Vie des campus

Covid-19 : la formation continue universitaire entre inquiétude et opportunité de transformation

Par Marc Guiraud | le | Stratégies

En sortie de crise sanitaire, comment les entreprises vont-elles gérer le sujet de l’alternance et de la formation et quelles en seront les conséquences pour les services de FCU ?

La formation continue universitaire saura-t-elle saisir l’occasion de transformer son offre pour développer la formation à distance ?

Nuages - © MG - © MGu/NTE
Nuages - © MG - © MGu/NTE

Tous les personnels des services de FCU se sont mobilisés

56 % des services ont maintenu partiellement leurs actions de formation et 39 % les ont annulées, selon une enquête menée par réseau des directeurs de services de formation continue. Les services ont réussi à gérer les sujets administratifs et financiers, les validations des acquis et d’appui à la mise en œuvre des formations (80 % des services), l’appui aux alternants et aux entreprises d’accueil des alternants (77 %) et les actions d’information et de conseil en formation ainsi que leurs relations avec les entreprises (70 %).

Que ce soit ou non dans sa fiche de poste

Franck Giuliani
Franck Giuliani - © D.R.

Tous les personnels des services de FCU se sont mobilisés « au service de nos stagiaires pour trouver des réponses à toutes les interrogations. Tout le monde a aidé, que ce soit ou non dans sa fiche de poste », déclare Franck Giuliani, président du réseau des directeurs de services de formation continue.

« Toute l’activité est impactée, en effet, mais 100 % des enseignements ont été transférés en distanciel ou bien reportés. Pour l’instant nous n’avons pas constaté d’annulation, mais c’est à surveiller. De belles initiatives ont été menées sur la VAE notamment », précise France Velazquez, directrice Formation professionnelle et apprentissage de CY Cergy Paris Université, à Campus Matin, dont la direction FCU fait 2 593 661 euros de chiffre d’affaires avec 18 collaborateurs « au service des individus, des entreprises, des partenaires et des composantes ».

Les chiffres clés de la FCU

La formation continue dans l’enseignement supérieur public sous tutelle du Mesri (universités, Cnam et écoles) génère un chiffre d’affaires de 480 M€ et accueille 452 000 stagiaires. (chiffres 2018)

La durée moyenne des formations dispensées dans ce cadre s’élève à 150 heures, dont 124 heures de nature pédagogique.

Un tiers des stagiaires préparent des diplômes nationaux, principalement dans trois spécialités : « services aux personnes », « sciences humaines et droit » et « échange et gestion ».

Les diplômes nationaux représentent deux tiers des 103 000 diplômes délivrés, au sein desquels quatre sur dix sont des licences ou masters professionnels.

Prendre part à la digitalisation

« Un certain nombre de services ont également maintenu leurs activités autour de la communication. Certains prennent part à la digitalisation des formations. Dans certains services, le travail sur des projets innovants se poursuit également », ajoute l’enquête.

« Quelles seront les politiques formation des entreprises ? Les stages intra et inter sont très liés à la reprise de l’activité », poursuit Franck Giulani. « Mis à part quelques très grandes entreprises qui ont assez d’assise pour poursuivre leur stratégie RH, tout le tissu PME-PMI se demande plutôt comment il va survivre. On est sur quelque chose de totalement atone, et ça inquiète forcément ».

Les demandes individuelles via l’application CPF

France Velasquez
France Velasquez - © D.R.

Concernant les apprentis, « les apprentis suivent les enseignements à distance, des contenus ont été mis à disposition à distance et les échanges synchrones sur la compréhension des contenus sont privilégiés, ce sont aussi des modalités plus flexibles pour les alternants par rapport à leur rythme », commente France Velazquez.

Mais « quand bien même on a des candidatures de jeunes, nous nous interrogeons sur l’attitude des entreprises. Même si elles finissent par s’engager, il y aura forcément un décalage dans le temps pour la signature des contrats » dit Franck Giulani.

Les formations individuelles sont le segment de marché qui s’effondre le moins. « Les demandes de renseignement, via l’appli CPF ou les contacts de nos établissements, ne faiblissent pas et des dossiers de VAE ou de bilans de compétences ont été engagés. » ajoute-t-il.

Parcourplus : une prise en charge plus précoce qu’en 2019

En 2020 est mis en place Parcourplus, le module de Parcoursup dédié aux publics en reprise d'étude qui avaient été nombreux à s’inscrire sur Parcoursup en 2019. Ainsi les candidats qui y ouvrent un dossier se voient proposer une vaste offre de services. « Nous faisons partie des acteurs qui peuvent les accompagner », indique Franck Giuliani.

« On a du mal à identifier pour le moment si c’est un public différent du public qui vient directement dans nos établissements. En tout cas, c’est intéressant de voir que c’est un public qui arrive par le biais d’un accès à l’enseignement supérieur. Et on va pouvoir le prendre en charge plus tôt qu’en 2019. »

Quel télétravail dans les services ?

Si dans beaucoup de services de FCU comme celui de CY Cergy Paris Université, « tout est dématérialisé et tous les collaborateurs sont en télé travail, il n’y a pas eu de rupture de service et les outils de gestion sont accessibles en ligne », dans 15 % des services, aucun collaborateur ne pouvait accéder aux logiciels de gestion de la formation continue et quatre fois sur dix seul un nombre limité de collaborateurs pouvait y accéder.

« C’est assez logique, car les accords de télétravail ne sont pas encore massifs dans les universités. Et même si depuis l’enquête, des solutions ont été trouvées pour faciliter cet accès, cela fera partie des enseignements à tirer, et plus globalement sur l’organisation du travail », ajoute Franck Giuliani.

Et pour la suite ?

« Tout dépend de ce qu’il sera possible de mettre en place. Ceux qui s’en sortiront sont ceux qui ont la capacité de privilégier le 100 % distanciel ou l’hybride a minima » dit Franck Giuliani.

France Velasquez prévoit de « renforcer l’accompagnement sur le financement pour minorer d'éventuels désistements et faire connaitre les différentes mesures mise en place par le ministère du travail pour les entreprises et salariés en activité partielle via le FNE Formation ».

Un révélateur pour prendre le virage de la formation à distance ?

« Il nous faudra tirer les leçons de cette période inédite et diversifier nos approches » ajoute la directrice de la formation continue à CY Cergy Paris Université.

« En termes de service, sur l’accompagnement des personnes en reprise d'études, de nouveaux projets se mettent en place et vont s’intensifier en intégrant le distanciel, comme par exemple les jurys : 73 sont planifiés cet été rien que sur la VAE. Les enseignements vont également évoluer en intégrant de nouvelles approches. C’est en ce sens que CY Cergy Paris Université s’est doté d’un Design Hub pour penser différemment l’offre de formation. En termes d’organisation interne, les modes de travail collaboratifs vont se développer. Une page nouvelle va s'écrire et nous continuerons à contribuer à la sécurisation des parcours professionnels de tous les actifs », estime France Velazquez.

« Est-ce que cette crise va nous servir de révélateur pour prendre le virage de la formation à distance, et permettre à nos universités de se positionner vraiment sur ce marché dont nous sommes clairement absents ? » demande Franck Giulani.

Les clés pour mobiliser les équipes

« On doit apprendre les règles de la formation à distance, dans le cadre de la FCU qui a trait aussi au Code du travail. Produire un scénario pédagogique accessible à distance ne suffit pas, il faut aussi apporter les éléments de preuve que les stagiaires ont participé, et rendre compte de leurs parcours. Ce qui n’est pas forcément dans notre culture » souligne-t-il.

« Sur ce sujet, on n’avait pas encore trouvé les clés pour mobiliser les équipes. J’espère que nos présidents et notre tutelle vont se saisir de l’opportunité créée par la crise. Ce virage ne peut pas reposer sur la seule bonne volonté, il doit relever d’une vraie politique politique. Et si c’est à l’échelle de la FCU, on va continuer à vivoter, mais si c’est à l’échelle de l’université tout entière, alors le changement pourra peut-être devenir une réalité ».

« Dans les prochains mois, on va avoir une démarche d’accompagnement pour les établissements déjà certifiés ou en cours, qui veulent aller chercher l’audit complémentaire afin d’obtenir Qualiopi, et pour ceux qui n’ont rien, à aller chercher Qualiopi. On se donne un an pour sortir une version rénovée du référentiel qualité FCU pour qu’il soit différenciant et permette de se positionner. »

Selon lui « la crise actuelle donne encore plus de sens à ces démarches. La notion de service public, ce n’est pas de la théorie. Ce sont des valeurs qui animent nos établissements et qu’on a pu retrouver dans nos établissements dès les premières semaines de la crise. C’est une vraie identité de travail de tous les collaborateurs, qu’on doit mieux valoriser ».

Les chiffres clés de la FCU

La formation continue dans l’enseignement supérieur public sous tutelle du Mesri (universités, Cnam et écoles) génère un chiffre d’affaires de 480 M€ et accueille 452 000 stagiaires. (chiffres 2018)

La durée moyenne des formations dispensées dans ce cadre s’élève à 150 heures, dont 124 heures de nature pédagogique.

Un tiers des stagiaires préparent des diplômes nationaux, principalement dans trois spécialités : « services aux personnes », « sciences humaines et droit » et « échange et gestion ».

Les diplômes nationaux représentent deux tiers des 103 000 diplômes délivrés, au sein desquels quatre sur dix sont des licences ou masters professionnels.

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