une fois devenue diplômée car l’assignation est « à vie ». « Nous souhaitons que nos alumni puissent continuer à faire vibrer le dispositif », confirme Jeanne Zawadzki. L’un des objectifs du projet est d’ailleurs de fidéliser sur le long terme grâce à une identité plus forte qui donne envie de rester impliqué dans le devenir de l’école et profite à ceux qui en sortent.