Vie des campus

Suède : une rentrée entre distance et présence à la KTH Stockholm

Par Laura Makary | le | Stratégies

L’école d’ingénieurs KTH Stockholm, la plus grande université de technologie scandinave, vient d’effectuer sa rentrée, dans des conditions forcément exceptionnelles. Distance incluse, mais masques en option.

Campus Matin vous y transporte. 

A la KTH Stockholm, le port du masque n’est pas obligatoire. - © Jann Lipka
A la KTH Stockholm, le port du masque n’est pas obligatoire. - © Jann Lipka

L’institution suédoise a beau s’approcher de la fin de son deuxième centenaire, elle vit une première. Comme dans le reste du monde, la rentrée de la KTH Stockholm est placée sous le signe de la pandémie, de la distanciation sociale et de l’éducation en ligne.

Depuis le printemps, il a fallu s’adapter, tâtonner, expérimenter, trouver des solutions. Car même si la Suède n’a jamais basculé dans le confinement complet et généralisé, la distanciation sociale est de mise et depuis mars, il n’est pas possible de réunir plus de 50 personnes dans une salle de classe.

En revanche, dans le pays, contrairement à chez nous, le masque n’est pas obligatoire, que ce soit dans la ville, les salles de cours ou les couloirs de l’établissement. Certains le portent, d’autres non.

Priorité aux premières années

Leif Kari, vice-président de la KTH Stockholm analyse les nouvelles modalités adoptées par son établissement face à l'épidémie.
Leif Kari, vice-président de la KTH Stockholm analyse les nouvelles modalités adoptées par son établissement face à l'épidémie. - © D.R.

Situation sanitaire oblige, la rentrée se vit en deux temps. Une majorité des cours se tiennent en ligne. Et une partie des enseignements, seulement, ont lieu directement sur le campus, qui n’a jamais vraiment fermé, mais s’efforce de respecter les recommandations officielles quant à la distanciation sociale. La solution trouvée par l’université : privilégier certains étudiants et leur permettre de venir sur place.

Leif Kari, vice-président de KTH Stockholm en charge de l’éducation, vit cette transition au quotidien :

« Pour cette rentrée, nous avons décidé de donner la priorité aux élèves de première année de licence, qui démarrent leur scolarité dans l’enseignement supérieur, et de première année de master, souvent des étudiants étrangers. Il est essentiel pour eux de venir sur le campus, d’apprendre à se connaître et à connaître l’établissement », détaille-t-il.

Cette partie des quelque 13 000 étudiants de l’université de technologie passe environ la moitié de sa semaine sur le campus, l’autre moitié derrière son ordinateur, pour suivre des cours et exercices en ligne.

Donner la priorité aux élèves de première année de licence

Tous les autres viennent peu physiquement et se contentent d’un enseignement en ligne. L’établissement prévoit qu’ils viennent sur site au moins une fois par mois, mais les accueille dans les faits lorsqu’ils le souhaitent, par exemple à la bibliothèque, à condition qu’ils respectent la distance requise entre chacun.

« Cela nous a demandé une adaptation, notamment dans la conception des plannings, pour regrouper les activités présentielles et éviter les allers et retours jusqu’au campus. L’objectif n’est pas que les étudiants et enseignants passent leur temps dans les transports en commun », pointe Leif Kari. Cette organisation paie : pour le moment, très peu de cas Covid ont été détectés.

Passage massif au distanciel

 Dans la bibliothèque de la KTH comme partout sur le campus, la distanciation est de rigueur. © Jann Lipka
Dans la bibliothèque de la KTH comme partout sur le campus, la distanciation est de rigueur. © Jann Lipka - © Jann Lipka

Comme en France, le printemps s’est déroulé sous le signe de la e-éducation massive, et surtout imprévue. « Début mars, nous avions déjà commencé à augmenter progressivement la part de cours en ligne. Et à partir du 18 mars, toute notre éducation est passée à distance. Avec le recul, cela s’est plutôt bien passé, notamment grâce à la compréhension des élèves comme des enseignants », détaille le vice-président.

Il suffit de voir le nombre de réunions Zoom organisées au sein de l’université : d’à peine quelques centaines par semaine, elles ont explosé à plus de 15 000 hebdomadaires, durant toute la période. 

Avec le recul, cela s’est plutôt bien passé

Pour pallier cette hausse soudaine d’activités en ligne, l’équipe « IT » s’est étoffée, passant de quelques salariés à temps plein à une imposante équipe comptant jusqu’à 70 personnes, afin d’aider toute la communauté à effectuer la transition vers le digital et à bien utiliser les outils.

« Nous avons aussi développé de plus en plus d’enregistrements asynchrones, pour les cours, des exercices de groupe à distance… Tout le monde a joué le jeu », se réjouit Leif Kari.

Au départ, avec une simple transposition au numérique, puis avec une réflexion plus approfondie sur la complémentarité des formats.

La difficulté de l’examen en ligne

Charley Jönsson préside l’association étudiante de la KTH Stockholm.
Charley Jönsson préside l’association étudiante de la KTH Stockholm. - © Charley Jönsson

Un exemple tout à fait concret : les examens. Entre rattrapages et partiels, la KTH a dans un premier temps transposé la grande majorité de ses tests sur Zoom. « Auparavant, la quasi-totalité de nos examens se faisaient sur le campus. Il n’était bien sûr pas possible de les maintenir tels quels en respectant les distanciations sociales, d’autant que la plupart de nos examinateurs sont âgés, et donc potentiellement à risques. Il a fallu trouver des solutions, en transférant dans un premier temps les examens en version en ligne », se souvient le vice-président.

Un format qui n’a pas vraiment convaincu les étudiants. Selon un sondage interne réalisé en septembre, deux tiers d’entre eux n’ont pas apprécié ce type d’examen. « Les étudiants étaient inquiets, ils ont eu peur d’être accusés à tort de tricher, car on ne voit pas toujours ce qu’il se passe réellement, à travers une caméra », selon Charley Jönsson, le président de l’association étudiante de l’université. Du côté des examinateurs, repérer une tricherie n’est pas non plus évident.

Face à ce mécontentement, le corps enseignant et l’administration ont rapidement réagi, pour trouver d’autres façons de tester et de noter les connaissances de ses élèves.

« Nous avons cherché des alternatives : par exemple des oraux ou des devoirs maison, d’autres solutions permettant de mieux apprendre et retenir les cours. Finalement, cette période peut être une opportunité d’utiliser plus intelligemment les outils numériques, au service de l’apprentissage.

En mars, nous étions dans la substitution pure et simple. Aujourd’hui, nous réfléchissons et impliquons le corps professoral dans ces questionnements, pour que l’outil serve l’enseignement », estime le vice-président de l’université.

Les élèves ne peuvent qu’acquiescer : le sondage interne montre que plus des trois quarts soutiennent des examens pratiques, par exemple en laboratoire, ou des devoirs à la maison.

Un environnement approprié

Évidemment, tout n’est pas simple non plus en cette rentrée. Notamment pour les étudiants logés dans de petits espaces, qui ne peuvent venir aussi souvent qu’auparavant sur le campus. « Beaucoup d’entre nous vivons dans des logements étudiants, des chambres dans des résidences ou des colocations. Nous n’avons pas de réel espace bureau, ce n’est pas un environnement approprié et optimisé, et cela peut poser problème pour l’apprentissage. Même si nous savons que l’école fournit de vrais efforts pour assurer une continuité pédagogique », souligne Charley Jönsson.

La KTH en a bien conscience. Leif Kari sent bien l’envie de ses ingénieurs en herbe de revenir sur le campus. Son objectif dorénavant : tirer les bonnes leçons de cet épisode pour proposer le meilleur enseignement possible à ses étudiants, entre présence et distance.

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