À l’Université Bordeaux Montaigne, le Défenseur des droits s’installe sur le campus
Avec l’arrivée du Défenseur des droits sur son campus, l’Université Bordeaux Montaigne mise sur la proximité pour renforcer l’accès au droit de sa communauté. Éclairage avec Mélanie Moreau-Lebert, vice-présidente déléguée à l’égalité, la lutte contre les discriminations et les violences sexistes et sexuelles (VSS).
Dans le cadre de son plan d’action en faveur de l’égalité et de la lutte contre toutes les formes de discriminations, l’Université Bordeaux Montaigne accueille, depuis le 23 avril 2026, une permanence mensuelle du Défenseur des droits sur son campus de Pessac, à la suite de la signature d’une convention avec l’institution.
Assurées par François Lebur, délégué territorial de la Défenseure des droits Claire Hédon et ancien magistrat, ces consultations gratuites et confidentielles s’adressent aux étudiants et aux personnels de l’établissement. Elles visent à accompagner ceux qui rencontrent des difficultés avec un service public et les victimes ou témoins de discrimination, de harcèlement ou de manquement déontologique.
Ce dispositif est né à l’initiative de Mélanie Moreau-Lebert, vice-présidente déléguée à l’égalité, la lutte contre les discriminations et les violences sexistes et sexuelles (VSS). Elle répond aux questions de Campus Matin.
Pourquoi avez-vous tenu à signer cette convention avec le Défenseur des droits ?
Cela s’inscrit dans une démarche plus globale de l’Université Bordeaux Montaigne qui vise à faire de l’égalité et de la lutte contre les discriminations une priorité absolue.
Personnellement, je travaille depuis très longtemps sur l’histoire des femmes et des mouvements féministes. Or, quand on se penche sur ces sujets, on est obligé de s’intéresser au droit.
Quand j’ai été nommée chargée de mission Égalité, lutte contre les VSS et les discriminations puis vice-présidente déléguée à l’égalité, il m’a semblé évident que mon action passerait par le droit. C’est une nécessité. Même s’il ne résout pas tout, il offre le cadre juridique indispensable pour agir et protéger les individus.
Il n’y a pas plus démocratique
Nous avions déjà une cellule de signalement entièrement professionnalisée et, depuis un an et demi, l’un des premiers « Point justice » en milieu universitaire. Il s’agit d’une permanence gratuite assurée une fois par mois par des avocats spécialisés du Barreau de Bordeaux pour conseiller les étudiants.
Faire entrer, finalement, le Défenseur des droits à l’université, il me semble qu’il n’y a pas plus démocratique. C’est pour moi l’un des dispositifs les plus aboutis qu’une institution puisse mettre en place pour assurer le respect des libertés fondamentales au sein de sa communauté.
Pourquoi est-il important d’installer une permanence physique alors que des saisines en ligne sont possibles ?
Il y a d’abord un aspect pratico-pratique : la présence sur le site facilite l’accès au délégué. De plus, par rapport aux démarches numériques, le contact humain permet de créer un sentiment de proximité et de confiance.
Les étudiant.es et les personnels voient qu’il y a plusieurs recours possibles. Cela peut les rassurer de savoir qu’ils peuvent avoir un interlocuteur indépendant s’ils hésitent, par exemple, à solliciter la cellule de signalement parce qu’ils ont des craintes (totalement infondées) concernant sa confidentialité.
Il rend aussi visible l’engagement de l’université en montrant que la lutte contre les discriminations et les violences n’est pas qu’un discours.
Cet interlocuteur est-il bien identifié et connu par la communauté universitaire ?
Non, pas encore. Cela peut sembler surprenant, mais le public ignore souvent que le Défenseur des droits est une autorité administrative indépendante inscrite dans la Constitution. C’est plus vrai pour les étudiants que pour les personnels.
Plus largement, on sait que les personnes les plus fragiles ou précaires connaissent moins bien leurs droits et ne les font donc pas forcément valoir. C’est un enjeu important dans une université comme la nôtre. Nous avons en effet une majorité de femmes étudiantes (qui sont plus exposées aux violences sexistes et sexuelles que les hommes) et un certain nombre d’étudiant.es précaires.
Comment mieux faire connaître le Défenseur des droits ?
Installer une permanence sur le campus contribue déjà, en soi, à le faire découvrir aux étudiants et aux personnels. Cela participe à la prévention et à la sensibilisation. Même s’ils n’ont pas besoin de faire appel au Défenseur des droits aujourd’hui, savoir que l’institution existe pourra leur être utile plus tard.
Une opération d’information et de communication auprès des personnels et des étudiants
Pour être certains qu’elle soit bien identifiée, nous avons prévu une opération d’information et de communication auprès des personnels et des étudiants. Cela nous permettra notamment d’expliquer en quoi sa présence à l’université est importante et ce qu’elle peut apporter à la communauté.
Par exemple, en quoi elle est différente du « Point justice » assuré par les avocats ou en quoi elle est différente de la cellule de signalement. Alors que la cellule de signalement permet de faire remonter une situation, d’accompagner et d’orienter les victimes, et peut déboucher sur une section disciplinaire ou une action au pénal, que le Point justice a un rôle de conseil, le Défenseur des droits assure davantage un rôle de médiateur dès lors qu’une personne considère que ses droits n’ont pas été respectés.
Nous allons impliquer entre autres les chefs de service, les directeurs de composantes, la section disciplinaire, et notre réseau d’étudiants Relais égalité qui fait le lien entre nous et les étudiant.es pour diffuser des informations et orienter vers nos dispositifs.
Pour quels motifs étudiants et personnels peuvent-ils par exemple prendre rendez-vous avec le Défenseur des droits ?
Cela fait partie des choses sur lesquelles nous communiquerons. Nous présenterons notamment les cinq domaines de compétence du Défenseur des droits : la défense et la promotion des droits de l’enfant, le respect de la déontologie par les professionnels de la sécurité, la lutte contre les discriminations et la promotion de l’égalité ainsi que l’orientation et la protection des lanceurs d’alerte.
Cinq domaines de compétence
Concrètement, cela peut vraiment porter sur une multitude de choses : cela peut être une discrimination liée au travail étudiant, un accès inégal aux stages, un problème avec une administration, une plainte pour VSS qui n’aurait pas été traitée correctement par les forces de sécurité, etc.
Dans les permanences qu’il assure en dehors du campus, François Lebur me dit recevoir beaucoup d’étudiants étrangers qui subissent des discriminations par rapport à leur logement, à leur travail ou à leur carte de séjour.
On peut s’attendre à ce que ce soit un sujet à Bordeaux Montaigne aussi puisque les résultats de notre enquête Evidence (menée en 2025 sur la communauté universitaire) montrent que les premières formes de discrimination, sont liées à l’origine, les deuxièmes au genre et les troisièmes au handicap.