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[C'est sa mission] Photographe d'université, un autre regard sur le campus

Par Marine Dessaux | Le | Personnels et statuts

Elle couvre les événements importants, capture l’évolution des chantiers ou tire des portraits… Photographe à l’Université de Strasbourg, Catherine Schroder exerce une fonction à part, laissant une place à l’artistique, dans le monde institutionnel de l’enseignement supérieur. Portrait du métier de cette passionnée en charge depuis 2009 de la mémoire visuelle du campus alsacien.

Catherine Schroder propose une vision différente de l’Unistra, de nuit. - © Catherine Schroder
Catherine Schroder propose une vision différente de l’Unistra, de nuit. - © Catherine Schroder

Catherine Schroder est photographe à l’Université de Strasbourg (Unistra). Sur le campus, elle immortalise le quotidien des étudiants, des chercheurs et des personnels. Des morceaux de vie qui sont ensuite utilisés pour de multiples supports : site internet, réseaux sociaux, expositions, magazine en ligne Savoir(s)

Un métier qui demande de la créativité, de la mobilité et qui s’avère très divers, malgré un terrain de jeu limité aux frontières des différents sites de l’établissement.

Un parcours marqué par la pratique artistique

Catherine Schroder est photographe et responsable de la photothèque de l’Unistra. - © @Teona
Catherine Schroder est photographe et responsable de la photothèque de l’Unistra. - © @Teona

Sur le référentiel du « technicien photographe », un bac professionnel photographe ou une formation aux techniques de l’audiovisuel, de la photographie et/ou du multimédia sont plébiscités.

Catherine Schroder, elle, n’a pas suivi un parcours si linéaire : après une formation post-bac dédiée à la danse puis aux arts décoratifs à la Haute école des arts du Rhin, elle travaille 11 ans dans la mise en page au sein d’un journal pour lequel elle touche un peu à la photographie, via le tirage et la quadrichromie.

Après plusieurs années à Grenoble, durant lesquelles la photo reste un fil conducteur de sa pratique artistique, Catherine Schroder revient en Alsace. Elle rejoint l’Université de Strasbourg (Unistra) en pleine fusion de l’université, comme assistante de communication. « J’avais en tête de faire coïncider mes pratiques artistiques et professionnelles », se rappelle-t-elle.

Un poste d’abord temporaire qui a convaincu

En 2009, elle est missionnée pour assurer l’illustration photographique du livre L’université de Strasbourg : Cinq siècles d’enseignement et de recherche, commandité par Alain Beretz, président de l’établissement entre 2008 et 2016, et écrit par Georges Bischoff et Richard Kleinschmager.

C’est finalement après le départ de son prédécesseur, en 2013, que Catherine Schroder devient photographe de l’université au sein de la direction de la communication. Un poste temporaire, dans un premier temps, qui est devenu pérenne, notamment en raison de la place toujours plus importante du visuel sur internet.

« Depuis deux ans, je suis titulaire de ce poste à temps plein dont le champ des missions, au-delà de la photo, s’étend à faire respecter les droits patrimoniaux de l’université, notamment lors des tournages », précise Catherine Schroder.

« De plus en plus de demandes » et des sujets plus anglés

« Il y a de plus en plus de demandes, ce qui m’amène à faire moins d’événements institutionnels avec le temps et à privilégier les projets plus thématiques et anglés », poursuit la photographe.

« Vaccins Versus Virus et autres pathogènes » est un projet de médiation art, science et société de l’Unistra. - © Catherine Schroder
« Vaccins Versus Virus et autres pathogènes » est un projet de médiation art, science et société de l’Unistra. - © Catherine Schroder

Récemment, elle a crée la partie visuelle d’une exposition pédagogique « Vaccins versus virus » et s’est rendue pour cela en laboratoire. « J’ai voulu faire entrer le public dans cet endroit un peu secret », décrit Catherine Schroder.

Elle raconte également en image le montage du dôme-écran au sein du planétarium de l’Unistra, réalise un diaporama projeté à la Maison interuniversitaire des sciences de l’Homme — Alsace (Misha) en lien avec une exposition d’ossements animaux…

« J’adore mon métier et je trouve extraordinaire de pouvoir partager ma vision dans les sujets que je couvre. Pour un fascicule à destination des nouveaux arrivants, j’ai présenté l’université à travers différentes mains : étudiant, professeur de mécanique, etc. », expose-t-elle.

Être photographe, c’est aussi de l’humain : « J’aime pouvoir prendre le temps d’échanger pour faire un bon portrait. Beaucoup de gens sont mal à l’aise avec un défaut physique… Il faut les mettre en confiance. Une rencontre qui m’a particulièrement touchée s’est déroulée à la suite d’une demande de la mission handicap. Un jeune homme avec une maladie rare et dégénérative m’a ouvert les portes de son logement. Ce n’était pas simple pour lui. »

« Bone Journey » est une exposition organisée à l’occasion des 20 ans de la Misha. - © Catherine Schroder
« Bone Journey » est une exposition organisée à l’occasion des 20 ans de la Misha. - © Catherine Schroder

Un métier qui demande indépendance et débrouillardise au quotidien

Etre mobile et savoir s’organiser seul

À vélo ou en tram, sur le campus ou en dehors : être photographe est un exercice sportif. « En pratique, mon métier c’est du matériel à transporter dans un sac à dos, la nécessité d’être mobile et de savoir s’organiser seul. C’est aussi être débrouillard pour trouver les bons points de vue, sur les toits par exemple », rapporte Catherine Schroder.

Ce métier de terrain compte encore peu de femmes, observe la photographe. C’est pourquoi elle accepte toujours de rencontrer et conseiller de jeunes homologues. Avec qui elle travaille parfois par la suite pour couvrir les sujets qu’elle ne pourra pas traiter.

Une grande sécurité de l’emploi, mais un salaire qui augmente peu

L’avantage d'être photographe d’université et non indépendante ? « La grande sécurité de l’emploi : il n’est pas nécessaire de chercher de nouveaux contrats », répond Catherine Schroder.

En revanche, les revenus ne peuvent pas grimper très haut. « Il n’y a pas d’augmentation significative et on ne voyage pas », ajoute notre interlocutrice.

Mais la richesse des sujets n’en est pas moindre. Et il y a des moments magiques : « Comme lorsque j’ai suivi le chantier de la bibliothèque du Studium : pendant des mois les locaux étaient déserts et à l’ouverture, tout à coup, les étudiants font vivre ce lieu », se souvient la photographe avec émotion.

Le Studium s’est rempli de livres en attendant l’arrivée des étudiants. - © Catherine Schroder
Le Studium s’est rempli de livres en attendant l’arrivée des étudiants. - © Catherine Schroder

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