Vie des campus

Le Louvre veut s’inscrire dans les cursus de l’enseignement supérieur

Par Marine Dessaux | le | Relations extérieures

Après une crise sanitaire qui a fermé les portes du musée le plus visité du monde et limité ses partenariats, Cathy Losson, responsable éducation, et Valérie Faure, chargée de programmation enseignement supérieur, reviennent sur les initiatives du Louvre à destination de l’enseignement supérieur. Et sur sa volonté d’attirer des profils variés, notamment scientifiques et manuels.

Avec 9,6 millions de visiteurs en 2019, le Louvre est le musée le plus visité au monde - © Wanderer97/Pixabay
Avec 9,6 millions de visiteurs en 2019, le Louvre est le musée le plus visité au monde - © Wanderer97/Pixabay

« En cette rentrée 2021, nous avons une volonté forte de garder le lien avec les acteurs de l’enseignement supérieur. Au travers de diverses initiatives et notamment d’une conférence spécifique pour ces acteurs, nous souhaitons consolider et bâtir des partenariats, inscrire le musée dans les cursus », souligne Cathy Losson, cheffe du service éducation, démocratisation et accessibilité au sein de la direction des relations extérieures du Musée du Louvre.

En effet, le musée intervient pour l’enseignement supérieur de deux manières différentes : avec une offre destinée aux 18-30 ans qui s’adresse de fait aux étudiants, et directement auprès des acteurs de l’enseignement supérieur. Dans cette optique, le Louvre a tenu le 21 octobre une conférence pour présenter les options qui s’offrent aux établissements pour un travail en commun. Et elles sont nombreuses.

Diverses possibilités, plus ou moins personnalisées

Pour les enseignants ou chargés de cursus, élaborer une séance en partenariat avec le Louvre peut prendre diverses formes :

  • Une visite menée par un médiateur du musée sur une des thématiques proposées parmi une sélection évolutive et qui est « assez flexible pour que les enseignants viennent avec leur regard, leur envie » ;
  • Un projet autonome, avec une visite organisée par l’enseignant ou un conférencier extérieur ;
  • Un projet Hors les murs, avec une exposition itinérante et une possibilité de coconstruire des évènements autour : conférences, tables rondes, etc.

L’exposition « Venus d’ailleurs » se penche sur les matériaux et objets voyageurs et se prête à diverses thématiques - © Pexel
L’exposition « Venus d’ailleurs » se penche sur les matériaux et objets voyageurs et se prête à diverses thématiques - © Pexel

Une offre vaste, néanmoins « nous évitons le trop sur-mesure », indique Cathy Losson. C’est pourtant ce que sont venues chercher deux enseignantes lors de la conférence à destination des acteurs de l’enseignement supérieur. La première cherche à organiser une visite en axant sur la mondialisation dans le cadre d’un cours de géographie et la deuxième, un maître de conférence qui angle sur l’aspect technologique des œuvres. Dans ces cas de figure, le musée conseille de se tourner vers les formations qui, selon les thématiques, pourront s’arrêter plus spécifiquement sur un angle donné.

En effet, tous les samedis de 9h30 à 12h30, les enseignants peuvent s’inscrire gratuitement à une formation en lien avec l’exposition temporaire du moment (accessible avec la carte Louvre éducation et formation, dite carte Clef). L’occasion, selon les thématiques, de préparer une visite plus adaptée à la discipline. Des formations plus généralistes ont lieu les mercredis et samedis après-midi.

Le studio et la petite galerie : deux lieux privilégiés pour des échanges différents

Inaugurés en septembre 2021, le studio et sa grande sœur, la petite galerie, sont des lieux plus intimes pour une première approche à l’art. Le Louvre y propose des ateliers, formations et expositions itinérantes.

« Nous avons fait le constat qu’il était important pour le musée d’aller au-devant des publics étudiants. Avec la petite galerie itinérante, des reproductions des œuvres se déplacent dans des lieux non muséaux avec des dispositifs scénographiques qui rappellent les codes du musée. Nous avons eu de très bons retours et travaillons sur un partenariat avec le campus de l’Université Paris-Saclay pour repérer les endroits avec les plus fortes concentrations d’étudiants », rapporte Valérie Faure, chargée de programmation enseignement supérieur.

Créer des partenariats avec des établissements de tous horizons

Le Louvre propose des activités pour les lycées pro et les BTS. - © Marine Dessaux
Le Louvre propose des activités pour les lycées pro et les BTS. - © Marine Dessaux

Si l’équipe éducation du Louvre, composée de huit personnes, travaille avec les écoles et étudiants en art, elle collabore également avec des établissements où « il y a moins d'évidences ».

Les universités, notamment Paris-Saclay dans le cadre du programme Hors les murs, les écoles, comme l'École nationale vétérinaire d’Alfort, ou encore l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).

« Nous sommes en train de former un partenariat avec Les compagnons du devoirs pour faire entrer ces étudiants tournés vers le travail manuel dans les collections d’une manière différente, en leur présentant des regards croisés sur les œuvres, explique Valérie Faure. Nous souhaitons faire évoluer nos partenariats, en dehors de Paris, mais aussi en élargissant les profils (plus manuels, plus scientifiques, etc.). »

Concrètement, pour toucher les profils scientifiques, à l’occasion d’une exposition temporaire sur Léonard de Vinci un mathématicien de l’Université Paris-Saclay s’est penché sur les théories du célèbre peintre lors d’une conférence. À l’Université technologique de Troyes, des médiations en langues étrangères ont été organisées ainsi que des chorégraphies, en lien avec les musées de la ville.

Le mot clé : transdiciplinarité

« Nous prônons la transdisciplinarité, dit Cathy Losson. Au Louvre, nous accueillons des danseurs, des musiciens, des apprentis comédiens. Nous organisons également des cafés Louvre pour aller à la rencontre des étudiants et leur faire découvrir des œuvres. Une manière de rester dans l’échange. »

« Nous avons construit des formations pour les étudiants des métiers de bouche, complète Valérie Faure.  Des ateliers d’écriture avec Sciences Po, mais aussi des restitutions orales suite aux visites des étudiants, une façon de développer leurs compétences en abordant les œuvres au-delà du ‘j’aime / j’aime pas’. »

Les nocturnes n’ont pas encore fait leur retour

S’il y a un moment où les étudiants ont les clés du Louvre, c’est bien lors des nocturnes muséales. En effet, pendant l’opération « Les jeunes ont la parole », des tableaux sont commentés par des étudiants sous le prisme de leur spécialité : ainsi, les élèves de médecine parlent anatomie des personnages, etc. Néanmoins, en raison de la crise sanitaire, ces horaires spéciaux n’ont pas encore repris. Le prochain horizon à retenir est donc celui de la Nuit européenne des musées, le 21 mai 2022.

S’adapter aux étudiants, embarquer des collègues

Claire Lallemand est professeure agrégée de communication à l’Université Paris-Saclay. À des élèves ingénieurs, elle donne des cours de culture générale et, depuis l’an dernier, a organisé plusieurs visites au Louvre.

Faire un pont entre l’art et le domaine de spécialité

« L’intérêt des étudiants s’éveille lorsqu’on fait un pont entre l’art et leur domaine de spécialité. En l’occurrence, lorsque je leur parle de technologie ou encore de design. L’art c’est des formes, des couleurs, mais aussi une technique… et on peut aborder les œuvres sous ces angles », raconte Claire Lallemand.

D’abord sceptiques, ses collègues ont été embarqués par les retours enthousiastes des étudiants : « Cette année, mes collègues d’anglais et de mathématiques sont venus lors d’une visite. Et ce temps dans le musée a un écho en classe, notamment dans un module de design où les étudiants refont la pyramide du Louvre en impression 3D ».

Néanmoins, n’y a-t-il pas des disciplines qui trouveront difficilement une thématique adaptée pour leur visite ? Cathy Losson est sereine : « Nous ne sommes pas inquiets, le musée est suffisamment vaste pour que chacun y trouve son bonheur ! ».

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