Vie des campus

[Chroniques universitaires] Du lycée à l’université : l’accueil, premier acte de la promesse universitaire


L’accueil à l’université ne se limite pas à la rentrée : il structure l’expérience étudiante, facilite l’intégration et contribue à la réussite à l’université. Cette analyse d’Aude Brianto-Escande, directrice de la marque et de la communication de l’Université Évry Paris-Saclay, s’inscrit dans notre série mensuelle “Chroniques universitaires”, en partenariat avec Comosup.

[Chroniques universitaires] Du lycée à l’université : l’accueil, premier acte de la promesse universitaire
[Chroniques universitaires] Du lycée à l’université : l’accueil, premier acte de la promesse universitaire

À chaque rentrée universitaire, les chiffres donnent le vertige. En 2026, 1 046 000 candidats ont confirmé au moins un vœu sur Parcoursup (chiffres 2026 publiés par le Ministère), un record depuis la création de la plateforme. Puis viennent les propositions, les inscriptions, les places, les capacités d’accueil. Mais derrière cette mécanique se joue une transition beaucoup moins visible.

Après le baccalauréat, l’entrée dans l’enseignement supérieur est souvent décrite comme un « grand saut ». Et c’en est un : changement de méthodes de travail, de repères, de sociabilités et parfois de territoire. Obtenir une place à l’université ne signifie pas encore y avoir trouvé sa place. Il faut comprendre de nouveaux codes, identifier les bons interlocuteurs, parfois trouver un logement, apprendre à gérer un budget, découvrir un territoire, nouer de nouvelles relations et, dans le même temps, commencer à réussir ses études.

Cette rentrée 2026 le rappelle avec une acuité particulière. Le coût de la vie étudiante reste au cœur des préoccupations ; le logement demeure un déterminant majeur des conditions d’études ; la santé mentale fait l’objet de nouveaux dispositifs nationaux. La réussite ne commence donc pas au premier cours magistral. Elle commence par la possibilité réelle d’entrer dans l’université au sens plein du terme.

Aude Brianto-Escande, directrice de la marque et de la communication Université Évry Paris-Saclay - © D.R.
Aude Brianto-Escande, directrice de la marque et de la communication Université Évry Paris-Saclay - © D.R.

Accueillir ne relève dès lors ni de la seule administration, ni de la vie étudiante, ni de la communication. C’est une politique d’établissement, nécessairement transversale, qui engage la réussite, l’égalité d’accès aux ressources et la confiance accordée à l’institution.

Car une université peut offrir d’excellentes formations, des laboratoires de très haut niveau, des services nombreux et des opportunités remarquables : si l’étudiant ne sait pas qu’ils existent, ne comprend pas comment y accéder ou ne se sent pas légitime à pousser la porte, une partie de ce qu’offre l’université lui reste, de fait, inaccessible. L’accueil constitue ainsi le premier acte de la promesse universitaire : le moment où les valeurs affichées rencontrent l’expérience réelle.

Tout commence par quelqu’un qui connaît déjà le chemin

Un petit groupe avance sur le campus. À sa tête, une étudiante connaît les bâtiments, les raccourcis, les services utiles et les hésitations des premiers jours. À l’Université Évry Paris-Saclay, Campus Explorer organise cette première rencontre : des mentors font visiter les lieux, répondent aux questions et donnent un visage à une communauté qui peut encore sembler abstraite.¹ D’autres établissements ont développé des dispositifs comparables : l’Université d’Angers propose un site « Bienvenue à l’UA », qui permet aux futurs étudiants de préparer leur arrivée. Un dispositif d’accueil est déployé pendant les quatre premières semaines de la rentrée : le Guichet InfoCampus, animé par une équipe d’étudiantes et étudiants ambassadeurs.

Transition académique, sociale, culturelle et identitaire

La force du pair tient à sa proximité. Il autorise les questions simples, reconnaît l’inquiétude et traduit les codes sans discours institutionnel. Une étude menée auprès d’étudiants de première année à l’Université de Bordeaux montre qu’une semaine d’intégration peut réduire les appréhensions, installer des relations d’entraide et rendre plus accessibles l’institution, la discipline et les équipes pédagogiques.²

Ces premiers liens comptent d’autant plus que l’arrivée à l’université inaugure une période d’étrangeté : le cadre du lycée disparaît, les consignes deviennent moins explicites et l’autonomie plus importante.³ La transition est académique, sociale, culturelle et identitaire. Elle peut aussi être fragilisée par une orientation contrariée : une formation initialement choisie par défaut doit alors pouvoir devenir un espace d’intérêt, de réussite et de projection.⁴ Accueillir consiste déjà à donner du sens : montrer ce que l’on va apprendre, les compétences que l’on pourra construire et les trajectoires que la formation peut ouvrir.

De la rentrée au parcours d’entrée dans l’université

Le véritable enjeu n’est peut-être plus d’organiser une rentrée, mais de concevoir un parcours d’entrée dans l’université.

Car derrière le mentor, toute une communauté se mobilise : équipes pédagogiques, scolarités, orientation, bibliothèque, numérique, vie étudiante, santé, sport, culture et associations. L’accueil est nécessairement transversal. Il révèle la capacité d’un établissement à coordonner ses services autour de l’expérience étudiante plutôt qu’autour de son seul organigramme.

À l’Université Évry Paris-Saclay, les semaines de rentrée associent conférences d’accueil, réunions de filière et formats plus expérientiels. Campus Explorer facilite la rencontre avec les pairs ; Kelforme crée du lien par l’activité physique ; Zombiblio transforme la découverte de la bibliothèque en jeu.⁵ Ces dispositifs permettent d’apprivoiser les lieux et d’engager les premières conversations sans imposer immédiatement d’aller vers les autres.

Une communauté ne naît pas d’un événement

Les événements festifs ont leur utilité : ils donnent à voir l’état d’esprit de l’établissement, rendent les services visibles et suscitent un premier attachement. Mais une fête ne produit pas, à elle seule, l’intégration.⁶ Une communauté ne naît pas d’un événement ; elle se construit dans la continuité des attentions.

France Universités rappelle que la vie étudiante couvre toute l’expérience, de l’accueil des primo-entrants aux alumni, et qu’elle doit s’articuler avec la formation, l’orientation, la santé, l’inclusion, la culture, le sport et l’insertion professionnelle.⁷ L’enjeu est autant celui de la réussite et de l’égalité que de l’attractivité et du rayonnement.

Informer ne suffit pas : rendre l’université praticable

Une rentrée concentre une masse d’informations : inscriptions, horaires, outils numériques, logement, aides, santé, restauration, associations. Pour l’institution, ces sujets relèvent de services différents ; pour l’étudiant, ils forment une seule expérience.

Le défi n’est donc pas seulement de publier l’information, mais de la rendre accessible au bon moment. Une donnée peut être exacte et néanmoins rester introuvable, incomprise ou reçue trop tard. À Évry Paris-Saclay, la plateforme Ma Rentrée personnalise les premiers repères ; le Welcome Desk offre ensuite une porte d’entrée permanente vers les démarches administratives, le logement, les aides, la santé, le handicap, la vie de campus ou le projet d’études.⁸ Il évite surtout d’avoir à connaître l’organigramme avant de pouvoir poser une question.

Une rentrée concentre une masse d’informations

Dans cette politique collective, la communication joue un rôle de mise en cohérence. Elle ne consiste pas seulement à produire des supports, mais à construire un parcours d’information et de relation : que doit-on savoir avant l’arrivée, pendant les premières semaines ou à l’approche des premières évaluations ? Quels messages faut-il répéter ? Quels interlocuteurs faut-il rendre visibles ? Quels contenus doivent être traduits, simplifiés ou adaptés aux différents publics ?

La stratégie ne se mesure pas seulement au nombre de guides, de mails ou de vues. Elle s’évalue aussi par la participation aux dispositifs, les questions récurrentes, le recours effectif aux services, la capacité à toucher les publics moins disponibles et, plus largement, le sentiment de savoir où aller et à qui s’adresser. Un plan indique un bâtiment. Une personne permet parfois d’oser y entrer.

Apprendre le métier d’étudiant, accompagner toutes les réalités

Réussir sa première année n’est pas seulement une question de niveau. Il faut apprendre à prendre des notes, organiser son travail, utiliser les plateformes, comprendre les attentes, chercher une ressource ou demander de l’aide. Les travaux sur la socialisation universitaire montrent que les nouveaux entrants doivent simultanément s’approprier les normes de l’établissement, construire un projet d’apprentissage et commencer à se projeter vers l’avenir.⁹

L’autonomie n’est donc pas un prérequis déjà acquis : elle est aussi un objectif de formation. Le rapport de l’Inspection générale sur la première année insiste sur la proximité pédagogique et sur la nécessité de rendre explicite le « curriculum caché », c’est-à-dire tout ce que l’institution attend sans toujours le formuler.¹⁰ À partir de la rentrée 2026, le dispositif Oui RéusSIte de l’Université Évry Paris-Saclay associe ainsi positionnement, méthodologie et renforcement disciplinaire pour les étudiants admis en « oui-si ».¹¹ Les recherches montrent que cet accompagnement gagne à être relié aux disciplines et aux situations réelles d’apprentissage.¹²

Prendre en compte les situations singulières

Mais l’affiliation universitaire dépend aussi des conditions de vie. Logement, transports, budget, activité salariée, santé, handicap, éloignement familial ou solitude peuvent fragiliser la persévérance.¹³ La Maison de santé étudiante, l’accompagnement social, le Welcome Desk ou l’Arrival Day pour les publics internationaux rappellent qu’accueillir suppose de considérer la personne dans toutes les dimensions de son expérience.¹⁴

L’égalité d’accueil ne consiste pas à proposer exactement la même réponse à toutes et tous. Elle suppose un socle commun de repères et la capacité à prendre en compte les situations singulières, sans stigmatiser. Accueillir permet d’entrer. Accompagner permet de rester.

Du néo-entrant au membre de la communauté

L’intégration change de nature lorsque l’étudiant cesse d’être uniquement destinataire de services et devient acteur ou actrice du campus. Rejoindre une association, pratiquer une activité, participer à un projet, représenter ses pairs ou devenir mentor permet de développer des compétences, de gagner en confiance et de se reconnaître comme membre de la communauté.

Le sentiment d’appartenance repose sur la qualité des relations, le fait de se sentir soutenu et respecté, et la possibilité de prendre part à la vie de l’établissement. Il soutient l’engagement, la résilience et le plaisir d’apprendre.¹⁵ Les travaux de l’Observatoire national de la vie étudiante montrent également les liens entre engagement et sentiment d’intégration.¹⁶

La vie de campus n’est pas périphérique

La reconnaissance universitaire de l’engagement envoie alors un signal fort : la vie de campus n’est pas périphérique à la formation. Elle participe à l’autonomie, au développement des compétences et à la construction du parcours.

Elle crée aussi une circulation vertueuse : l’étudiante ou l’étudiant accueilli aujourd’hui peut devenir demain mentor, élu, ambassadeur, ambassadrice ou responsable associatif. Une communauté devient vivante lorsque celles et ceux qui y ont trouvé leur place peuvent aider d’autres à trouver la leur.

Accueillir : la promesse universitaire à l’épreuve de l’expérience

Accueillir, ce n’est pas seulement ouvrir les portes de l’université. C’est rendre ses codes compréhensibles, ses ressources accessibles et sa communauté suffisamment attentive pour que chacune et chacun puisse y trouver sa place. C’est aussi accepter de regarder l’université du point de vue de celles et ceux qui la découvrent.

Pour l’institution, une inscription administrative, un logement, une consultation de santé, un accompagnement méthodologique, une association étudiante ou une réorientation relèvent de services différents. Pour l’étudiant ou l’étudiante qui arrive, ils composent une seule et même expérience.

Et cette expérience ne se joue pas seulement pendant les premiers jours de septembre. Elle commence avant l’arrivée et se poursuit avec les premiers cours, les premières démarches, les premières difficultés et les premiers choix.

Une université n’est donc pas réellement accessible parce que ses portes sont ouvertes. Elle l’est lorsque celles et ceux qui y entrent comprennent comment elle fonctionne, savent où trouver de l’aide, identifient les possibilités qui leur sont offertes et se sentent légitimes à s’en saisir.

Rendre l’université compréhensible

Le premier souvenir d’université n’est d’ailleurs pas toujours spectaculaire : un visage qui accueille, une information enfin comprise, une salle trouvée, une difficulté entendue, une personne qui indique le bon chemin. Mais ce sont précisément ces micro-expériences qui permettent peu à peu de passer du statut de nouvel arrivant à celui d’étudiant, puis de membre à part entière d’une communauté.

C’est peut-être ainsi qu’il faut mesurer la qualité de notre accueil : non au nombre d’événements organisés ou de documents distribués, mais à notre capacité à rendre l’université compréhensible, praticable et réellement accessible à celles et ceux qui la rejoignent. Bien accueillir, c’est donner à chacune et chacun les moyens d’entrer pleinement dans sa vie étudiante.

Chroniques universitaires

Chaque article de notre série « Chroniques universitaires » s’attache à un sujet structurant de la vie universitaire (orientation, égalité, doctorat, rentrée, international, réussite étudiante, science ouverte…), sans nécessairement s’appuyer sur un événement précis. L’objectif est de donner à voir les dynamiques humaines, professionnelles et collectives à l’œuvre dans les universités.

Le point de vue est porté par un professionnel de la communication, non comme expert mis en avant, mais comme observateur privilégié, capable de relier les acteurs, les missions et les temporalités.

Sources

1. Université Évry Paris-Saclay www.univ-evry.fr, « Semaines de rentrée des L1, DEUST1, BUT1 2026 » ; « Retour sur les semaines de rentrée 2025 ».

2. Léa Beaumatin, Anna Aslett et Christophe Roiné, La semaine d’intégration, un dispositif pour la persévérance en première année de licence ?, Open Lab In’Pact, Université de Bordeaux, novembre 2024.

3. Manon Rivat, Comprendre les ruptures en licence 1 : les conditions de vie des étudiants, Open Lab In’Pact, Université de Bordeaux, janvier 2026 ; Lucie Bonnefoy, « Devenir étudiant », L’Orientation scolaire et professionnelle, vol. 50, n° 3, 2021.

4. Mathieu Rossignol-Brunet, « “Probables déçus”, “possibles satisfaits” ou “contrariés certains” ? », Éducation & formations, n° 106, janvier 2024.

5. Université Évry Paris-Saclay, « Semaines de rentrée des L1, DEUST1, BUT1 2026 ».

6. Dahvia Ouadia, « Derrière les événements festifs de rentrée, la volonté d’intégrer et faire réussir les étudiants », Campus Matin, 14 octobre 2025.

7. France Universités, Propositions sur la structuration de la vie étudiante, décembre 2024.

8. Université Évry Paris-Saclay, « Welcome Desk, guichet unique d’informations » ; « Bien préparer sa rentrée ».

9. Aziz Jellab, « La socialisation universitaire des étudiants », Recherches sociologiques et anthropologiques, 42-2, 2011.

10. Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche, L’organisation de la première année des formations supérieures, mars 2023.

11. Université Évry Paris-Saclay, www.univ-evry.fr « Le dispositif Oui-Réussite » et Guide étudiant Oui RéusSIte, rentrée 2026.

12. Isabelle Bournaud et Patrick Pamphile, « Un dispositif d’accompagnement dans la transition lycée-université », Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur, 37-2, 2021.

13. Manon Rivat, Comprendre les ruptures en licence 1 : les conditions de vie des étudiants, Open Lab In’Pact, Université de Bordeaux, janvier 2026.

14. CP Université Évry Paris-Saclay https://www.univ-evry.fr/toute-lactualite/actualites-universite/communiques-presse/rentree-2026-a-luniversite-evry-paris-saclay-la-proximite-rend-lexcellence-accessible.html.

15. Gabrielle Beaupré et Sylvie Bonin, Le sentiment d’appartenance, un facteur de réussite trop souvent négligé !, Université du Québec, octobre 2024.

16. Claire Thoury, « Engagements étudiants et sentiment d’intégration », OVE Infos, n° 33, septembre 2016 ; Université Évry Paris-Saclay, « Engagement étudiant ».