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Comment sont recrutés les intervenants extérieurs dans les grandes écoles ?

Par Marine Dessaux | le | Concours/recrutement

Enseignants-chercheurs spécialistes, professionnels en poste : les grandes écoles recrutent des intervenants extérieurs pour donner cours, plus ou moins régulièrement, à leurs étudiants.

Pour Campus Matin, Stéphane Justeau, en charge de l’Institut de pédagogie avancée de l’Essca, revient sur la qualification exigeante des grandes écoles dictée par les accréditations. Stecy Fabriano fait également un point sur la façon de recruter à la Web School Factory.

Les intervenants extérieurs sont recrutés parmi les professionnels et les enseignants-chercheurs - © Essca
Les intervenants extérieurs sont recrutés parmi les professionnels et les enseignants-chercheurs - © Essca

En charge de l’Institut de pédagogie avancée de l’Essca depuis 2010, Stéphane Justeau forme les enseignants de l’école mais aussi de différents établissements du supérieur en France et à l’étranger. Doyen du corps professoral, il est également impliqué dans le processus de recrutement des intervenants extérieurs.

Et il faut dire qu’identifier et sélectionner les enseignants non-titulaires qui interviendront dans les cursus de l’école de commerce n’est pas une mince affaire ! En effet, sur 700 chargés d’enseignement, seuls 150 sont permanents.

Les voies de recrutement

Pour qu’un CV soit considéré par les recruteurs au sein d’une école, il existe trois possibilités : le candidat postule, est reconnu dans son domaine et contacté ou est coopté par un enseignant en interne.  « Parfois se sont des chargés d’enseignement qui transmettent des CV de leur réseau, précise Stéphane Justeau. Ils sont alors stockés avec les autres. »

En effet, les candidatures ne sont jamais étudiées directement et pour cause : l’école reçoit quotidiennement « entre cinq et dix CV », d’après le doyen, via la partie recrutement de son site.

« Dans un premier temps nous déterminons les besoins : dans quelle discipline, quel programme, etc.  Puis on classe les CV, on ouvre ceux qui correspondent, on les regarde minutieusement. Nous ne donnons jamais un non définitif : car on ne connait pas les besoins à très long terme. »

Lorsqu’un profil est retenu, il est envoyé au département d’enseignement concerné qui se charge par la suite de la prise de contact.

Une sélection des profils exigeante

« La qualification des enseignants dans les grandes écoles est dictée par les accréditations, explique Stéphane Justeau. Elles nous encouragent à rechercher plusieurs types de profils : soit des enseignants-chercheurs soit des professionnels issus du monde de l’entreprise qui ont une expertise. »

Même au sein de ces catégories, les candidats doivent répondre à de hautes exigences. « Dans la sélection, la rigueur est importante, car certains profils ne conviennent pas », ajoute le doyen.

Quelles qualités requises ?

Pour le premier cycle (les années 1 à 3), l’Essca recherche des enseignants qui soient « pédagogues, capables de rendre simples des choses complexes et conceptuelles, d’ouvrir l’esprit des étudiants », décrit Stéphane Justeau.

Une capacité de pédagogie d’autant plus importante que l’école accueille des étudiants post-bacs - et qui ne passent donc pas par la case prépa - très jeunes. « Cette qualité est particulièrement recherchée en ce moment, alors que les primo-arrivants ont vécu une année de terminale bouleversée », souligne celui qui est également professeur.

Enfin, pour le second cycle (années 4 et 5), ce sont des enseignants plus spécialisés qui sont recrutés pour « parler de leur métier, de l’entreprise, alors que les étudiants commencent à s’orienter ». Dans certaines filières pratiques, comme la gestion de patrimoine, les chargés d’enseignement sont « rarement des académiques, et plutôt de grands professionnels »

En revanche, l’établissement ne recrute jamais pour un très grand nombre d’heures. Si les interventions sont régulières, le chargé d’enseignement passera au statut de permanent.

À la Web School Factory, des intervenants extérieurs « recherchés tout au long de l’année »

« À La Web School Factory, nous recherchons des intervenants tout au long de l’année. Cela nous permet de les rencontrer en amont même d’un besoin, de comprendre leur domaine d’expertise et de voir comment nous pouvons les intégrer au moment de la mise à jour de notre matrice de cours (vers mars/avril) », indique Stecy Fabriano, coordinatrice pédagogique des intervenants à la Web School Factory.

« Nous recevons de nombreux CV par mail, des candidatures spontanées. Mais aussi des messages via linkedin. Quand le profil entre dans le scope de La Web School Factory (par rapport à un besoin identifié ou à une compétence non encore intégrée), nous prenons rendez-vous et procédons à un entretien avec lui, là encore pour identifier son champ d’intervention. Nous lui présentons ensuite notre pédagogie, notre vision et philosophie. Lors de cet échange, nous voyons aussi comment l’intervenant envisage la pédagogie et si elle nous parait compatible avec nos valeurs », ajoute-t-elle.

Une rémunération à l’heure

À l’Essca, les intervenants extérieurs sont payés à l’heure. « Il y a des grilles auxquelles on se réfère selon l’année de cours », indique Stéphane Justeau.

À la Web School Factory, l’heure de cours est facturée entre 50 à 70 € TTC. « La plupart de nos intervenants ont leur propre structure de facturation et le tarif horaire varie, surtout en fonction de l’expertise de l’intervenant, précise Stecy Fabriano. L’expérience et l’expertise sont les critères principaux. Nous reconnaissons aussi faire appel à des compétences plus rares qui se valorisent davantage. Viennent ensuite des critères d’ancienneté par exemple. »

Des contrats de durée variable

Être chargé d’enseignement extérieur est possible pour un très faible nombre de cours. « Certains font peu d’heures, d’autres beaucoup plus. Pour les années 4 et 5, on cherche parfois des intervenants sur des thématiques très pointues. Dans ce cas, comme la personne a généralement peu de temps, nous pouvons la faire venir pour trois ou cinq heures », précise Stéphane Justeau.

Quelles évolutions de carrière ?

À quoi un intervenant extérieur qui s’épanouit dans cette voie peut-il aspirer ? « Si l’enseignant est très bien, on pourra augmenter ses heures en cas de besoin, répond Stéphane Justeau. Il est arrivé qu’un enseignant-chercheur soit recruté comme permanent. En revanche, cela n’arrivera pas avec un professionnel : seuls les académiques avec un rythme de publication assez soutenu pourront devenir permanents. »

Il précise néanmoins : « Être intervenant extérieur n’est pas une porte d’entrée pour devenir permanent, il y a des recrutements spécifiques pour ceux qui souhaitent l’être ».

Avant de postuler : quels conseils ?

Avant de se lancer dans la préparation d’une candidature, Stéphane Justeau recommande d’avoir une vision claire de ce qui est attendu.

Bac+5 minimum et une expérience professionnelle significative

« Nous recevons beaucoup de candidatures de personnes qui n’ont pas compris ce qu’était le marché de l’enseignement supérieur. Pour éviter de perdre du temps, il faut avoir une idée des deux grandes catégories qui sont recherchées et des standards. En effet, dans toutes les grandes écoles, nous répondons à des standards internationaux fixes qui peuvent être retrouvés, notamment ceux de l’AACSB. Chez les professionnels par exemple, nous recrutons seulement des gens avec un bac+5 minimum et une expérience professionnelle significative, qui se sont déjà occupés de services à part entière. »

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