Summer Schools : les établissements misent sur l’été pour attirer de nouveaux publics
Depuis quinze ans, de plus en plus d’établissements du supérieur français proposent des formations courtes pendant l’été. Cette stratégie répond notamment à une demande croissante pour des mobilités internationales plus souples et renforce l’attractivité des établissements. Tour d’horizon de trois approches à Sorbonne Université, à l’Université de Bordeaux et à HEC Paris.
Chaque année, alors que les campus se vident très largement de leurs étudiants habituels, certains établissements du supérieur ouvrent leurs portes à d’autres apprenants. Pour quelques jours ou plusieurs semaines, ils accueillent des publics venus découvrir une thématique, approfondir leurs connaissances sur un sujet ou faire avancer leur projet de recherche grâce à des enseignements de pointe. Selon les établissements, cette appellation recouvre des objectifs et des publics très différents.
À Sorbonne Université, l’objectif de l’école d’été est « d’ouvrir l’université à la cité et de participer à la diffusion du savoir au grand public », indique Sandrine La Néelle, cheffe de projet Université d’été depuis 2011 à Sorbonne Université.
Pendant quatre semaines, de juin à juillet, l’université propose 23 programmes interdisciplinaires de quinze heures, à raison de trois heures par jour. Les participants peuvent suivre des cours multidisciplinaires sur des thèmes variés comme les monuments de Paris, l’imaginaire de la Bible ou les femmes françaises.
Certains des programmes sont en français, d’autres en anglais. Des enseignements de Français langue étrangère (FLE) sont également dispensés. « À partir de 16 ans, toute personne qui souhaite se cultiver peut s’inscrire, il n’y a aucune sélection », souligne Sandrine La Neelle. La moyenne d’âge est d’environ 32 ans, avec près de 57 % de participants de 25 ans ou moins.
À l’Université de Bordeaux, les participants aux écoles d’été font au contraire l’objet d’une sélection exigeante basée sur le projet de recherche des candidats, leur motivation et leur niveau académique. « Certaines sont ouvertes aux mastérants et aux post-docs mais nous ciblons principalement les doctorants, présente Jeanne Lethielleux, cheffe de projet au sein du bureau de promotion internationale de l’Université de Bordeaux. Ce sont des écoles d’été qui visent à mettre en avant l’expertise et les priorités scientifiques de l’université. L’objectif est de proposer des formations courtes et intensives sur des domaines de pointe à des étudiants bordelais et étrangers. »
Cette année, de juin à septembre, les participants suivront des sessions d’une semaine de cours en anglais portant par exemple sur la transition écologique, le droit du travail, la cardiologie ou encore les neurosciences.
À HEC, « la sélection repose avant tout sur la motivation et l’adéquation avec le programme », décrit Elyse Michaels Berger, directrice des programmes courts à HEC Paris. « Pour les programmes destinés aux adultes, un niveau d’anglais est requis et les candidats répondent à des questions rédactionnelles qui nous permettent d’évaluer leur profil et leurs objectifs », précise-t-elle. Ils peuvent suivre pendant deux semaines des cours en anglais sur l’énergie et la finance, les data sciences et l’IA, le management du luxe…
Ces enseignements s’adressent principalement aux étudiants et aux jeunes professionnels, mais l’établissement propose aussi des programmes « Youth », en français ou en anglais, pour les 15-18 ans.
Un aspect interculturel important
Les écoles d’été des trois établissements attirent un public très international. À Sorbonne Université, les participants étrangers viennent de 60 pays et constituent en moyenne 80 % des effectifs. « Il y a une vraie demande de la part de ces publics, constate Sandrine La Néelle. L’aura de la Sorbonne est très forte à l’étranger. »
Le nom de HEC fait aussi son effet : « [Il] attire l’attention et ouvre la porte, estime Elyse Michaels Berger. Mais l’expérience vécue sur le campus et le contenu académique sont ce que les participants retiennent. »
L’édition 2026 rassemble plus de 70 nationalités, avec entre 5 et 10 % de Français. « Nous serions ravis d’en accueillir davantage, notamment parce que ces programmes permettent aux étudiants français de découvrir qu’HEC leur est accessible même s’ils n’ont pas suivi la voie traditionnelle de la classe préparatoire. C’est d’ailleurs l’un des objectifs de notre démarche », commente la directrice des programmes courts.
À Bordeaux, les deux tiers des participants français sont bordelais. Ils représentent 20 % des effectifs totaux. « C’est une opportunité pour des étudiants de notre établissement de rencontrer leurs homologues à l’international, de développer leur réseau et de s’ouvrir sur le monde avec un aspect interculturel important », note Ciara Duffy, responsable du bureau de la promotion internationale à l’Université de Bordeaux.
Ils peuvent aussi participer à des écoles d’été organisées par des établissements partenaires. « C’est ce que l’on appelle en interne des écoles tournantes, ajoute Ciara Duffy. Elles peuvent avoir lieu une année à Bordeaux, et l’année d’après chez le partenaire pour davantage accentuer la réciprocité partenariale. ».
Des enseignants-chercheurs de ces établissements sont d’ailleurs invités à donner cours dans ces programmes. C’est une occasion pour l’établissement de mettre en avant ses laboratoires, ses infrastructures et le matériel présent sur le campus.
Un outil de pré-recrutement
Les écoles d’été s’inscrivent pleinement dans les stratégies d’internationalisation et d’attractivité des établissements. Elles permettent notamment de toucher des publics plus intéressés par des mobilités courtes. Mais l’expérience débouche aussi parfois à l’inverse sur une inscription dans une formation longue, fonctionnant comme un outil de pré-recrutement.
« Traditionnellement, environ 30 % de nos participants candidatent ensuite à l’un de nos programmes de Master, et près d’un tiers d’entre eux sont admis chaque année, relève Elyse Michaels Berger. Pour certains, la Summer School est l’occasion de découvrir HEC et de vérifier si l’établissement correspond à leurs attentes ».
Cela arrive beaucoup plus rarement à Sorbonne Université, où il s’agit plutôt, pour la majorité des participants, de passer des « vacances intellectuellement stimulantes », de « découvrir Paris autrement » ou d’améliorer son niveau de français tout en visitant les bâtiments historiques de l’université.
Une valorisation académique ou professionnelle
Les participants aux écoles d’été des trois établissements repartent avec un certificat de participation. À HEC Paris, ce document peut être utilisé pour solliciter (sans garantie) l’attribution de cinq crédits ECTS auprès de l’établissement d’origine, pour les participants qui assistent à l’intégralité du programme et réussissent les évaluations.
Il sert également de preuve du contenu et du niveau de formation suivi auprès de l’employeur. À Sorbonne Université et à l’Université de Bordeaux, le document revêt une dimension plus honorifique et symbolique. Les cours ne sont pas diplômants mais le certificat remis peut néanmoins être valorisé dans le parcours académique des participants. Il démontre par exemple leur curiosité intellectuelle et leur intérêt pour une thématique.
« C’est un joli papier où l’on stipule que les participants ont bien suivi des cours, explique Sandrine La Néelle. Ils apprécient de l’avoir, mais ils sont surtout très contents d’avoir suivi des cours qui sont, pour eux, d’un très haut niveau et d’avoir rencontré des gens de tous âges et de tous pays ».