Qualification aux fonctions d’enseignant-chercheur ou chercheur : démêler le vrai du faux
Endorecrutement, nationalité, recours, VAE, etc. Les processus de qualification à la fonction de maître de conférences (MCF) et d’intégration d’un établissement public à caractère scientifique et technologique (EPST) comme chargé de recherches font souvent l’objet d’idées reçues. Voici quelques informations garanties 100 % anti-hoax.
Les règles de sélection peuvent être biaisées par l’endo-recrutement
Faux - Au sein du Conseil national des universités (CNU) comme dans les organismes de recherche, des règles de déport sont établies au niveau national. En recherche, un jury ne peut pas participer à la sélection d’un candidat déjà encadré par son laboratoire. Concernant le CNU, plusieurs mesures sont explicitées dans le règlement interne :
- les membres de la famille d’un candidat ne peuvent pas siéger ;
- le directeur de thèse sort de la salle où se tient la session durant la discussion de la candidature de son doctorant ;
- les membres du CNU appartenant au même établissement que le candidat ne peuvent pas prendre part aux discussions le concernant.
Une situation peut-être un peu moins transparente pour la procédure de sélection des MCF au sein des établissements, où les règles sont seulement locales. Mais la pratique reste limitée. Selon la DGRH, en 2023, 19 % des MCF ont été endo-recrutés. Une proportion relativement stable au fil du temps et dont le niveau varie peu d’une discipline à l’autre.
En cas de profil pluridisciplinaire, mieux vaut postuler dans plusieurs sections
Vrai - C’est préférable pour mettre toutes les chances de son côté, en particulier en recherche, où le nombre de postes ouverts chaque année est souvent très faible par rapport au nombre de candidats. Par exemple, au CNRS, le taux de réussite moyen est de moins de 10 %.
Côté qualification, d’après une étude de la DGRH du ministère publiée en août 2025, en 2024, 76 % des lauréats l’étaient dans une seule discipline. La double qualification concerne 20 % des lauréats, 4 % d’entre eux en ont même décroché trois et moins de 1 % de quatre à six. Ces cumuls relèvent en majorité de sections voisines au sein d’un même groupe du CNU (ex : mécanique et génie civil).
À partir du moment où on est qualifié dans une section, on peut aller postuler comme MCF dans n’importe quelle discipline
Vrai… mais sur le papier seulement, bien sûr. Un lauréat de la qualification en philosophie a peu de chances d’être sélectionné par un établissement pour enseigner en physique quantique, par exemple.
La phase de qualification est plus stressante que celle de la sélection pour intégrer un établissement
Faux - La qualification est un processus exigeant, mais pas foncièrement stressant, car ce n’est pas un concours. En revanche, le passage devant les comités de sélection des établissements pour décrocher un poste de MCF est souvent plus compétitif.
Après une phase de constitution et de dépôt du dossier, les candidats admissibles sont convoqués à une audition devant un jury, composés de représentants internes et externes de la discipline. L’audition, d’une durée de 20 à 30 minutes, se compose d’une présentation du parcours, puis de celle du projet de recherche dans le laboratoire, et parfois d’un mini cours sur un sujet imparti.
La qualification est plus ou moins sélective selon les disciplines
Vrai - Ce, tant du fait de la loi de l’offre et de la demande - le nombre de postes ouverts étant déterminé par chaque section en fonction du nombre de recrutements prévu sur l’année - que de la variabilité du niveau d’exigence requis par les différentes sections. Selon la DGRH, en 2024, 65 % des dossiers examinés ont été acceptés. Mais la part moyenne des dossiers qualifiés allait de 84,5 % en sciences de la terre à 33,5 % en droit et sciences politiques, en passant par 62,9 % en langues et littérature ou encore 54,5 % en économie-gestion.
On ne peut pas acquérir la qualification par la VAE
Faux - Pour cela, il faut justifier de trois ans d’activité professionnelle effective au cours des six années précédentes, à l’exclusion des fonctions d’enseignant ou de chercheur dans un EPST, d’activités accessoires exercées en tant que fonctionnaire et ou de productions des œuvres de l’esprit.
Il faut fournir des pièces justificatives permettant d’établir la durée de l’activité et quotité de travail effectuées pendant la période requise (attestations d’employeur, contrats de travail, bulletins de salaire, attestation Urssaf, factures, etc.). Le CV doit présenter les activités en matière d’enseignement, de recherche, d’administration et les autres responsabilités collectives. Il mentionnera, le cas échéant, cursus, parcours professionnel et liste des publications. Entre un et trois travaux, ouvrages ou articles sont à joindre, ainsi que les pièces complémentaires demandées par la section visée.
Je ne suis pas Français, je peux postuler
Vrai, que ce soit pour la qualification ou l’intégration d’un organisme de recherche. Selon la DGRH, près de 20 % des MCF recrutés sont d’ailleurs étrangers, un chiffre qui monte parfois à plus de 50 % dans les OR. La plateforme Odyssée est d’ailleurs désormais bilingue français-anglais. Seule contrainte : si la thèse a été passée à l’étranger, elle doit obligatoirement être accompagnée de sa traduction en français, assortie d’une attestation sur l’honneur garantissant la conformité de la traduction. Les auditions peuvent être réalisées en anglais, totalement ou partiellement.
En tant que titulaire d’une RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé), je peux bénéficier d’aménagements
Vrai - Concernant la qualification, s’il n’existe pas de voie spécifique « handicap », les candidats sont invités à signaler tout ce qui permet de comprendre leur situation. Par exemple, à expliquer en quoi leur état de santé a pu ralentir la production de la recherche ou les empêcher d’enseigner. En revanche, après la sélection par établissements, il existe des postes de MCF réservés aux bénéficiaires de l’obligation d’emploi (BOE) mais très rares (12 pour la session 2023, dernière connue).
Pour l’intégration des organismes de recherche, deux procédures coexistent. D’une part, l’aménagement des épreuves, conformément à la réglementation générale. Ces aménagements doivent être demandés par le candidat au moment de l’inscription, sur la base d’un certificat médical. D’autre part, le recrutement par la voie contractuelle (procédure dérogatoire, ouverte chaque année sur un nombre de postes dédiés), via un dossier de candidature suivi d’une audition devant un jury. Le candidat est d’abord recruté en CDD d’un an (éventuellement renouvelable une fois). À l’issue de ce contrat, il peut être titularisé.
Mon école doctorale/unité de recherche peut m’aider à me préparer
Vrai - Elles sont nombreuses à avoir mis en place des dispositifs d’accompagnement pour aider leurs doctorants et jeunes docteurs à se préparer aux concours pour des postes de MCF ou de CR. Les outils proposés sont multiples : modules de préparation à la poursuite de carrière académique (comme le « Parcours Enseignement du Supérieur » de Paris-Saclay, par exemple), ateliers sur la procédure de qualification CNU et les modalités de recrutement, sessions sur l’élaboration du dossier de candidature, préparation aux auditions et entretiens, conseils sur la préparation de la présentation (contenu, timing, adaptation au poste), partage d’expériences entre pairs, coaching sur la communication et la gestion du stress…
Si on est retoqué, il n’y a pas de recours possible
Faux - Pour la qualification, dans un délai de deux mois suivant la décision de rejet (quatre mois pour les candidats vivant à l’étranger), il est possible de consulter le motif du refus et de former un recours argumenté, soit gracieux ou hiérarchique, soit contentieux devant la juridiction administrative compétente. Néanmoins, ce recours n’est pas suspensif. En recherche, la décision du jury est souveraine. Toutefois, on peut généralement contacter le Président de section pour avoir un débrief informel de sa prestation. Utile pour préparer au mieux une autre tentative !
Un dossier complet de Campus Matin sur les concours pour devenir enseignant-chercheur ou chercheur
Cet article s’inscrit dans un dossier complet consacré aux procédures de qualification aux fonctions de maître ou maîtresse de conférences et au recrutement au sein des universités et organismes de recherche, comme enseignant-chercheur ou chercheur.
Vous y découvrirez les conseils de membres du CNU qui étudient les dossiers des candidats, de jurys, ou encore de la DGRH (direction générale des ressources humaines) du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, mais aussi des infos pratiques, et des témoignages d’anciens candidats qui ont réussi.
Bonne lecture !