Vie des campus

Les alumni reviennent sur le campus : raconter l’université par celles et ceux qu’elle a transformés


Elles et ils ont quitté les amphithéâtres avec un diplôme, des souvenirs, parfois des amitiés « pour la vie ». Longtemps, le lien avec les alumni s’est arrêté trop vite, entre la remise du diplôme et la première adresse mail devenue obsolète.

Aujourd’hui, ils reviennent au cœur des stratégies universitaires : non comme un fichier à réactiver, mais comme une communauté vivante, capable de relier les générations, les territoires et les récits de réussite.

Cet article d’Aude Brianto-Escande, directrice de la marque et de la communication à l’Université Évry Paris-Saclay, s’inscrit dans la nouvelle série mensuelle “Chroniques universitaires” en partenariat avec Comosup, qui propose de raconter l’université au fil des saisons, à travers celles et ceux qui la font vivre au quotidien.

Les alumni reviennent sur le campus : raconter l’université par celles et ceux qu’elle a transformés
Les alumni reviennent sur le campus : raconter l’université par celles et ceux qu’elle a transformés

Le retour des alumni : l’université au miroir de ses diplômés

Tout commence souvent par une phrase simple : « Moi aussi, j’étais à votre place. » Quand un ou une alumni revient sur le campus, l’avenir prend soudain un visage. L’institution devient plus proche, le parcours moins abstrait.

À l’Université Évry Paris-Saclay, Reine-Dominique Ntone Siké incarne cette puissance du témoignage. Passée par la formation aéronautique et espace avant de devenir ingénieure à la Nasa, elle revient partager plus qu’une réussite individuelle : une possibilité. « Je crois qu’aujourd’hui mon rôle est d’attirer et de maintenir les jeunes filles dans le secteur scientifique », dit-elle. En quelques mots, tout est là : la trajectoire, la transmission, et cette capacité des alumni à rendre possible ce qui semblait lointain.

Première force des alumni : parler depuis l’expérience

C’est la première force des alumni : parler depuis l’expérience. Elles et ils ont cherché un stage, douté avant de candidater, hésité entre plusieurs voies, franchi les mêmes portes, croisé parfois les mêmes équipes. Pour les étudiantes et étudiants, cette parole raccourcit la distance entre ce que l’on imagine et ce que l’on peut réellement construire. Un réseau vivant devient alors un signal fort : l’université ne se contente pas de former, elle continue d’accompagner.

Derrière l’annuaire : un patient travail de lien

Aude Brianto-Escande, directrice de la marque et de la communication à l’Université Évry Paris-Saclay - © D.R.
Aude Brianto-Escande, directrice de la marque et de la communication à l’Université Évry Paris-Saclay - © D.R.

Mais cette scène ne dit pas tout. Avant qu’un alumni ne revienne témoigner, parrainer, recruter ou mentorer, il y a un travail discret, souvent considérable. Retrouver les contacts, qualifier les données, comprendre les attentes, éviter les communications de masse, proposer des formats utiles, créer des occasions de rencontre : un réseau alumni ne se décrète pas. Une communauté ne naît pas d’un outil. Elle se construit par la régularité, par la confiance, par l’écoute, par la capacité à donner autant qu’à demander. C’est tout l’enjeu des plateformes aujourd’hui déployées par plusieurs universités.

À Rennes, par exemple, Connect a été pensé comme un espace commun d’information, d’échange et de collaboration entre étudiantes et étudiants, alumni, entreprises, partenaires, personnels et enseignants, en s’appuyant sur une base de plusieurs centaines de milliers de diplômés. L’outil compte, bien sûr. Mais ce qui compte davantage encore, c’est la feuille de route collective qui lui donne du sens.

L’exemple rennais

L’exemple rennais montre bien que le sujet n’est pas seulement technique. Avant le lancement de Connect, l’Université de Rennes a engagé dès 2024 un travail de préfiguration par ateliers, pour identifier les besoins des différents acteurs et construire une feuille de route partagée. La plateforme s’appuie aujourd’hui sur un potentiel considérable : plus de 400 000 diplômées et diplômés depuis 1995, auxquels s’ajoutent environ 10 000 nouveaux diplômés chaque année (1). Ce chiffre dit à lui seul l’enjeu : le réseau alumni n’est pas un supplément d’âme, c’est une infrastructure relationnelle à organiser.

Derrière un portail, un annuaire ou un groupe LinkedIn, il y a donc une stratégie relationnelle. Il faut accepter que tous les alumni n’attendent pas la même chose. Les plus jeunes cherchent souvent des conseils concrets (48 %), des contacts, des retours d’expérience. Les plus avancés dans leur carrière peuvent attendre du réseau une respiration professionnelle, un espace de réflexion, des conférences, des clubs sectoriels ou territoriaux (75 %) (2). D’autres encore veulent transmettre, soutenir un projet, ouvrir leur carnet d’adresses, rejoindre un jury, devenir mentor. La relation alumni se joue dans cette finesse-là.

Des preuves vivantes de la promesse universitaire

Une université peut dire qu’elle transforme des vies. Ses alumni le montrent. Dans leurs métiers, leurs engagements, leurs bifurcations, elles et ils racontent ce que l’établissement a rendu possible. Cette diversité est essentielle : elle rappelle qu’un parcours universitaire peut mener à la recherche, à l’industrie, à la culture, à la fonction publique, à l’entrepreneuriat ou à l’international. L’université ne produit pas seulement des diplômes, elle ouvre des trajectoires.

À l’Université Évry Paris-Saclay, cette diversité s’incarne dans les portraits d’alumni. Maxime Caru, devenu chercheur en oncologie pédiatrique après un parcours international, rappelle combien l’appui du corps enseignant peut faire basculer une trajectoire. Antonin Minvielle, diplômé en sciences du sport, travaille aujourd’hui auprès de la Fédération Française de Rugby sur les enjeux de santé et de performance des athlètes. Abdallah Charki, ancien de l’IUT, garde le souvenir de professeurs qui ont cru en lui. Trois parcours différents, une même idée : l’université n’enferme pas dans une voie, elle donne des appuis pour en ouvrir plusieurs.

Les alumni sont aussi un miroir (3). Elles et ils renvoient ce que l’université a su transmettre, mais aussi ce qu’elle doit encore améliorer : préparation aux transitions (4), liens avec le monde professionnel, accompagnement après le diplôme. Ce miroir peut être exigeant. Il n’en est que plus précieux.

Un réseau utile à tous les âges de la vie professionnelle

On associe souvent les alumni au premier emploi. C’est juste, mais réducteur. Un réseau accompagne aussi les bifurcations, les reconversions, les mobilités, les envies d’entreprendre ou les moments de doute.

L’importance du mentorat

À l’Université Évry Paris-Saclay, Miguel, alias Dandyguel, en est un bel exemple. Passé par la sociologie puis par le master Conduite du changement des organisations du travail, il est devenu artiste et producteur. Lorsqu’il dit : « Pour moi, l’Université est une révélation », il ne parle pas seulement d’insertion professionnelle. Il dit la force d’un lieu qui aide à se comprendre, à se déplacer, à s’autoriser.

C’est là que le mentorat prend tout son sens : un message, un café, une intervention en cours, une participation à un jury, un soutien à l’international. Autant de formes, structurées ou informelles, qui disent que le diplôme n’est pas une fin de relation, mais le début d’une appartenance possible.

Certaines écoles ont structuré cette animation depuis longtemps. À l’Essec, le réseau revendique 71 000 anciens, 24 clubs sectoriels et 800 bénévoles (5). Le modèle n’est pas transposable tel quel aux universités, mais il rappelle une chose : un réseau ne vit que s’il propose des rôles, des rendez-vous et des espaces où chacun peut trouver sa place.

Alumni et territoire : quand les alumni reviennent dans le jeu collectif

Quand les alumni reviennent, ils ne reviennent pas seulement vers leur établissement. Elles et ils reviennent aussi vers un territoire. C’est un enjeu majeur pour les universités, dont la mission ne se limite pas à former des individus mais à irriguer des écosystèmes.

Certaines initiatives récentes montrent ce déplacement. À l’Université Côte d’Azur, la fondation a lancé en 2026 le club 100 alumni, une communauté de 100 diplômés désireux de contribuer au rayonnement de leur université et de son territoire. Elle a également créé Le Cercle, un espace de dialogue réunissant dirigeants, alumni, chercheurs, financeurs et élus, avec l’ambition de produire des notes d’impact et de rapprocher recherche, économie et action publique (6). L’annonce d’un fonds d’investissement territorial avec Ernst & Young (EY Ventury), envisagé à horizon 2027 pour soutenir des start-up issues de la recherche, montre jusqu’où peut aller cette logique : les alumni deviennent des acteurs de l’écosystème, pas seulement des témoins de parcours.

Des alumni acteurs de l’écosystème

Cette dimension territoriale est essentielle dans un contexte où les universités sont attendues sur les transitions, l’insertion, la souveraineté scientifique, la création d’entreprises, l’attractivité des métiers et la vitalité démocratique. Les alumni peuvent ouvrir des portes, mais aussi poser des questions, faire remonter des besoins, alerter sur des compétences émergentes, soutenir des projets, créer des ponts entre laboratoires, formations et organisations. Elles et ils prolongent l’université hors de ses murs.

La tension : fidéliser sans instrumentaliser

Reste une tension, et elle mérite d’être nommée. Comment faire vivre une communauté sans la réduire à une cible ? Comment solliciter sans épuiser ? Comment parler de marque, de rayonnement ou de mécénat sans transformer les diplômés en relais de communication ? Un ou une alumni n’est ni un fichier, ni une preuve sociale, ni un donateur potentiel avant d’être une personne. La relation doit donc être réciproque. Avant de demander de témoigner, financer, parrainer ou relayer, il faut continuer à apporter de la valeur : des opportunités, des ressources, de la reconnaissance, des espaces d’échange, une écoute réelle.

Comment solliciter sans épuiser ?

Cette délicatesse est d’autant plus forte dans les universités françaises, où le sentiment de gratitude se conjugue avec une culture du service public. Certaines et certains souhaitent « rendre » ce qu’ils ont reçu ; d’autres considèrent avoir déjà contribué par l’impôt (7). Pour mobiliser durablement, les projets doivent donc être concrets et lisibles : bourses, égalité des chances, accompagnement étudiant, recherche en santé ou en environnement, entrepreneuriat, initiatives territoriales.

Les chiffres rappellent la fragilité du lien : 56 % des diplômés d’université se déclarent attachés à leur établissement, contre 74 % dans les écoles de commerce ou d’ingénieurs (8). Et seuls 34 % des alumni français resteraient en contact actif avec leur association cinq ans après leur diplôme (9). L’attachement existe, mais il ne devient pas spontanément engagement. Il faut l’entretenir, le nourrir, le respecter. Faire communauté, ce n’est pas seulement demander de l’aide. C’est donner envie de continuer l’histoire.

Raconter pour relier

Les alumni nous obligent à penser le temps long de l’université. Nous parlons souvent de l’entrée en formation, des diplômes, des projets en cours, des réussites immédiates. Elles et ils racontent l’après : ce que deviennent nos formations une fois sorties des maquettes, nos valeurs une fois confrontées au réel, nos campus dans la mémoire de celles et ceux qui les ont traversés.

Cette force du lien dépasse chaque établissement. Les alumni internationaux le montrent : 96 % recommanderaient la France comme destination d’études après leur séjour, et 88 % disent que cette expérience a renforcé leur envie de travailler avec des Français (10). Un parcours d’études peut donc devenir bien plus qu’une étape : une relation durable à un pays, à une culture scientifique, à une manière de former et de faire société.

À mesure que les diplômés reprennent place dans la vie universitaire, l’université apprend peut-être à mieux se raconter : non seulement comme un lieu d’enseignement et de recherche, mais comme un espace de transformation durable ; non seulement comme une institution, mais comme une communauté qui continue d’exister longtemps après la sortie des amphithéâtres. Raconter les alumni, ce n’est pas regarder en arrière. C’est suivre les traces que l’université laisse dans les vies, pour mieux comprendre le monde qu’elle contribue à construire.

Chroniques universitaires

Chaque article de notre série « Chroniques universitaires » s’attache à un sujet structurant de la vie universitaire (orientation, égalité, doctorat, rentrée, international, réussite étudiante, science ouverte…), sans nécessairement s’appuyer sur un événement précis. L’objectif est de donner à voir les dynamiques humaines, professionnelles et collectives à l’œuvre dans les universités.

Le point de vue est porté par un professionnel de la communication, non comme expert mis en avant, mais comme observateur privilégié, capable de relier les acteurs, les missions et les temporalités.

1 News Tank Éducation, « Université de Rennes : une plateforme dédiée au réseau professionnel et aux alumni », 13 mars 2026

2 Enquête AlumniIndex 2018 présentée par ChooseMyCompany

3 Conférence des Grandes Écoles (CGE), Colloque « Les Alumni, acteurs de l’avenir », 5 juin 2018

4 Les Échos, Marion Simon-Rainaud, « Quand les alumni font pression sur leurs anciennes écoles (et leurs employeurs) », 18 octobre 2021, mis à jour le 13 février 2023.

5 Excel (2011), 1er baromètre Alumni, Les alumni et le don à leur établissement, rapport d’étude en partenariat avec wdm.directinet, Opinionway

6 L’Essentiel Nice, « Alumni, la force du réseau de l’Université Côte d’Azur », 19 mars 2026 & News Tank Éducation, « Fondation Université Côte d’Azur : lancement d’un club des alumni et d’un fonds d’investissement avec EY », 28 mai 2026.

7 Cerio E. et Rieunier S. (2021), « Comment collecter des fonds à l’université auprès des alumni : état de l’art et étude qualitative sur l’attachement des anciens étudiants », Décisions Marketing, n° 101, p. 113-133

8 Observatoire des diplômés, Enquête sur l’engagement des réseaux d’anciens élèves, 2023

9 Le Point, Louise Cuneo, « Grandes écoles : Alumni, un réseau pour la vie », 19 février 2026, n° 2795, p. 110, 112-113.

10 Campus France/Institut Verian, Étudier en France : des atouts pour la vie, Enquête parcours des alumni, mai 2024