Vie des campus

Les JOP 2024 approchent mais les Suaps manquent d'équipements et de personnels

Par Marine Dessaux | Le | Expérience étudiante

L’association qui regroupe les directeurs des services universitaires des activités physiques et sportives, le GNDS, œuvre à promouvoir le sport sur les campus. Son président Ludovic Raffin-Marchetti redoute de voir l’intérêt pour le sport à l’université retomber dès la rentrée prochaine, après les Jeux olympiques et paralympiques. Il revient également sur le projet de consolider des données sur les installations sportives dans les établissements, qu’il juge insuffisantes, mais aussi sur les innovations à mettre en avant.

Le GNDS regroupe les 70 directeurs de Suaps des universités françaises. - © Ludovic Raffin-Marchetti
Le GNDS regroupe les 70 directeurs de Suaps des universités françaises. - © Ludovic Raffin-Marchetti

Ludovic Raffin-Marchetti, directeur du département des activités physiques et sportives (Daps) de l’Université Sorbonne Paris Nord et président du Groupement national des directeurs de Suaps (GNDS), répond à Campus Matin. 

En quoi consiste le GNDS ?

Promouvoir l’activité physique dans le supérieur.

Ludovic Raffin-Marchetti : Cette association regroupe tous les directeurs des services universitaires des activités physiques et sportives (Suaps) — qui d’ailleurs ne portent pas tous ce nom, dans mon université nous avons un Daps ce qui traduit une volonté de mettre les pratiques sportives un peu plus en avant. 

Nous comptons un membre par université, soit environ 70 personnes. Nos objectifs : promouvoir l’activité physique dans le supérieur, mais aussi travailler en interne sur la façon dont les Suaps doivent se mobiliser dans les universités et comment ils peuvent évoluer.  

Avec quels acteurs collaborez-vous ? 

Ludovic Raffin-Marchetti préside le GNDS. - © D.R.
Ludovic Raffin-Marchetti préside le GNDS. - © D.R.

Le GNDS, c’est aussi de l’entraide, notamment pour les collègues qui ont envie de se développer en cherchant les modèles qui existent déjà ailleurs.  

Nous avons une présence assez importante auprès des différentes institutions : le ministère, la direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle (Dgesip), France Universités, l’Agence nationale du sport. Mais aussi les autres opérateurs de l’ESR : la Conférence des directeurs et doyens de Staps (C3D), la Conférence des grandes écoles (CGE), la Conférence des directeurs des écoles d’ingénieurs françaises (Cdefi) et l’Association nationale des étudiants en Staps (Anestaps). 

Quelles sont vos revendications ? 

Nous dénonçons de manière régulière le manque d’installations sportives et de personnels dans les Suaps. Tous nos cours et propositions d’activités physiques sont surchargés. Les universités sont plus ou moins bien loties, mais, souvent, les installations et les locaux sont vieillissants. Un constat qui ne concerne pas que le sport.

Avec l’association C3D, nous réfléchissons à une enquête afin d’avoir des data pour appuyer nos demandes.  

Quel impact des jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 sur les Suaps ? 

Les JOP ont créé une nouvelle dynamique depuis quelques mois déjà. Il y a une vraie prise de conscience pour mettre en avant le sport pour tous. Nous espérons maintenant que cela ne va pas retomber trop vite !  

Une marge de progression sur ce qu’apportent les Suaps.

Malgré tout, la pratique sportive dans le supérieur reste au bon vouloir de chacun. Pour que le sport apparaisse comme une composante importante dans le parcours de formation, il faut une volonté affirmée de la présidence et que les responsables de formation y soient ouverts. Il y a une marge de progression sur ce qu’apportent les Suaps à l’université.  

Quel est le premier obstacle à la pratique sportive des étudiants ?  

Pour les étudiants, le problème c’est le temps. Il est nécessaire d’avoir des créneaux dédiés à la pratique sportive dans l’emploi du temps, même si ce n’est pas pour toutes les années, ne serait-ce que pour y donner goût. 

Les pratiques physiques dans le supérieur sont assez différentes de ce qu’on peut trouver dans le secondaire, où le sport n’est pas toujours bien vécu. À l’université, il existe une telle diversité que chacun peut trouver une forme de pratique qui lui corresponde. Et les études supérieures sont le dernier moment pour proposer cela.

La feuille de route pour la pratique sportive étudiante en 2023 a marqué un jalon important. Quelle évolution depuis ?

Le 7 avril 2023, les ministères du sport et de l’enseignement supérieur et la recherche (ainsi que France Université, la CGE et la Cdefi) ont signé une feuille de route listant des possibilités pour augmenter la pratique sportive.

Pour pouvoir ouvrir les salles plus longtemps, il faudrait plus de personnels et de moyens, estime Ludovic Raffin-Marchetti. - © Freepik
Pour pouvoir ouvrir les salles plus longtemps, il faudrait plus de personnels et de moyens, estime Ludovic Raffin-Marchetti. - © Freepik

Parmi les propositions, la reconnaissance du sport selon plusieurs modalités : des points bonus, etc. Dans mon université, nous avons fait le choix de rendre le sport obligatoire en deuxième année de fac de sciences, de gestion, de sciences humaines et sociales, de droit et dans une école d’ingénieurs. 

Les choses avancent, mais certains points restent compliqués à atteindre. Par exemple, ouvrir les installations le plus longtemps possible est complexe à mettre en place. En tant que professionnels de l’activité physique, nous essayons de créer les pratiques sportives les plus efficientes possibles. Or, même sur des activités classiques, il y a des accidents. C’est pourquoi ouvrir des salles sans personne pour surveiller nous pose un problème. Il faudrait embaucher plus de personnes qualifiées pour résoudre cela.  

Par ailleurs, ayant des effectifs importants à gérer, en ouvrant plus longtemps les installations, une usure plus rapide est inévitable. Il faudra derrière assurer la logistique des réparations et mettre plus de moyens pour racheter des machines usées. 

Les Suaps portent également les initiatives de sport santé… 

Être maîtres d’œuvre des dispositifs sport-santé nous paraît indispensable. D’ailleurs, beaucoup de Suaps ont des dispositifs incroyables, parfois même reconnus dans la formation de l’étudiant. Ce sont des modèles que nous essayerons de mettre en avant en partageant plus de data à ce sujet. 

Nous travaillons notamment beaucoup sur la transmission de l’information de pair-à-pair, grâce à des ambassadeurs sport en contrat étudiant. Ils proposent des animations et discutent avec leurs camarades pour casser les fausses représentations du sport.  

Avoir un référent pour les sportifs de haut niveau est une obligation depuis un décret du 17 juillet 2023, est-ce atteint ? 

Nous ne sommes pas loin d’atteindre 100 % d’universités possédant un référent sportifs de haut niveau (SHN). L’accueil de SHN reste cependant un chantier important. Il y a des obstacles à franchir, notamment en raison des enseignements à distance qui font qu’on ne voit pas beaucoup ces étudiants. Certains établissements ont avancé sur le sujet, à l’instar de l’Université Paris Dauphine qui a mis en place le programme Talents.  

Le métier de directeur de Suaps connaît-il un déficit d’attractivité ? 

Les directeurs de Suaps sont des enseignants d’EPS du secondaire détachés dans le supérieur (professeurs agrégés ou professeurs certifiés), et ils doivent être issus du Suaps.  

Les candidats ne sont pas très nombreux. Mais c’est un poste intéressant, car il s’agit d’un autre monde en termes de compétences, notamment en gestion, administration et recrutement. Pour amener des informations aux collègues qui voudraient se positionner — mais aussi les rassurer — nous voulons organiser lors de notre prochain colloque une mini formation pour les futurs directeurs.  

Quid du sport pour les personnels ? 

Les personnels font partie des cibles du Suaps. Nous essayons de prendre en compte leurs envies et leurs besoins de pratique physique. Ce qui nous a fait beaucoup de mal, c’est le télétravail. Ils sont moins souvent présents sur le campus et moins disponibles. Il y a d’ailleurs moins de problématique de place pour les personnels que pour les étudiants. 

On n’a pas encore fait la relation entre pratique sportive et efficacité au travail.

Dans les services, il persiste par ailleurs encore des représentations du sport négatives. On n’a pas encore fait la relation entre la pratique sportive et le bien-être, l’efficacité au travail, la baisse de stress, etc.  

Dans beaucoup d’universités, il existe des créneaux ou cours spécifiques aux personnels. Et parfois des horaires décalés pour l’utilisation des salles. Un exemple de dispositif innovant : le work fit où une personne du Suaps sensibilise les personnels sur leur lieu de travail et organise une séance de sport dans le bureau pour donner envie aux collègues de pratiquer plus régulièrement sur les installations du campus.  

À l’Université Sorbonne Paris Nord, sur 2 000 Biatss et enseignants-chercheurs, entre 200 et 300 personnels sont inscrits au Daps. Un chiffre à la baisse depuis le télétravail. 

Votre prochain rendez-vous ? 

Notre colloque annuel aura lieu du 10 au 14 juin 2024 à l’Université de Bordeaux. Au programme, des séquences de travail collectif et par petits groupes sur une thématique d’actualité : la santé de la planète, de l’homme et sociale.  

Cette année, nous essayerons d’apporter plus de données sur ce qui se fait de bien dans tous les Suaps, dans les domaines du sport santé, des sportifs de haut niveau, du handisport, de la vie universitaire… 

Concepts clés et définitions : #Biatss