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Recherche d’alternance : comment les écoles de commerce arment leurs étudiants ?

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Alors que la baisse des aides à l’embauche réduit le nombre de contrats d’apprentissage disponibles, les écoles de commerce renforcent l’accompagnement de leurs étudiants en combinant outils technologiques et suivi humain.

Recherche d’alternance : comment les écoles de commerce arment leurs étudiants ?
Recherche d’alternance : comment les écoles de commerce arment leurs étudiants ?

« Le nombre de places étant plus rare, la bataille est encore plus féroce ». C’est avec ce vocabulaire guerrier qu’Isabelle Adeline, directrice de l’expérience professionnelle et du CFA à l’EM Lyon, décrit le processus de recherche d’alternance par lequel doivent passer les étudiants de son école.

À la suite de la baisse de l’aide à l’embauche des apprentis pour les entreprises, en février 2025, 44 000 postes en alternance ont été supprimés dans l’année, d’après la dernière note de conjoncture de l’Insee, publiée en mars 2026. Cette voie attire cependant toujours davantage de candidats, rendant le recrutement plus compétitif.

Les écoles de commerce sont particulièrement concernées par ces évolutions puisque 34 % des étudiants inscrits dans leurs formations effectuent une alternance d’après une note flash du Sies publiée en septembre 2025. Ils représentent 17 % des apprentis de l’enseignement supérieur.

Isabelle Adeline, Directrice de l’expérience professionnelle et du CFA à l’EM Lyon - © EM Lyon
Isabelle Adeline, Directrice de l’expérience professionnelle et du CFA à l’EM Lyon - © EM Lyon

Tenant compte de ce nouveau contexte, les établissements adaptent leur accompagnement pour s’assurer que leurs étudiants aient toutes leurs chances. « Nous sentons qu’il y a besoin d’un accompagnement très personnalisé pour faire la différence dans les process de recrutement », indique Noémie Beguin, consultante carrière au sein des services carrières de l’Essec.

Si les étudiants de l’école ne sont pas moins nombreux à trouver une alternance, ils rapportent davantage de difficultés qu’auparavant. « J’ai l’impression que cela demande plus d’effort et de nouvelles ressources », remarque la trentenaire qui s’occupe individuellement des étudiants des mastères spécialisés et masters of science, avant même leur rentrée à l’école. Son rôle est notamment de fournir aux aspirants alternants les informations nécessaires pour mener une recherche efficace.

« Dès leur admission, nous les invitons à des webinaires. Nous leur expliquons toute la méthodologie de recherche, les outils associés, le réseau… », détaille-t-elle. Cette année, le service a mis en place un rendez-vous obligatoire de 20 minutes pour insister particulièrement sur les outils. « Nous nous sommes rendu compte que parfois les étudiants n’avaient pas trouvé d’alternance en septembre parce que leur CV ne passait pas les applicant tracking systems (ATS), ces logiciels utilisés par les entreprises pour analyser les candidatures. Nous essayons donc de remédier à ce problème dès le début », précise la consultante.

Cela implique par exemple d’expliquer aux étudiants qu’un CV original qui reflète leur personnalité ne sera pas forcément lu correctement par les ATS, contrairement à un CV moins esthétique fait sur Word. La manière de construire son CV doit en effet être totalement repensée pour s’adapter aux logiciels. Le candidat n’utilisera plus de jauges pour indiquer son niveau en langues, mais il précisera parler couramment le français même si cela lui semble évident, car le robot ne l’aurait pas deviné. Il est aussi essentiel, indique Isabelle Adeline, de leur apprendre à « formuler un CV par compétences » et d’intégrer les bons mots-clefs.

Ces adaptations ne sont pas toujours faciles à faire accepter aux étudiants. « Je leur envoie toujours le modèle du CV Essec le plus simple, mais certains sont assez réticents à l’adopter. Il faut leur redire en face pourquoi c’est nécessaire », constate Noémie Béguin.

Une utilisation raisonnée de l’IA

Côté technologies, les écoles doivent également prendre en compte l’impact de la généralisation des outils d’intelligence artificielle sur le processus de recrutement. En effet, si les grandes entreprises ont pour la plupart choisi d’utiliser des systèmes de suivi des candidats, c’est en partie parce que l’usage des IA a réduit le temps nécessaire aux candidatures et entraîné leur multiplication. Selon l’édition 2026 de l’étude annuelle JobTeaser x EDHEC, 92 % des étudiants l’utilisent pour améliorer leurs candidatures (CV, lettres de motivation et préparation d’entretiens).

« Aujourd’hui, nous ne pouvons pas être dans le déni face à l’IA, estime Isabelle Adeline. Nous avons des candidats qui ne décrochent pas d’alternance parce qu’ils n’utilisent pas assez cet outil et des candidats qui n’en trouvent pas parce qu’ils l’utilisent trop ou mal. Ce sont les deux faces de la même médaille ».

Certains recruteurs peuvent par exemple sanctionner des candidatures qui semblent avoir été intégralement élaborées par l’IA, estimant qu’elles n’ont pas demandé suffisamment d’efforts. À l’inverse, les étudiantes et les étudiants les plus agiles peuvent interroger ces technologies pour identifier les mots-clefs les plus efficaces et mieux calibrer leur candidature.

Les conseillères carrières prônent donc une utilisation raisonnée de ces outils et s’attachent à sensibiliser les étudiants à cette question.

Les coulisses de la recherche d’emploi

À L’EM Lyon, l’IA est par ailleurs intégrée dans l’accompagnement des étudiants via un partenariat avec la plateforme Dreamin Job qui l’utilise pour faire correspondre plus rapidement les profils des étudiants avec les offres de postes mises à disposition par l’école.

Noémie Beguin, consultante carrière au sein des services carrières de l’Essec - © Essec
Noémie Beguin, consultante carrière au sein des services carrières de l’Essec - © Essec

Les outils technologiques ne sauraient toutefois remplacer l’accompagnement humain. « Il faut réussir à rester des figures incontournables alors que certains utilisent l’IA en se disant qu’ils n’ont pas besoin d’aller voir un consultant », estime Noémie Béguin.

Si beaucoup d’informations généralistes sont accessibles en ligne, les étudiants peuvent avoir des difficultés à faire le tri entre des conseils parfois contradictoires ou à identifier ce qui est vraiment adapté à leur profil. Par ailleurs, tous les éléments utiles ne sont pas trouvables sur Internet.

« Nous essayons de les équiper sur tout ce qui n’est pas dit dans les recherches d’emploi classiques », souligne Isabelle Adeline. Cela passe, entre autres, par un cycle de conférences sur les « coulisses » : « Nous avons notamment une conférence avec une edtech qui s’appelle BeHave sur le marché caché et l’utilisation du réseau, en particulier celui des alumni », développe-t-elle.

Favoriser les rencontres

On estime qu’entre 50 et 80 % des offres d’emploi ne sont jamais publiées, les postes étant pourvus directement (par recrutement interne, recommandation, démarchage, etc.).

À l’EM Lyon, 50 % des étudiants qui trouvent une alternance y parviennent après avoir postulé à une offre proposée par l’école, notamment via son Job board. Les autres l’ont obtenue en passant par d’autres canaux.

Il reste donc extrêmement important de faire des rencontres et d’entretenir son réseau pour créer des opportunités de recrutement. Les écoles s’emploient à favoriser ces occasions en mobilisant leurs partenaires et leurs alumni lors de forums de l’apprentissage ou d’autres événements de networking.

Faire des rencontres et d’entretenir son réseau

L’Essec organise par exemple des soirées « Get The Contract  » pour mettre en relation les aspirants apprentis et les entreprises. « Cela ne débouche pas forcément sur une signature, mais le fait de rencontrer des recruteurs aide à être plus à l’aise à l’oral, à apprendre à se présenter soi et ses atouts pour une entreprise… Parfois échanger avec les professionnels leur permet aussi de clarifier leur projet, de mieux identifier ce qu’ils veulent faire dans la vie », observe Noémie Béguin.

Cela les aidera notamment pour l’étape de l’entretien de recrutement, un moment humain auquel il faut paradoxalement se préparer pour « gagner en authenticité » et « vraiment incarner quelque chose », selon Isabelle Adeline. L’EM Lyon fait appel à deux comédiens pour accompagner cette préparation.

Au cours de l’entretien, le candidat ne doit pas seulement se vendre lui-même, il doit aussi défendre le rythme de l’alternance choisi par l’école. Parfois ce rythme est présenté comme un motif de refus, parfois c’est le montant des frais de scolarité qui est pointé, relève Noémie Béguin. Mais les déçus sont aussi souvent des étudiants qui ont procrastiné, fait trop peu de candidatures, visé trop haut ou simplement manqué de chance.

« Par moments, cela se joue à pas grand-chose, observe Isabelle Adeline. C’est un peu démoralisant pour ceux qui n’arrivent pas à trouver alors qu’ils ont tout fait correctement. Mais cela ne remet pas en question qui ils sont et la viabilité de leur projet, insiste-t-elle. Ce sont tous de bons candidats puisque nous les avons sélectionnés pour l’alternance ».

À force de persévérance, la plupart finissent toutefois par trouver. Dans le cas contraire, ils ont a minima appris des choses utiles pour leur future recherche d’emploi et identifié les services carrière.

EN CHIFFRES

À l’EM Lyon, l’alternance est relativement récente. Le CFA a été créé en 2020 et l’école est passée d’environ 100 apprentis en 2020 à plus de 600 en 2024, répartis entre cinq programmes.

À l’Essec, le CFA existe depuis 1993. L’école indique avoir formé plus de 9 000 apprentis au total et accompagne aujourd’hui plus de 1 300 apprentis simultanément à travers sept programmes.