Résidences de la réussite : au Crous de Toulouse, un suivi dédié pour les primo-entrants
Tutorat par les pairs, conseils pratiques sur la vie quotidienne, activités culturelles… Au sein de la résidence de la réussite Armand Duportal du Crous de Toulouse, les étudiants ne sont pas simplement logés. Ils bénéficient pendant un an d’un accompagnement renforcé pour faire leurs premiers pas dans l’enseignement supérieur. Ce dispositif en faveur de l’égalité des chances devrait être déployé dans tous les Crous de France d’ici 2028. À Toulouse, les premiers résultats sont prometteurs.
Depuis 2021, la résidence de la réussite Armand Duportal du Crous de Toulouse accueille chaque année environ 150 étudiants primo-entrants. Le dispositif s’adresse prioritairement aux étudiants boursiers, à ceux qui viennent de territoires ruraux ou de quartiers prioritaires de la ville (QPV), ainsi qu’aux jeunes ayant été confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE) ou issus des Cordées de la réussite.
« C’est un programme d’égalité des chances qui nous permet de transmettre aux jeunes des clés pour s’épanouir dans leur vie étudiante », explique Lydia Garnier, directrice de la vie étudiante et de campus pour le Crous de Toulouse-Occitanie.
Les étudiants sélectionnés proviennent majoritairement des deux établissements partenaires du dispositif : l’Université Toulouse Capitole (UTC) et l’IEP Sciences Po Toulouse.
Leurs dossiers sont examinés en commission « au cas par cas » afin de réaliser une « affectation sur-mesure », précise Sarah Savignac, directrice de site pour le Crous de Toulouse-Occitanie. Il leur faut candidater volontairement et s’inscrire dans une véritable « démarche d’engagement », ajoute-t-elle. « Ils doivent s’impliquer dans la vie de la résidence et participer aux séances de tutorat individuel et collectif (une heure de chaque tous les 15 jours). »
Les activités culturelles sont facultatives, mais les étudiants sont fortement incités à y prendre part. « Nous avons une programmation culturelle et artistique complète tout au long de l’année pour leur permettre de s’ouvrir à plein de choses. Nous avons, par exemple, de la médiation animale avec des chiens pour gérer le stress, de la poterie, des sorties au musée, au théâtre et au cinéma… », liste Lydia Garnier.
Une proximité immédiate avec les tuteurs
Le cœur du dispositif est toutefois l’accompagnement des étudiants primo-entrants par leurs pairs plus expérimentés. Ces derniers sont logés au sein de la même résidence pour garantir une proximité immédiate. Ils sont principalement choisis parmi les étudiants boursiers volontaires des établissements partenaires, inscrits au minimum en L3 mais de préférence en Master.
« Nous sommes exigeants sur le niveau des tuteurs, insiste Sarah Savignac. Mais nous apprécions surtout la motivation à travers une lettre et un entretien. À quel point le tuteur est-il prêt à s’engager ? Que pense-t-il pouvoir apporter aux tutorés ? Nous le faisons réfléchir sur le dispositif et cherchons à nous assurer qu’il ne candidate pas uniquement pour avoir un logement ».
Les tuteurs, au nombre de 12, sont rémunérés pour une dizaine d’heures de travail par semaine. Ils accompagnent entre dix et 12 étudiants dans leur découverte de l’enseignement supérieur. Il s’agit de leur apporter un soutien académique, mais aussi de les aider à faire progressivement l’apprentissage de l’autonomie.
« Les tuteurs ne sont pas laissés seuls dans ces fonctions, précise Lydia Garnier. Ils font des points réguliers avec la coordinatrice ». Celle-ci les reçoit également avec les tutorés identifiés comme « fragiles » qui nécessitent un suivi renforcé « pour éviter le décrochage ».
L’accompagnement concerne donc aussi bien les tutorés que les tuteurs. Du point de vue des compétences, cette relation de pair à pair bénéficie aussi aux deux parties, puisque les tuteurs apprennent également de leur expérience.
Tous développent notamment des savoir-faire relationnels comme l’écoute ou la faculté d’interagir efficacement avec les autres, des compétences émotionnelles et une capacité à « vivre ensemble ». Le Crous de Toulouse souhaite d’ailleurs créer des programmes de développement des compétences psychosociales sur la résidence.
Des mesures d’impacts
Cinq ans après l’ouverture de la résidence Armand Duportal, son impact sur la réussite académique des tutorés est très positif. Par exemple, alors que le taux de passage en deuxième année à l’Université Toulouse Capitole (UTC) est d’environ 30 %, le taux de réussite aux partiels du premier semestre pour les étudiants de la résidence s’élevait à plus de 60 %.
S’appuyant sur les bons résultats de la résidence toulousaine (et de plusieurs autres), le réseau national des Crous a souhaité déployer plus largement le modèle. Actuellement, il existe six établissements de ce type situés à Créteil, Grenoble, Lyon, Limoges, Nantes et Toulouse.
À la rentrée 2026, 12 résidences supplémentaires ouvriront leurs portes. Elles devraient être suivies par huit autres d’ici 2028, l’objectif étant que tous les Crous de France disposent d’une résidence de la réussite à cette date.
Faisant partie des résidences pionnières, Armand Duportal a joué un rôle important dans l’élargissement du dispositif. « Nous avons participé à la construction du cahier des charges national des résidences de la réussite », signale Sarah Savignac.
Un cahier des charges national des résidences de la réussite
Les nouvelles résidences pourront par ailleurs bénéficier des équipes toulousaines et des ressources développées grâce à leur expérience de terrain. Des guides pour les tutorés et les tuteurs et des fiches de suivi individuel ont notamment été créés. Cela répondait à des besoins identifiés au moyen de questionnaires de satisfaction envoyés chaque mois aux étudiants.
Ces enquêtes permettent aussi d’adapter en temps réel le dispositif en tenant compte des retours des étudiants. « Certains ont par exemple souhaité de la remise à niveau en anglais », détaille Lydia Garnier.
Lutter contre l’autocensure
Plus largement, le dispositif continue d’évoluer pour intégrer des profils d’étudiants plus variés. Une expérimentation sera ainsi lancée en 2026 pour accueillir des étudiants internationaux dans le cadre d’un programme avec l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE). Quatre places sont réservées.
« Nous avons aussi une marge de progression sur les jeunes issus de l’ASE », estime Lydia Garnier. Ces derniers sont peu nombreux à s’engager dans des études et par conséquent à candidater pour une place à Armand Duportal. Pour leur faciliter l’accès au dispositif, le Crous de Toulouse renforcera ses partenariats avec les services de la protection de l’enfance des conseils départementaux de son académie.
Les autres publics cibles ne sont pas non plus forcément faciles à atteindre. Ils peuvent en effet se fermer les portes de l’enseignement supérieur par peur, sentiment d’illégitimité ou manque de connaissances sur les aides existantes.
L’impact du logement sur la réussite étudiante est au cœur de notre travail
Pour lutter contre l’autocensure et faire connaître la résidence de la réussite, le Crous de Toulouse-Occitanie va donc à la rencontre des lycéens scolarisés dans des établissements à faible indice social. Une première expérience d’immersion à Armand Duportal a également eu lieu avec une soixantaine d’élèves du lycée toulousain Joséphine Baker.
« Nous menons une véritable réflexion sur ce qui favorise la continuité des parcours, commente Lydia Garnier. Et l’impact du logement sur la réussite étudiante est au cœur de notre travail ».