Numérique

E-sport dans le sup’ : sport virtuel mais intérêt bien réel

Par Marine Dessaux | Le | Pédagogie

L’industrie du e-sport est grandissante : en 2021, elle pesait plus d’un milliard de dollars, un chiffre en augmentation pour fin 2022. Et les étudiants font partie du public cible pour cette nouvelle forme de compétition digitale. Le e-sport se démocratisera-t-il dans le supérieur, comme loisir ou au cœur de formations dédiées ? Les précurseurs dans ce domaine, au Royaume-Uni, témoignent.

Le Queen Mary’s College compte 120 étudiants en e-sport. - ©  Queen Mary’s College
Le Queen Mary’s College compte 120 étudiants en e-sport. - ©  Queen Mary’s College

Discipline inexistante il n’y a que quelques années, l’e-sport - qui consiste en des compétitions de jeux vidéo - est en plein boom. Et pour cause : pour le gagnant du tournoi de “The International 2021”, le grand prix se montait à 18 millions de dollars. Selon les estimations de l’entreprise de données gaming Newzoo, l’industrie mondiale a généré un milliard de dollars en 2021 et est estimée à 1,3 milliard pour 2022. Pour la France seule, en 2020, l’étude Cepheïd évaluait le marché à 50 millions d’euros.

Une valeur que certains établissements britanniques, rassemblés lors du salon des edtechs, le Bett Show 2022 , n’ont pas manqué de repérer.

Un sujet qui passionne

Trois colleges, des établissements d’enseignement supérieur entre le lycée et l’université au Royaume-Uni, ont vécu la même expérience en ce qui concerne l’e-sport. Le Queen’s Mary College, le Barnsley College et le Coventry College ont commencé par mettre en place des clubs qui ont attiré des dizaines puis des centaines d’étudiants.

Shoubna Naika-Taylor a reçu une récompense en tant qu’enseignante favorisant l’inclusivité dans l’esport - ©  D.R.
Shoubna Naika-Taylor a reçu une récompense en tant qu’enseignante favorisant l’inclusivité dans l’esport - ©  D.R.

« Il y a un réel intérêt pour cette activité. Même sans obtenir de crédit pour leur présence, les étudiants étaient prêts à rester une heure de plus après les cours chaque semaine pour se perfectionner en e-sport. De 35 personnes, nous sommes passés à 110 puis 200. Certains ne viennent que pour regarder ! », observe Shoubna Naika-Taylor, responsable pédagogique du numérique et enseignante de e-sport à Coventry College.

« Le streaming de nos compétitions atteint les 18 000 vues, ce qu’on ne voit jamais pour d’autres sports », se félicite Kalam Neale, responsable pédagogique et enseignant e-sport à Barnsley College.

Développer des softs skills

Les jeux vidéo sont souvent associés à des a priori négatifs, pourtant les responsables du e-sport dans les établissements en sont persuadés : il y a de nombreuses compétences douces à gagner dans ce domaine. Parmi elles, la capacité à résoudre des problèmes, la logistique, la concentration, la communication et le travail en équipe.

« Beaucoup de personnes pensent que l’e-sport ne développe pas de compétences sociales alors que c’est le portail vers le reste du monde », estime Kalam Neale.

Et d’autres avantages encore

L’e-sport c’est également des opportunités, comme jouer lors du Bett et rencontrer des centaines d’autres étudiants dans des championnats. « Je n’ai jamais vu un sujet aussi contemporain que le e-sport », témoigne Shoubna Naika-Taylor.

James Fraser Murison est également consultant edtech - ©  D.R.
James Fraser Murison est également consultant edtech - ©  D.R.

C’est aussi une voie d’expression pour les profils plus discrets. « Je me souviens d’une jeune fille dont le père a expliqué que sa timidité la rendait muette, raconte James Fraser-Murison, directeur de l’apprentissage et enseignant en e-sport à Queen Mary’s College, qui invite collégiens et élèves de primaire à découvrir le college par le biais du e-sport. Il était très ému de la voir rire avec les autres très rapidement. »

Enfin, dans un milieu très masculin, pratiquer l’e-sport dans le cadre des études est l’opportunité de souligner l’importance de l’inclusivité. « Cette discipline n’est pas uniquement dédiée aux garçons, il est important de leur rappeler qu’on ne peut pas dire qu’on a perdu parce qu’il y avait une fille dans l’équipe », dit Shoubna Naika-Taylor.

Le e-sport… au cœur d’une formation ?

Au Royaume-Uni, des licences ont été développées autour du e-sport. Nos interlocuteurs, eux, proposent des formations de niveau inférieur : des certificats courts d’équivalent bac ou bac+1 et des diplômes d’enseignement supérieur professionnel (en anglais BTEC).

Au sein de l’Arena e-sport du Queen Mary’s College, du matériel professionnel - ©  Queen Mary’s College
Au sein de l’Arena e-sport du Queen Mary’s College, du matériel professionnel - ©  Queen Mary’s College

Ces formations fonctionnent bien : au Queen’s Mary College, à la rentrée 2020, 40 étudiants ont suivi un programme en e-sport, 120 l’année d’après et 200 sont attendus pour 2022-2023. Il faut dire que l’établissement est particulièrement actif : entre sa communication sur les réseaux sociaux et « l’arène e-sport » ouverte en 2021 financée à hauteur de 389 000 euros, la part belle est faite au sport électronique.

Car c’est l’un des prérequis pour s’entraîner et participer aux compétitions : du matériel. Et du matériel onéreux : chaises spécifiques, ordinateurs puissants, casques, et même clavier et souris professionnelles… Néanmoins, rien de cela n’est bloquant pour débuter, s’accordent Shoubna, Kalam et James.

« Un bon équipement de gaming est en plus, mais ce n’est pas la fin du monde si vous commencez avec un matériel basique », affirme James Fraser-Murison.

Des débouchés divers

Bien que la thématique des formations e-sport tourne autour de cette pratique, les enseignements ne « visent pas à former des joueurs professionnels », clarifie James Fraser-Murison. Les matières sont diverses : management, marketing, entrepreneuriat… Au Barnsley College, le sport traditionnel est même obligatoire : « C’est essentiel pour nous que les étudiants restent physiquement actifs, le e-sport doit faire partie d’un mode de vie sain », explique Kalam Neale.

Les perspectives de carrières sont diverses : travailler dans la tech, dans le marketing, devenir rédacteur, community manager…

Les bonnes pratiques pour construire un curriculum autour du e-sport

James Fraser-Murison livre ses quatre conseils clés pour initier la création d’une formation dédiée au e-sport.

Transférer cet article à un(e) ami(e)